C’est seulement le deuxième long-métrage – après Truth en 2015 – à la réalisation duquel s’attelle le scénariste et producteur américain James Vanderbilt qui a travaillé notamment sur Zodiac (2007) de David Fincher, The amazing Spider-man ( 2012) ou encore Scream VI en 2023. L’idée du scénario lui est venu d’un article de l’écrivain Jack El-Hai intitulé Le nazi et le psychiatre publié en 2012 et que celui-ci voulait transformer en livre. Dès lors, les deux processus – l’écriture du livre et celle du scénario – vont être mis en œuvre concurremment et donner lieu au récit de ce face-à-face entre Göring et l’expert psychiatre appelé à son chevet. En effet, le film a l’ambition de nous raconter la préparation – dans une première partie – et le déroulement – dans une seconde partie – du désormais fameux procès de Nuremberg que retiendra l’Histoire qui dura un an du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 et qui vit défiler devant sa barre les principaux représentants du régime nazi et instigateurs restés encore vivants de la Solution finale, dont son numéro 2 le Reichsmarschall (plus haut grade de toute la Wehrmacht) Hermann Göring, un des plus proches et fidèles d’Adolf Hitler, en compagnie par exemple de Rudolf Hess ou de Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du IIIème Reich.
On sait l’importance que ce procès eut sur l’histoire du monde en étant fondateur d’un droit international qui n’existait pas comme tel à l’époque afin d’éviter que de tels évènements se reproduisent. Il s’agissait d’en faire un exemple aux yeux du monde entier. Raison pour laquelle des caméras de télévision le filmèrent, des extraits en étant diffusés un peu partout à l’étranger. C’est le juge à la Cour suprême Robert Jackson interprété par Michael Shannon qui est hélé en pleine nuit pour devenir l’accusateur, côté américain, des Allemands. L’acteur endosse ce rôle empreint de dignité, conscient de la gravité de sa tache avec maestria. Au même titre que le psychiatre Douglas Kelley, il est un accoucheur de vérité, l’intrigue du film tournant autour de l’aveu que l’on essaie d’extirper de la conscience de ces hommes qu’ils étaient bien au courant de l’existence des camps d’extermination. Göring avoue à peine à Kelley qu’il avait connaissance de camps de travail, sans plus. Mais le tribunal décide de diffuser à l’audience des images de nombreux camps de la mort et de la découverte des charniers. Göring ne peut plus reculer et le sentiment ambigu de confiance qui liait l’officier allemand au psychiatre vole en éclats.
Et le film de nous renvoyer au présent quant à la forme ordinaire, débarrassée des oripeaux de l’uniforme guerrier, que peuvent prendre le totalitarisme et la barbarie.
Car c’est l’un des axes du film que le face-à-face qui a lieu entre les deux hommes. Kelley ne sait tout d’abord pas pourquoi il est appelé mais sachant ce pour quoi il est missionné, il décide d’en faire l’enjeu de sa vie : un livre à la clé qui retranscrira son expérience et lui assurera sans aucun doute richesse et notoriété, c’est en tous cas ce qu’il croit. Mais les choses ne se passeront pas comme prévu. C’est dans l’espace de la cellule, favorisant l’intimité et la confidence que se déroule l’entretien sur le long terme entre le psychiatre et son patient. Les deux protagonistes en viennent même à badiner et à jouer aux cartes ensemble. La fascination de Kelley n’a d’égale que la prodigieuse capacité de Göring à manipuler son interlocuteur. La banalité du mal (concept que Hannah Arendt a longuement développé dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem : Rapport sur la banalité du mal en 1963), voilà la conclusion à laquelle aboutira finalement le médecin. Et le film de nous renvoyer au présent quant à la forme ordinaire, débarrassée des oripeaux de l’uniforme guerrier, que peuvent prendre le totalitarisme et la barbarie. Derrière ce visage bonhomme et ses manières polies se cache le mal dans sa quotidienneté à commettre les actes les plus graves.
Et c’est à un nouveau face-à-face – deuxième partie du film – cette fois-ci entre le juge Jackson et le Reichsmarschall que nous assistons au cours de l’audience elle-même. Il s’agit de faire avouer à ce dernier qu’il avait connaissance de la Solution finale. Mais l’Allemand, finaud, joue sur les mots et se donne en spectacle. Homme d’apparence, ayant toujours aimé les atours de la richesse et ayant conscience de l’importance de sa personnalité dans l’Histoire, il apparaît gonflé d’importance et sûr de ses forces face à un juge à la voix enrouée et au dos voûté – Michael Shannon excelle dans sa transformation physique en juge vieillissant. La caméra souligne le sentiment de supériorité et toute l’arrogance du personnage de Göring surplombant de sa morgue toute la salle d’audience, posant pour les photographes à la barre. Et que dire de la performance magistrale de Russell Crowe digne de celle d’un Marlon Brando dans Apocalypse Now. Enfin, le film est habilement rythmé et les personnages secondaires, comme le Sergent Howie Triest, y jouent un rôle non négligeable. Un film qui fera date dans la représentation de l’un des évènements les plus importants de l’histoire moderne.
RÉALISATEUR : James Vanderbilt
NATIONALITÉ : Etats-Unis, Hongrie
GENRE : Drame historique
AVEC : Russell Crowe, Michael Shannon, Rami Malek
DURÉE : 2h28
DISTRIBUTEUR : Nour Films
SORTIE LE 28 janvier 2026


