Ce film vient juste après Aguirre, la colère de Dieu (1972) dans la filmographie de Werner Herzog. Réalisé en 1974, il prend le contre-pied de son film précédent en mettant en scène comme personnage principal un « simple d’esprit » – au sens noble du terme – après avoir dressé le portrait d’un fou tyrannique joué par Klaus Kinski. Le film en compétition à Cannes en 1975 se voit décerner le Grand Prix du jury, le Prix FIPRESCI (prix de la presse) et le Prix du jury Œcuménique – deuxième édition de ce prix dont le jury est composé de chrétiens issus du monde du cinéma fait pour récompenser les films de qualité artistique au service d’un message sans pour autant que ce soient des films religieux, certains étant même issus d’autres cultures que la civilisation chrétienne. En effet, l’innocence du personnage et le caractère humaniste du film transmettent un message bienveillant à l’endroit de marginaux tels que Kaspar Hauser. On peut remarquer que Werner Herzog entretient d’ailleurs une certaine sympathie pour les personnages en marge de la société ou qui se rebellent contre elle.
Le film reprend l’histoire vraie de Kaspar Hauser, adolescent d’origine inconnue, qui apparaît le 26 mai 1828 aux habitants de Nuremberg venant d’une rue titubant, gesticulant et grognant de façon incompréhensible, tenant en sa main une lettre destinée au commandant en chef du 4ème escadron du 6ème régiment de chevau-légers, indiquant que son père aurait appartenu à ce régiment ainsi que sa date de naissance – le 30 avril 1812. On l’emmène devant le capitaine en question et un examen a lieu au cours duquel on se rend compte que le garçon ne parle pas, se tient à peine debout et recrache ce qu’on lui donne à manger. Il ne sait écrire que son nom. Il est ainsi d’emblée le sujet d’une curiosité bien naturelle de la part des habitants. Un prologue nous le montre en effet enfermé enchaîné dans un cachot au pain et à l’eau, un homme seul venant le visiter avant de lui apprendre les rudiments de la marche puis de l’abandonner en pleine ville. D’abord enfermé dans une tour, il est ensuite recueilli par un employé du capitaine qui le prend chez lui. La famille de ce dernier, gens simples, se montrent bienveillants avec lui. Mais il est hébergé et nourri aux frais de la ville qui s’inquiète de ses finances.
Kaspar est en fait un trouble-fête, sans le savoir – ou le vouloir – et s’érige de plus en plus en libre penseur.
Il est alors confié à un forain qui monte un petit spectacle à destination des citadins afin de leur présenter ce qu’il considère comme des merveilles de la nature humaine ou animale. Kaspar Hauser prend ainsi place au milieu d’un ours acrobate, d’un cracheur de feu ou d’un joueur indien de flûte, sans parler d’un roi nain – joué par Helmut Döring qui faisait déjà l’acteur dans Les nains aussi ont commencé petits – où il fait figure de monstre de foire. Dénonciation de l’exploitation de l’homme par l’homme et du caractère voyeuriste du public qui est faite ici par le cinéaste. Mais Kaspar s’enfuit et est recueilli par un philanthrope bourgeois qui le prend sous son aile et le fait loger chez lui. Dès lors, il fait d’énormes progrès, apprend à lire et à écrire – il entame même une autobiographie – et à parler, donc aussi surtout à raisonner. Il fait ainsi figure de « bon sauvage » à qui l’on aurait appris les rudiments de la vie civilisée et entraîne la curiosité de tout un tas de personnes qui s’entichent de lui. Cependant, la nature humaine que Kaspar dévoile à cette occasion se révèle contraire aux mœurs policées et évangéliques de la société.
Kaspar est en fait un trouble-fête, sans le savoir – ou le vouloir – et s’érige de plus en plus en libre penseur. Aux ecclésiastiques qui cherchent à le convertir il répond avec la simplicité de la raison qui le caractérise qu’il ne peut croire en un Dieu qui aurait tout fait à partir de rien. Du philosophe qui tente de lui inculquer les principes de la logique il bat en brèche son dogmatisme. Quant au lord anglais qui a l’ambition d’en faire son protégé, il se fait ridiculiser par Kaspar qui fuit la soirée mondaine qui lui est pourtant en partie consacrée, ce dernier étouffant au milieu des gens de la bonne société curieux de découvrir le phénomène. C’est que cette fois-ci, Kaspar refuse d’être exploité par ce gentilhomme vaniteux qui n’a d’autre désir que de se faire valoir au détriment du malheureux. Jusqu’au bout, il est l’objet d’une attention extrême, du désir des autres de scruter ses moindres gestes, paroles et jusqu’à son âme. A tel point que même mort, son cadavre éveille la curiosité du médecin légiste et de ses assistants qui pointent une anomalie de son cerveau : il eût été trop simple qu’il fût taillé sur le modèle des autres. Là point l’ironie de Werner Herzog. Mais jusqu’au bout, Kaspar est et restera un mystère à l’origine inconnue pour une société qui ne le comprend pas.
RÉALISATEUR : Werner Herzog
NATIONALITÉ : Allemagne de l'Ouest
GENRE : Drame
AVEC : Bruno S., Walter Ladengast, Brigitte Mira
DURÉE : 1h50
DISTRIBUTEUR : Potemkine Films
SORTIE LE 25 février 2026


