Les Chroniques de Darko – Aucun autre choix : un remake lourdingue

Il s’agit d’un remake du film Le Couperet de Costa Gavras sorti en 2005, lui-même étant une adaptation du roman de l’écrivain américain Donald Westlake. Pour interpréter le personnage principal, Park Chan-wook a choisi Lee Byung-hun qui avait déjà travaillé avec lui sur Joint Security Area en 2000 avant d’incarner le rôle prestigieux d’un tueur à gages dans le film devenu culte A Bittersweet Life de Kim Jee-woon en 2005 et de remettre ça avec le même metteur en scène dans le non moins remarquable film de ce dernier J’ai rencontré le Diable en 2010. Il joue ici celui d’un ingénieur spécialisé dans le domaine de la papeterie qui mène une vie aisée avec sa famille – sa femme et ses deux enfants – au sein d’une maison luxueuse. Les premiers plans nous dressent le portrait de groupe d’une vie idyllique préservée de tout souci. Jusqu’au jour où il apprend qu’il va être licencié de son entreprise suite à un changement de propriétaire et à une restructuration conséquente. Il va alors se mettre en tête d’éliminer l’un après l’autre ses concurrents directs à l’offre d’emploi d’une imprimerie qui utilise l’I.A. pour optimiser ses performances, ce qui entraîne pour conséquence qu’elle entreprend de licencier une bonne partie de son personnel. Le réalisateur actualise ainsi quelque peu le scénario mais c’est bien la seule référence à l’époque contemporaine qu’il admet car pour le reste, il suit presque en tous points la trame du film original.


Park Chan-wook multiplie les scènes de ce genre poussant le grotesque jusqu’au bout, déshumanisant ainsi ses personnages, nuisant par là même à la crédibilité de l’histoire dans sa totalité.

On le sait, chez Park Chan-wook, l’être humain n’est souvent qu’un pion dans un jeu d’échecs joué par d’autres, manipulé et mis à rude épreuve par les coups de l’existence qui s’abattent sur lui. Il en est ainsi de Man-su – le personnage principal – qui va se retrouver confronté à la vie difficile d’un chômeur en quête de travail, d’autant plus qu’il vit au sein d’une société coréenne où la performance et le dépassement de soi est au centre de la reconnaissance sociale. Ses victimes n’échappent pas à la règle qui apparaissent comme dégradés, l’un étant alcoolique et menant une vie débraillée de patachon, l’autre un médiocre vendeur de chaussures humilié par ses clients qui n’est pas à sa place. Mais là où dans Le Couperet, la gravité du sujet et les intentions réalistes menaient le film vers la critique sociale pure, ici, le réalisateur coréen ne peut s’empêcher de ridiculiser ses personnages, à commencer par Man-su, maladroit traqueur en forêt qui se laisse mordre par un serpent, laissant la compagne de sa proie humaine lui sucer sa plaie, scène grotesque s’il en est et purement gratuite introduite par le scénario. D’ailleurs, Park Chan-wook multiplie les scènes de ce genre poussant le grotesque jusqu’au bout, déshumanisant ainsi ses personnages, nuisant par là même à la crédibilité de l’histoire dans sa totalité. Ces derniers se montrent cyniques, le chef d’entreprise et ses associés comme Man-su lui-même. Seul, l’amour qu’il porte à sa famille et particulièrement à son fils de quinze ans Si-one, malgré ses dérapages, avec lequel il entretient une complicité réelle, sauve quelque peu le personnage. Sinon, ses faiblesses sont trop appuyées – il se prosterne littéralement devant un patron à qui il réclame un emploi – pour permettre au spectateur d’entrer en empathie avec lui. Le plus intéressant est peut-être le personnage de sa femme qui jusqu’au bout et malgré tout ce qu’elle peut savoir, soutiendra son mari quoi qu’il arrive. Une remise en question trop brève et rendue futile par une intervention scénaristique un peu lourde -il renifle la culotte de sa femme devant elle pour confirmer ou infirmer ses soupçons – ne parvient pas à faire rebondir véritablement l’histoire. La fin est tout sauf moralisatrice et nous propose une vision bien noire et un constat bien amer de la société. Le film souffre de ses lourdeurs et aurait mérité un traitement plus fin.