The Bride ! : pauvre créature

Maggie Gyllenhaal avait réussi à surprendre tout le monde avec son premier film. Actrice reconnue (vue surtout dans La Secrétaire de Steven Shainberg et The Dark Knight de Christopher Nolan), fille du réalisateur Stephen Gyllenhaal, surtout connu pour avoir dirigé l’ante-pénultième épisode de la saison 2 de Twin Peaks, et soeur de l’ultra-célèbre Jake Gyllenhaal, elle avait remporté la mise en adaptant un roman méconnu de Elena Ferrante, Poupée volée. The Lost Daughter, son premier film, montrait une réelle intelligence dans l’écriture, une grande finesse dans l’adaptation du roman de Ferrante et dans sa direction d’acteurs. Résultat : un prix du scénario largement mérité à la Mostra de Venise et trois nominations aux Oscars (dont deux pour Olivia Colman et déjà Jessie Buckley). Ne désirant pas se répéter, souhait louable, Maggie Gyllenhaal a tourné le dos à la finesse psychologique de son premier long-métrage et s’est lancée dans le délire rétro-gothique de The Bride!, en donnant sa version très personnelle du mythe de la fiancée de Frankenstein.

Rongé par la solitude, « Frank » – la créature de Frankenstein – se rend à Chicago dans les années 1930 et demande au Dr. Euphronious, une scientifique visionnaire, de lui créer une compagne à partir du cadavre d’une femme qui a été assassinée. Le couple va ensuite attirer l’attention de la police, notamment l’inspecteur Jake Wiles.

Contrairement à The Lost Daughter qui apparaissait comme un modèle de maturité et de sagesse narrative, The Bride! paraît en surrégime permanent,

La Fiancée de Frankenstein est un classique du cinéma d’horreur, réalisé par James Whale, formidable cinéaste de série B. De l’avis général, La Fiancée de Frankenstein surpasse le premier de la franchise, déjà réalisé par James Whale, accentuant le côté émouvant et humain des « monstres ». Pourtant The Bride! n’est pas véritablement une adaptation du film séminal de Whale, en reprend lointainement quelques motifs (essentiellement les personnages de « Frank » et de sa fiancée) mais est bien davantage le fruit de l’imagination débridée de Maggie Gyllenhaal.

Plutôt que de faire un remake du film des années 30, elle a mixé divers couples de cinéma et a donc produit une version personnelle et volontairement « dégénérée » de différents mythes. Il s’agit donc un peu de Frankenstein et de sa fiancée ressuscitée miraculeusement, mais surtout bien davantage de couples mythiques de road-movies sauvages et meurtriers, (Les Amants de la nuit, J’ai le droit de vivre, Gun Crazy, Bonnie et Clyde surtout, La Balade Sauvage ou encore Sailor et Lula). En dépit du maquillage outrancier de Jessie Buckley et déformant de Christian Bale, on oublie en fait assez vite l’argument de science-fiction et d’horreur à l’origine du film. Replacé dans les années 30, à l’heure des premières années du parlant, The Bride! devient assez vite un film assez banal de cavale.

Pourtant Maggie Gyllenhaal a repris une idée du film originel : celle d’attribuer à la même actrice les rôles de Mary Shelley la romancière et du personnage de la Fiancée. Mais alors que le procédé était opérationnel en distinguant le récit-cadre de Mary Shelley et celui fictionnel de ses personnages, Mary Shelley intervient en rapides flashes intempestifs et nettement redondants dans cette version moderne. On peut également signaler une autre idée dont Maggie Gyllenhaal ne fait pas grand’chose : les monstres sont cinéphiles et vont de ville en ville en sélectionnant les projections des films de leur acteur préféré. Cette jolie idée demeure assez stérile à l’écran, en apparaissant davantage comme un gadget qu’un gage de réelle dévotion cinéphilique.

Contrairement à The Lost Daughter qui apparaissait comme un modèle de maturité et de sagesse narrative, The Bride! paraît en surrégime permanent, comme si Maggie Gyllenhaal voulait à tout prix prendre ses distances avec son film précédent et montrer qu’elle savait faire autre chose. Mais Maggie Gyllenhaal bénéficiait dans son précédent film de la narration solide d’Elena Ferrante et n’est peut-être pas douée dans tous les registres ; il fallait certainement qu’elle en fît cette fois l’expérience. Que reste-t-il en fait du talent de Maggie Gyllenhaal dans son nouveau film? Jessie Buckley, admirable actrice dans le récent Hamnet de Chloé Zhao, qui a fait ses preuves chez Alex Garland (Men), Charlie Kaufman (Je veux juste en finir) ou les séries Guerre et Paix et Chernobyl., était déjà présente dans The Lost Daughter, incarnant la version jeune du personnage d’Olivia Colman. Dans un registre hystérique permanent, elle semble vouloir davantage ressembler à une Harley Quinn survoltée qu’à une émanation de la fiancée de Frankenstein (la fragile et émouvante Elsa Lanchester dans ce rôle marquant). Quant à Christian Bale, étonnamment discret, il reste prudemment en retrait, se cachant derrière ses prothèses, laissant sa partenaire prendre les devants. Face à ce couple de monstres un peu surchargé, il est possible de préférer celui des enquêteurs, plus débonnaire et convaincant, (Peter Sarsgaard et Pénélope Cruz).

Le principal point commun entre les deux films de Maggie Gyllenhaal réside en fait dans son point de vue féministe. Comme The Lost Daughter, The Bride! prend la défense des femmes en incarnant leur perspective. Souhaitant venger les femmes opprimées, le personnage de Jessie Buckley prononce même de manière appuyée à plusieurs reprises le fameux #MeToo en signe de reconnaissance et de ralliement. Malheureusement cette injonction demeure un vain cri de guerre devant l’inanité de l’oeuvre proposée. Alors que The Bride! s’annonçait comme le remake modernisé et féministe de La Fiancée de Frankenstein, Maggie Gyllenhaal a simplement oublié que ce remake avait été réalisé quelques années plus tôt, involontairement, en plus réussi et s’appelle…Pauvres créatures.

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RÉALISATRICE : Maggie Gyllenhaal 
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : science-fiction, horreur, drame, romance, thriller
AVEC : Jessie Buckley, Christian Bale, Peter Sarsgaard, Pénélope Cruz, Annette Bening, Jake Gyllenhaal
DURÉE : 2h07
DISTRIBUTEUR : Warner Bros. France
SORTIE LE 4 mars 2026