Plus fort que moi : un combat conjoint contre bien plus que la maladie

Le nouveau film de Kirk Jones, Plus fort que moi, propose une découverte de la vie avec le syndrome de Tourette à la fois pleine d’espoir et ancrée dans la réalité, au sein d’une société hostile et peu informée. Le film a finalement conquis les festivals britanniques en remportant deux prix lors des BAFTA de cette année : celui de la meilleure interprétation principale et celui du meilleur casting.

L’histoire se déploie lorsque John, un adolescent passionné de football, est sur le point d’être repéré par un entraîneur professionnel dans sa ville natale en Écosse. Cependant, la tension du moment surgit et John commence à avoir d’étranges tics à l’école. Après avoir reçu des coups de ceinture sur les mains pour un tel comportement, John échoue à se montrer à la hauteur devant l’entraîneur et manque sa chance. Son père, puis bientôt le reste de la famille, ne voient aucune cause médicale à cette série d’incidents et n’y perçoivent qu’une mauvaise conduite. Ainsi, le cercle des punitions injustes continue, absorbant de nouveaux accidents malheureux et amplifiant le drame où tout — du divorce des parents à l’exclusion sociale personnelle — est attribué au syndrome de Tourette du personnage, ou du moins présenté comme tel.

Ce n’est pas une familiarisation avec une lutte permanente, mais plutôt une autre forme de narration où la vie est dure, mais où le personnage l’est encore davantage.

Cette condition, dans laquelle une personne développe certains tics moteurs et au moins un tic vocal — généralement l’énonciation de mots obscènes ou de remarques socialement inappropriées et offensantes — est rare et difficile à diagnostiquer à l’époque de l’adolescence du personnage. Basé sur l’histoire vraie de John Davidson et sur le documentaire télévisé de 1989 John’s Not Mad, Plus fort que moi dépasse le simple récit personnel et déploie un large spectre de controverses sociales. Placés dans un autre type de récit, les nombreux rebondissements du film serviraient à une dramatisation constante. Pourtant, dans les choix de mise en scène de Kirk Jones, il n’y a aucun désir de choquer : les tragédies et les trahisons sont aussi omniprésentes qu’elles sont indissociables de l’arc du personnage. Ce n’est pas une familiarisation avec une lutte permanente, mais plutôt une autre forme de narration où la vie est dure, mais où le personnage l’est encore davantage. Le courage et la force avec lesquels John affronte un nouvel obstacle à la normalité, ainsi que l’obstination avec laquelle il continue d’avancer, sont renforcées par la composition circulaire du film, qui s’ouvre déjà sur John recevant une récompense de la Reine pour son travail de sensibilisation autour de ce diagnostic.

La performance audacieuse de l’acteur principal, Robert Aramayo, a surpassé celle de ses concurrents — dont Leonardo DiCaprio, Timothée Chalamet et de nombreux autres acteurs très reconnus — lors des BAFTA de cette année, souvent surnommés les « Oscars britanniques ». Toutefois, ce n’est probablement pas l’interprétation seule qui rend ce film remarquable, mais la manière sophistiquée dont le trouble personnel devient un conflit inévitable avec la société, que Aramayo parvient à incarner avec finesse. Tout au long du film, John se demande pourquoi c’est lui qui a reçu un tel diagnostic. Parmi tous les meurtriers et autres criminels, lui qui n’a presque jamais mal traité quelqu’un est perçu comme la pire personne au monde simplement à cause de ses jurons incontrôlables et de ses tics. Pourtant, le film ne moralise pas et ne propose aucune définition d’un remède — ni pour la société, ni pour John lui-même. Bien qu’une certaine évolution se produise pour l’un comme pour l’autre au cours de la vie de John, le film souligne clairement qu’il reste encore beaucoup de travail à accomplir, surtout du côté de ceux qui doivent encore apprendre à comprendre et à accepter l’altérité des autres.

Finalement, Plus fort que moi est une exploration habile de l’un des troubles les plus rares, qui suggère avec finesse des ambiguïtés sociales universelles. Le film ne se limite donc pas à un sujet très restreint, mais s’adresse à un public bien plus large et accomplit en quelque sorte ce à quoi John Davidson lui-même a consacré sa vie : normaliser les faiblesses dont les individus ne sont pas responsables.

3.5

RÉALISATEUR : Kirk Jones
NATIONALITÉ : Grande-Bretagne
GENRE : Biopic, Drame
AVEC : Robert Aramayo, Shirley Henderson, Maxine Peake
DURÉE : 2h 01min
DISTRIBUTEUR : Tandem
SORTIE LE 1er avril 2026