La Maison des femmes : Plus seules contre tous

Jamais autant de femmes n’avaient remporté de récompenses aux « César » que cette année : meilleur court-métrage, meilleur court-métrage documentaire, meilleur scénario original, meilleur montage, meilleurs décors, meilleurs costumes, meilleurs effets visuels… Jusqu’à la catégorie reine, bien entendu, celle du meilleur film, dont le précieux sésame a été décerné à L’Attachement, réalisé par Carine Tardieu, deux ans après le César de Justine Triet pour la Palme d’Or Anatomie d’une chute. Autre fait notable, le César du meilleur premier film a aussi été décerné à une femme, en l’occurrence Pauline Loquès pour Nino, qui succède à Vingt Dieux de Louise Courvoisier. Preuve que l’avenir du cinéma s’écrit au féminin. Au moment de recevoir son prix, Pauline Loquès a d’ailleurs mentionné « la majorité des femmes cheffes de poste qui ont fabriqué son film, choisies non pas pour leur genre, mais leur talent et la force de leur travail« . Les femmes se sont donc imposées à tous les échelons de cet art et artisanat, aussi bien dans les postes techniques, créatifs, managériaux.

C’est dans ce contexte que sort La Maison des femmes, premier long-métrage de la réalisatrice Mélisa Godet, qui revient sur l’action de ce lieu unique rattaché au Centre hospitalier de Saint-Denis créé en 2016 par la gynécologue Ghada Hatem, ayant pour vocation d’accueillir et soigner les femmes victimes de maltraitances. Hasard du calendrier (ou vrai choix de programmation ?), le film est sorti quatre jours avant la Journée internationale des droits des femmes, et en même temps que Christy de David Michôd, biopic de la première boxeuse professionnelle Christy Martin, intraitable sur le ring mais victime dans sa vie privée de violences conjugales.

Mélisa Godet réussit avec brio à faire exister chacune de ses protagonistes au travers d’histoires et motivations singulières, sans jamais perdre de vue la force du collectif.

La Maison des femmes nous embarque à la veille de la pandémie de Covid dans le quotidien de chirurgiennes, psychologues, sage-femmes, assistantes sociales, qui aident des femmes victimes d’abus à se reconstruire autant physiquement que moralement, et ce avec très peu d’aide financière et de reconnaissance des autorités publiques. Pour interpréter ces héroïnes du quotidien, un beau casting d’actrices françaises confirmées (Karin Viard, Laetitia Dosch) ou en plein ascension (Oulaya Amamra, Eye Haidara, Juliette Armanet). Ces dames sont accompagnées d’un beau casting masculin en soutien (Pierre Deladonchamps, Laurent Stocker, Jean-Charles Clichet). 

Le pari du film choral est toujours risqué. Avec autant de noms sur l’affiche, on pouvait craindre un film trop diffus, trop émietté (reproche que l’on pouvait faire à Coutures d’Alice Winocour récemment) ; mais Mélisa Godet réussit avec brio à faire exister chacune de ses protagonistes au travers d’histoires et motivations singulières, sans jamais perdre de vue la force du collectif. Mieux encore, elle réussit l’exploit de faire un film entièrement centré sur les victimes et celles qui les réparent, sans accorder aucun temps d’écran aux agresseurs. 

Si le film est de facture assez classique, et laisse peu de place à la mise en scène, La Maison des femmes se veut avant tout très didactique, avec une précision quasi documentaire que l’on reconnaît notamment à Jeanne Herry (Pupille, Je verrai toujours vos visages). Tout est dans le “quasi’, car le film n’est pas dénué dans la narration d’émotion (sans pathos) et d’humour bien senti. Avec cette énergie et cette bonne humeur de tous les instants face à l’adversité, La Maison des femmes n’est pas sans nous faire penser à Hors Normes (Olivier Nakache et Eric Toledano), qui revenait sur le quotidien d’une association accueillant des enfants atteints d’autisme. Avec comme point commun à ces deux films, la volonté d’hommes et de femmes de faire le bien, envers et contre tout et tous, et dans le dénuement le plus total. Mais cette résilience paie, car aujourd’hui l’association s’est mue en réseau et dispose de nombreuses antennes au-delà de Saint-Denis.

Ainsi, si La Maison des femmes n’est pas le film le plus original de l’année sur la forme, il reste non moins nécessaire et efficace, en ce qu’il remplit sa mission première de faire parler de son sujet et de l’ancrer dans les consciences du public et des pouvoirs publics. Car, comme le disait Xavier Dolan il y a peu, « faire de l’art, c’est déjà politique !« 

3.5

RÉALISATEUR : Mélisa Godet
NATIONALITÉ : française
GENRE : Drame
AVEC : Karin Viard, Laetitia Dosch, Oulaya Amamra, Eye Haïdara
DURÉE : 1h50
DISTRIBUTEUR : Pathé Films
SORTIE LE 4 mars 2026