In the soup : un classique du cinéma indépendant américain

Tournée en 1992, la comédie indépendante In the Soup arrive enfin sur les grands écrans français en 2026, offrant le portrait fantasque d’un artiste en pleine crise. Réalisé par l’auteur indépendant américain Alexandre Rockwell et fortement influencé, sur le plan stylistique, par la Nouvelle Vague, le film a tout pour séduire le public français : trente-trois ans après sa sortie, il n’a rien perdu de son élan et demeure étonnamment actuel.

L’intrigue se met en place lorsque le jeune réalisateur excentrique Adolfo, désespéré à l’idée de mettre en scène son scénario de 500 pages, publie une annonce dans le journal à la recherche d’un producteur. Aussi audacieuse que soit cette démarche, un sponsor se manifeste bel et bien — mais ses intentions restent obscures. Le jeune artiste se retrouve alors confronté à de nouveaux obstacles et retards dans son parcours vers le tournage, désormais accompagné d’un gangster pour le moins douteux, Joe, et d’Angelica, la charmante voisine d’Adolfo.

La tension permanente entre les deux personnages masculins se prête ainsi à une lecture psychanalytique, comme une exploration des structures de pouvoir qu’Adolfo croit nécessaires pour satisfaire son élan créatif, et de la pertinence réelle de ce choix.

Inspiré par l’esthétique des films de François Truffaut et de Jean-Luc Godard, In the Soup adopte un noir et blanc très contrasté, destiné à accentuer la dimension surréaliste du récit. Ainsi, bien que le film reprenne à la Nouvelle Vague le motif du triangle amoureux entre les personnages principaux, il le reconfigure selon d’autres rapports de force : Joe, plus âgé et indéniablement plus puissant, peut être perçu comme une figure paternelle, en opposition à l’impuissance chronique d’Adolfo. Aussi tyrannique et dominant que soit Joe, il n’apporte pourtant que peu d’aide concrète au projet, et le récit glisse progressivement de la quête d’un financement vers une interrogation plus fondamentale : le film lui-même — ironiquement intitulé An Unconditional Surrender — a-t-il jamais constitué une motivation sincère ? La tension permanente entre les deux personnages masculins se prête ainsi à une lecture psychanalytique, comme une exploration des structures de pouvoir qu’Adolfo croit nécessaires pour satisfaire son élan créatif, et de la pertinence réelle de ce choix.

Au-delà de cette relecture conceptuellement stimulante des difficultés universelles de l’artiste, In the Soup est avant tout un film extrêmement vivant, traversé par une succession de confrontations et de personnages secondaires qui apparaissent et disparaissent avec une telle finesse qu’il est presque impossible de s’ennuyer. L’une de ces apparitions, celle d’un producteur cupide et odieux d’une émission de télévision douteuse intitulée The Naked Truth, est incarnée par nul autre que l’une des figures majeures du cinéma indépendant américain : Jim Jarmusch. Alors que son dernier film, Father, Mother, Sister, Brother, est actuellement à l’affiche en France après avoir remporté le très attendu Lion d’Or du Festival de Venise, cette apparition inattendue venue des années 1990 ravira les cinéphiles par la perfection presque ironique de la coïncidence.

En définitive, In the Soup ne se contente pas d’offrir un récit captivant et une esthétique élégante : il conserve toute sa pertinence, tant par les thèmes qu’il aborde que par les références qu’il convoque. Modeste et drôle, le film n’en constitue pas moins une véritable expérience de cinéma, en particulier pour les amateurs éclairés.

3.5

RÉALISATEUR : Alexandre Rockwell
NATIONALITÉ : U.S.A.
GENRE : Comédie dramatique
AVEC : Steve Buscemi, Seymour Cassel, Jennifer Beals
DURÉE : 1h 36min
DISTRIBUTEUR : Contre-jour distribution
SORTIE LE 7 octobre 1992 (date de reprise le 7 janvier 2026)