Une fille en or : tandem romantique et solaire

C’est l’histoire d’une petite numéro deux. L’histoire d’un grand méchant aux sourcils trop froncés sur ses lourdes arcades. L’histoire d’un amour des contraires, a priori impossible, projeté à la 39ème édition du film de Cabourg, en juin 2025. Avec Une fille en or, c’est un conte aussi tendre que drôle que nous livre presque avec surprise le réalisateur Jean-Luc Gaget. Pour son deuxième long-métrage (après J’ai tué Clémence Acéra en 2001) le cinéaste reconnu pour ses talents de scénariste nous emmène donc aux antipodes de son premier long, un thriller psychologique sombre, et s’empare à sa manière – douceur et humour loufoque – de la comédie romantique. 

Le jour où Clémence (Pauline Clément, de la Comédie -Française) prend conscience que personne ne l’a jamais admirée, son père meurt. Petite sœur d’une aînée aussi belle que successful, elle si maladroite et perdue dans sa vie, Clémence n’a d’autre choix que de remonter la pente d’une estime de soi qu’elle ne pensait pas si basse. Le destin met alors sur son chemin son nouveau patron Paul (Arthur Dupont), surnommé Paul Pot à cause de son comportement tyrannique. Une croisée des chemins que tout oppose.

C’est cette grande question, celle de l’admiration, qui sera le début d’une quête personnelle (et d’un amour inattendu).

Tout commence dans un groupe de parole. Dans une salle triste à mourir, aux murs blancs, un coach et quelques brebis égarées, tentant de retrouver une once de confiance en elles. Dans ce groupe, Clémence, grande rouquine au visage long et anguleux, esquisse des petits sourires gênés. La grande question du coach tombe sur elle : « Et vous Clémence, qui vous a un jour admirée ? » Silence. Le vide chez Clémence. Il faut dire que depuis l’enfance, celle que son père surnomme sa “petite numéro 2” et oublie de remercier lors de son discours d’anniversaire, n’a pas réussi à trouver sa place. Elle a vivoté d’études non achevées en petits boulots plus ou moins précaires, aujourd’hui au chômage, et dont l’appartement est cannibalisé depuis trois ans par un colocataire artiste fantasque et égocentrique qui couche avec elle quand ça l’arrange.

Mais c’est cette grande question, celle de l’admiration, qui sera le début d’une quête personnelle (et d’un amour inattendu) : Clémence se souvient finalement de la seule personne qui l’ait jamais admirée, Quentin (Quentin Dolmaire, parfait), son camarade de CM2 qui garde depuis le primaire un poème de Clémence plié en quatre dans son portefeuille. L’histoire d’un poisson rouge mort. Son père décède dans la foulée, après un anniversaire où il a encore oublié de la nommer et la remercier dans son discours, et tout s’enchaîne. 

Il y a quelque chose de magique dans la réalisation de Jean-Luc Gaget : ce conte, aux personnages si caricaturaux, fonctionne pourtant à merveille. Chaque personnage est délicieusement “trop”, conjugué au superlatif, comme les dizaines – centaines ?! – de post-it que Paul le tyran colle partout dans les parties communes de l’immeuble de la sœur aînée de Clémence, Bianca, pour se plaindre du bruit, des poussettes qui traînent… de tout ! Un conte où on ne s’étonne pas qu’un voyant prédise à Paul qu’il va rencontrer la prochaine femme de sa vie au sein même de son entreprise, qu’elle adore jouer au scrabble et a eu « un zona au niveau des parties intimes et qu’elle aurait mieux fait de porter une jupe pour que ça la démange moins ».

Jean-Luc Gaget nous offre une grande scène de théâtre sur grand écran. La rencontre entre Clémence la trop gentille et Paul le trop méchant, et autour de ces deux personages principaux qui n’ont rien pour tomber amoureux, cette grande soeur qui incarne la tristesse d’une vie où tout semble être parfait et ce mari un peu pataud qui la comble d’amour – et de jeux de mots ridicules – mais ne sait toujours pas que c’est « le service blanc qu’on dresse à table le vendredi ». Jour de shabbat. Les situations sont joliment grotesques sans jamais être lourdes : Clémence qui se cache derrière son vélo dont elle dépasse largement, qui se trompe de salle funéraire au décès de son père et glisse son mot dans le mauvais cercueil, Quentin son admirateur de CM2 qui boit le vin du shabbat comme on goûterait un grand cru…

Les personnages secondaires ne sont pas en reste, avec une mention spéciale, justement, pour Quentin Dolmaire. Tout de boucles échevelées, c’est le seul admirateur que Clémence ait jamais eu et il lui voue un culte sans bornes. Avec une sincérité désarmante, il joue lui aussi le mec paumé, décalé, voire complètement à côté de la plaque. Irrésistible, quand sur son canapé, Clémence à ses côtés, il appelle son chat pour lui faire une caresse… une chatte nommée Clémence. Il faut aussi voir Bruno Podalydès, dans la peau du voyant que consulte chaque semaine Paul pour tenter de contrôler tout autour de lui, espérant récupérer un jour Virginie, son ex-femme – évidemment – partie à cause de son despotisme. Virginie dont le prénom est gravé sur sa tasse de café au bureau ou encore brodé sur un macramé rose dans son appartement.

Tout est beau dans ce film, les couleurs et lumières chaudes, les plans calés au millimètre près qui découpent des plans décentrés. Tout est drôle aussi, touchant, et on passe d’un éclat de rire à un autre, qui dévalent tout le long de ce film d’à peine une heure trente où tout se suffit à lui-même. On regrettera peut-être juste un dénouement un peu trop rapide. On redemanderait presque un ou deux jeux de mots de Bernard… le mari de Bianca (vous l’avez ?). 

4.5

RÉALISATEUR : Jean-Luc Gaget
NATIONALITÉ : Française
GENRE : Comédie, Romance
AVEC : Pauline Clément, Arthur Dupont, Quentin Dolmaire, Émilie Caen, Loic Legendre
DURÉE : 1h26
DISTRIBUTEUR : Nour Films
SORTIE LE 1er avril 2026