Situé dans un Brésil dystopique du futur, Les Voyages de Tereza, le nouveau film du réalisateur habitué des festivals Gabriel Mascaro, imagine des avenirs possibles tout en abordant des problématiques intemporelles avec une approche particulièrement engageante. Le film a été présenté en première mondiale à la Berlinale le 16 février 2025, où il a remporté l’Ours d’argent – Grand Prix du Jury.
Le monde coloré du quotidien brésilien s’articule autour de Tereza, 77 ans, que le programme gouvernemental national destine à une colonie pour personnes âgées. Or, la femme ne souhaite ni ne ressent le besoin de quitter sa vie. À travers quelques fragments de son quotidien et de son travail dans une usine de transformation de viande d’alligator, elle apparaît comme une personne énergique et indépendante. Ainsi, les injonctions municipales et les tentatives de sa fille pour la faire interner dans la colonie se heurtent au tempérament de l’héroïne et à un rêve qu’elle n’a jamais pu réaliser : piloter un avion. En quête de cette possibilité, Tereza entame un voyage qui la mènera bien au-delà d’un simple rêve — vers une compréhension profonde de sa liberté personnelle, le tout inscrit dans des paysages amazoniens pittoresques, ponctués de rencontres étranges et extraordinaires.
À l’heure où le cinéma européen peine souvent à proposer des figures féminines âgées fortes et nuancées, Les Voyages de Tereza offre un exemple remarquable de la manière dont le voyage du héros peut s’articuler autour d’un tel personnage tout en restant captivant du début à la fin.
Le colour « bleue » à laquelle le titre original du film fait référence est un colour de liquide particulier produit par un escargot, capable, selon une connaissance de Tereza, de révéler l’avenir. Ce n’est pas la seule incursion fantastique du film, mais l’esthétique hybride du réel et de l’imaginaire est orchestrée avec une telle précision et un tel équilibre que l’univers du récit ne perd jamais son ancrage réaliste. Dès lors, les problématiques de ce futur hypothétique apparaissent étonnamment familières et proches de notre présent.
Un autre trésor du film réside dans l’interprétation de Denise Weinberg, actrice principale, qui construit le personnage de Tereza à travers les silences et les réactions discrètes plutôt que par de longs discours ou des expressions trop démonstratives. Cette interprétation humble reflète parfaitement le personnage : Tereza elle-même est une femme modeste, dont le rêve audacieux la rend singulière et la pousse à avancer — à travers l’Amazonie et, plus largement, à travers la vie. À l’heure où le cinéma européen peine souvent à proposer des figures féminines âgées fortes et nuancées, Les Voyages de Tereza offre un exemple remarquable de la manière dont le voyage du héros peut s’articuler autour d’un tel personnage tout en restant captivant du début à la fin. La culture cherchant avant tout à raconter des histoires de personnes extraordinaires, Tereza — indépendamment de son âge ou de toute reconnaissance sociale conventionnelle — est bel et bien une héroïne de cette trempe, magnifiquement mise en scène par le duo puissant formé par le réalisateur et son actrice principale.
Avec Les Voyages de Tereza, Gabriel Mascaro parvient à raconter une histoire essentiellement par l’image : les indices et les nuances sont montrés plutôt que formulés. Le film devient ainsi une expérience visuelle immersive, ouverte à de multiples interprétations, permettant à chacun de décider si les rêves révèlent ce que l’on désire… ou simplement le chemin vers la liberté.
RÉALISATEUR : Gabriel Mascaro
NATIONALITÉ : Brésil
GENRE : Drame, Science Fiction
AVEC : Denise Weinberg, Rodrigo Santoro, Miriam Socarrás
DURÉE : 1h 26min
DISTRIBUTEUR : Paname Distribution
SORTIE LE 11 février 2026


