On se demandait ce qu’avait pu devenir Brendan Fraser après son rôle écrasant dans tous les sens du terme dans The Whale de Darren Aronofsky qui lui a valu l’Oscar du meilleur acteur en 2023. Hormis une participation dans Killers of the flower moon de Martin Scorsese, on le retrouve enfin ici dans un feel-good movie débordant d’empathie et de bienveillance où un comédien loue ses talents d’acteur pour interpréter des proches disparus afin de réconforter des parents ou amis en manque d’affection. Lui qui avait d’abord placé son parcours sous le signe du divertissement, semble avoir réorienté sa carrière selon un angle humaniste. Rental family – dans la vie des autres lui offre ainsi un rôle en or lui permettant de mettre en avant son air désarmant de grand nounours à qui on donnerait le bon Dieu sans confession.
Tokyo, de nos jours. Un acteur américain qui peine à trouver un sens à sa vie décroche un contrat pour le moins insolite : jouer le rôle de proches de substitution pour de parfaits inconnus, en travaillant pour une agence japonaise de « familles à louer ». En s’immisçant dans l’intimité de ses clients, il commence à tisser d’authentiques relations qui brouillent peu à peu les frontières entre son travail et la réalité. Confronté aux complexités morales de sa mission, il redécouvre progressivement un but, un sentiment d’appartenance et la beauté sereine des relations humaines…
Rental family touche assez juste quant au sentiment de déréliction qui gangrène les personnes lorsqu’elles sont confrontées à la perte d’une personne chère.
Pourtant, ceux qui connaissent Alps de Yorgos Lanthimos seront surpris de retrouver dans Rental Family un argument dramatique quasiment similaire : en effet, chez Lanthimos, quatre personnes ont formé une troupe d’acteurs où ils jouent les rôles de personnes décédées dans la vie de tous les jours des proches des disparus afin de leur permettre progressivement d’accepter leur perte et de faire leur deuil. Certes, le contexte géographique et culturel est différent, le Japon étant plus propice à cultiver la mémoire des disparus ; de plus, l’agence de Rental Family opère en toute transparence alors que la troupe de Lanthimos exerce dans la plus complète illégalité.
La plus grande différence entre les deux oeuvres ne se loge néanmoins pas là. Avec le même prétexte dramatique de départ, Lanthimos en tire une pochade cynique distillant un humour très noir qui tombe le plus souvent à plat, alors que Hikari, réalisatrice japonaise surtout connue pour un drame produit par Netflix (37 secondes) et des épisodes de la série Tokyo Vice de Michael Mann, préfère jouer la carte du feel-good movie, rempli à ras bord de sensibilité et d’humanisme. Autant Lanthimos assimile le regard peu amène et distancié d’Haneke, autant Hikari se trouve parfois à deux doigts de basculer dans le mélo et la guimauve.
Elle ne le fait pourtant pas, grâce à une direction d’acteurs au cordeau et surtout un Brendan Fraser qui impose un humour et une auto-dérision bienvenus. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce type d’agences, au nombre de 300, existe bel et bien au Japon, même si elles n’ont pas encore débarqué en Europe et dans le reste du monde. Dans Black Mirror, l’artifice consiste à créer de toutes pièces un androïde ressemblant trait pour trait, ainsi que mentalement, à la personne disparue. Nous n’en sommes pas encore là ici. La confrontation de Brendan Fraser et au choix d’un homme âgé, d’une petite fille, d’un geek dépressif ou d’un couple. permettra de mettre en valeur la solitude et la vulnérabilité qui affectent toute personne au sein de la société.
Bien que parfois prévisible et assez sentimental, Rental family touche assez juste quant au sentiment de déréliction qui gangrène les personnes lorsqu’elles sont confrontées à la perte d’une personne chère.
RÉALISATRICE : Hikari
NATIONALITÉ : japonaise
GENRE : comédie dramatique
AVEC : Brendan Fraser, Mari Yamamoto, Takehiro Hira
DURÉE : 1h50
DISTRIBUTEUR : The Walt Disney Company France
SORTIE LE 4 février 2026


