Pour Klára : une idylle sur fond de malaise

Le film a été présenté au Festival du Film International de San Sebastian dans la catégorie du meilleur film. Olmo Omerzu est d’origine slovène mais a été formé à la FAMU (Académie du cinéma) de Prague. C’est donc la plupart du temps en langue tchèque et en République tchèque qu’il réalise ses films. Celui-ci ne manque pas à la règle même si son commencement – et une bonne partie du long-métrage lui-même – se déroule en Croatie, au bord d’une station balnéaire au cadre idyllique : camping soigneusement aménagé, plage, soleil, farniente, le tout sur fond de côte rocheuse et d’une eau transparente. David est en vacances avec ses deux enfants, Klára et Theo. Des deux adolescents, Klára est l’aînée : maigre – on apprend très vite qu’elle souffre d’anorexie – honteuse de son corps et peu sûre d’elle-même, elle adopte une attitude morose et semble ne pas jouir à fond des plaisirs estivaux. David est séparé de sa femme avec qui il s’entretient par téléphone, arguant que tout va bien afin de ne pas l’inquiéter même si la situation de sa fille reste préoccupante et que Theo râle de son côté que l’on s’occupe trop de sa sœur et pas assez de lui.

Ainsi s’installe subrepticement le mensonge au sein du couple. Jusqu’à ce que Klára fasse la rencontre de Denis, un jeune homme venu passer les vacances en compagnie de son père, un homme richissime si l’on en croit les propos de Denis lui-même, qui dialogue avec Klára et les autres personnages dans un anglais approximatif. C’est alors le début d’une idylle amoureuse entre les deux jeunes gens. Sûr de lui et tombé amoureux fou de la jeune fille pour qui c’est réciproque, il parvient à redonner confiance à cette dernière qui recommence soudainement à manger normalement. Du coup, elle passe tout son temps en compagnie de Denis laissant son père seul s’occuper de Théo. Et tout pourrait se passer pour le mieux dans le meilleur des mondes si ne survenait un incident qui va venir fissurer l’édifice idéal du couple et ternir l’image de carte postale de ce séjour de vacances. Le père de Denis est assassiné et ce dernier est soupçonné par la police du meurtre.


Le film explore les profondeurs d’une relation intra-familiale fondée sur les difficultés de communication entre une adolescente et ses parents.

A l’issue d’une nuit où Klára a découché pour passer la nuit avec son compagnon, David décide de mettre fin au rêve et de rentrer avec toute sa petite famille à la maison. Mais Klára ne le supporte pas et tombe gravement malade. Internée à l’hôpital, ses parents viennent à son chevet afin de la réconforter mais rien n’y fait : Klára refuse de se nourrir correctement, se lamentant de l’absence de son amoureux. Histoire d’amour contrariée par des parents inquiets pour leur fille et qui doutent de l’innocence du garçon. Le malaise s’installe au sein de la famille qui ne sait plus quoi faire pour améliorer les choses. Alors l’image se fait plus obscure, plus terne et la mort rôde aux alentours – le médecin fait un massage cardiaque à un patient voisin alité sur le point de mourir. Jusqu’à ce que David invente un stratagème dont on laisse le spectateur découvrir le détail afin de faire croire que Denis pense toujours à elle et l’aime encore. Le couple de David et Laura va alors se réconcilier et Klára de recommencer à vivre. Mais l’harmonie fragile reconstituée de la petite famille est basée sur un mensonge qui nous laisse dans le malaise en soulignant la fausseté d’un récit a priori idyllique.

Le film explore les profondeurs d’une relation intra-familiale fondée sur les difficultés de communication entre une adolescente et ses parents. Difficultés dont le jeune adolescent Theo lui-même fait les frais et qui lui vaudra de jouer un rôle de premier plan quant à ce qui concerne la situation finale du film. Exploration pessimiste dont le mensonge est la clef de voûte et qui dresse le portrait d’une jeune fille un peu – peut-être trop – naïve qui se laisse manipuler par les autres personnages. L’innocence se retrouve alors en danger. Mais gare au retour de bâton.

3.5

RÉALISATEUR : Olmo Omerzu
NATIONALITÉ : République tchèque, France, Croatie, Slovénie, Pologne
GENRE : Drame
AVEC : Barry Ward, Dexter Franc, Antonin Chmela
DURÉE : 1h50
DISTRIBUTEUR : Epicentre Films
SORTIE LE 8 avril 2026