Pour son premier film, Harry Lighton, jeune réalisateur et scénariste britannique, a choisi un sujet risque-tout, une romance gay à forte résonance SM. Car si les relations homosexuelles sont plus ou moins été intégrées dans les moeurs, contrairement à ce qui se passait il y a encore une vingtaine d’années, il n’en est pas exactement de même pour le sado-masochisme qui reste relégué aux arrière-cours ténébreuses, dans la zone obscure de ce qui ne se montre pas. Autant les relations gays romantiques sont désormais acceptées par un large public, cf. Call me by your name, avec la révélation de Timothée Chalamet, autant le SM demeure sujet de dissimulation et d’opprobre. Pourtant Harry Lighton a sans doute touché juste, en prenant tous les risques, – de conception et de représentation – glanant au passage avec Pillion le Prix du Scénario dans la section Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes.
Colin, un jeune homme introverti, rencontre Ray, le séduisant et charismatique leader d’un club de motards. Ray l’introduit dans sa communauté et fait de lui son soumis.
La fascination envers Pillion naît de cette énigme vivante qui ne veut pas se laisser résoudre, ce mur de contradictions qui préfère préserver une apparence de motard dominant, de peur que sa réelle sensibilité ne se fasse démasquer.
Le film commence comme une comédie britannique classique. Colin (Harry Melling), jeune homme peu dégourdi au visage ingrat, vit encore chez ses parents, bourgeois coincés, mais sort de temps en temps, pour changer d’air. C’est lors de l’une de ses sorties qu’il va tomber sur Ray (Alexander Skarsgård), un grand et séduisant motard, de haute taille, bardé de cuir noir, tout son opposé, qui va en faire sa nouvelle conquête. Colin va devenir l’esclave, sous toutes ses formes, sexuelles mais pas seulement, de Ray.
Disons-le dès le départ, le film n’est volontairement pas pour tous les publics. Il n’est ainsi pas destiné en particulier a priori au grand public, en raison d’images un peu choc, à la lisière de la pornographie. Il écope ainsi d’une interdiction aux moins de 16 ans. Pourtant si l’on dépasse cette interdiction, on se retrouve en fait devant un OVNI cinématographique au ton indécidable, voire glissant, entre comédie (le film est très bien écrit et parfois très drôle, surtout dans ses confrontations entre Colin, voire Ray, et les parents de Colin), drame (le comportement fermé de Ray cache des blessures très profondes) et romance (le sexe SM étant une façade pour une relation finalement romantique qui n’ose dire son nom).
Pour faire passer la pilule d’un film protéiforme, il fallait sans doute un duo d’acteurs à la hauteur de cette relation SM qui interroge la notion de consentement dans le couple et le fondement d’une romance qui commence comme une relation sexuelle fonctionnelle. Harry Melling, acteur très étonnant, découvert dans les Harry Potter, porte ainsi toute la douleur de cette relation où son personnage sera méprisé, déconsidéré, avant de pouvoir renverser la situation. Mais c’est bien Alexander Skarsgård, la grande surprise du film, le fils de Stellan, remarqué dans Melancholia et Big little lies, qui, en dominateur SM, cache des failles béantes qu’il ne voudra pas laisser découvrir.
La fascination envers Pillion naît de cette énigme vivante qui ne veut pas se laisser résoudre, ce mur de contradictions qui préfère préserver une apparence de motard dominant, de peur que sa réelle sensibilité ne se fasse démasquer. Au-delà de son contenu sulfureux, un film profondément humain, en fin de compte.
RÉALISATEUR : Harry Lighton
NATIONALITÉ : britannique
GENRE : comédie, drame, érotique, romance
AVEC : Harry Melling, Alexander Skarsgård, Douglas Hodge
DURÉE : 1h47
DISTRIBUTEUR : Memento Distribution
SORTIE LE 4 mars 2026


