Troisième collaboration entre le réalisateur Yann Gozlan et l’acteur devenu vedette « bankable », Pierre Niney (Le Comte de Monte-Cristo), après les thrillers L’Homme idéal et Boîte noire, Gourou a la particularité d’avoir été initié en tant que projet par Pierre Niney lui-même. C’est en effet lui portant le même nom de Mathieu Vasseur dans les trois films qui en a eu l’idée. Il explique y avoir pensé en se disant que, dans un monde où les politiques et les religieux ont manifestement perdu de leur influence, les coachs en développement personnel ont en quelque sorte pris leur place. Beaucoup de personnes en perte de repères dans notre société contemporaine qui érige en modèle absolu le culte de la performance, confient à ces personnes plus ou moins bien intentionnées leur situation psychologique, voire leurs revenus ou leur vie-même. Sous l’angle du thriller paranoïaque, après Dalloway sur l’intelligence artificielle, Yann Gozlan aborde une nouvelle thématique d’actualité dans Gourou et fait donc l’état des lieux de la question des coachs en développement personnel, qui pourrait dériver en l’établissement de sectes.
Matt est le coach en développement personnel le plus suivi de France. Dans une société en quête de sens où la réussite individuelle est devenue sacrée, il propose à ses adeptes une catharsis qui électrise les foules autant qu’elle inquiète les autorités. Sous le feu des critiques, Matt va s’engager dans une fuite en avant qui le mènera aux frontières de la folie et peut-être de la gloire…
Gourou s’avère aussi brutal, sommaire et lourdingue que le coach dont il fait le portrait. Une forme certes accordée au fond, mais plutôt pour le pire que pour le meilleur.
Dans notre inconscient collectif, plane le souvenir des images des grands raouts de la communication technologique, animés par des manitous comme le défunt Steve Jobs pour Apple ou Mark Zuckerberg pour Facebook. Bien qu’a priori innocentes, ces images de rassemblements concentrationnaires faisaient toujours un peu peur, en rappelant d’autres images d’un autre âge. C’est sans doute là que Yann Gozlan a trouvé l’inspiration pour la première séquence impressionnante de Gourou, où Pierre Niney aka Matt Vasseur anime un séminaire sur la confiance en soi. Gozlan a d’ailleurs la très bonne idée de couper complètement la musique sur cette séquence, afin de restituer quasi-religieusement les temps d’échange entre les spectateurs et le coach en développement personnel.
C’est l’une des meilleures séquences du film ; ce sera malheureusement l’une des seules. En effet, passée cette séquence d’introduction, un gros cliché nous est assené d’emblée, avec un Pierre Niney se baignant dans de l’eau glacée de bon matin, à la manière viriliste d’un Vladimir Poutine. On passe également sur les dialogues à l’emporte-pièce, où le frère de Matt nous apprend que le futur coach voulait remporter Roland-Garros à douze ans et faire la Star Ac à quinze. Idem quand Matt, dégoûté par le rejet qu’il va finir par susciter dans son propre pays se met à plaindre « notre pauvre France, avec ces minables atteints par le cancer, la dépression ou le suicide« . Dans la séquence d’introduction, figure l’excellent Anthony Bajon. Ce n’est pas pour rien qu’il se trouve également dans l’autre très bonne séquence du film, dont on ne peut dévoiler ici la teneur, sans la divulgâcher. Il n’en demeure pas moins que son personnage va disparaître de l’intrigue à mi-parcours, ce qui est fort dommageable car quand on possède comme atout un acteur aussi remarquable qu’Anthony Bajon, on le conserve comme une carte précieuse dans son jeu jusqu’au bout, quitte à modifier son scénario en cours de route.
De son côté, Pierre Niney s’avère plutôt convaincant en coach miné par les accusations et le doute. Il est incontestable qu’il y met du sien, sans pour autant réussir à nous attacher profondément à son personnage. Malheureusement, c’est surtout la performance qui ressort plus que l’émotion. On imagine sans peine qu’il s’est largement inspiré de la prestation hallucinante de Tom Cruise en gourou du sexe dans Magnolia de Paul Thomas Anderson, ou encore de celle de Leonardo Di Caprio dans Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese. La comparaison, qu’il est préférable d’éviter, s’effectue tristement au détriment du Français qui s’époumone pourtant sans ménager ses efforts. L’ensemble du film est brossé à gros traits, à renforts de clichés atterrants. Certes il est facile de percevoir ce que Gozlan et Niney ont voulu faire : un portrait à charge des coachs de développement personnel qui finissent par détruire la vie des personnes dont ils s’occupent. En l’occurrence, l’ambiguïté est maintenue car Matt se croit bien intentionné et pense agir pour le bien de ces personnes, en améliorant leur vie.
A travers ce portrait, on devine l’influence de cinéastes américains comme Coppola ou De Palma décrivant un personnage à l’instar de Michael Corleone ou Scarface allant jusqu’au bout de la folie et de la paranoia, entouré de personnes dont il détruit involontairement la vie (son fan, sa femme, son frère, son chauffeur). Malheureusement Gozlan et Niney substituent une avalanche de clichés au contexte documentaire ou fantasmatique qui se trouve dans les films américains qui leur servent de modèles. Comme par hasard, pour échapper à tous ses déboires, le personnage principal va finir par fuir aux Etats-Unis, à Las Vegas. En résumé, Gourou s’avère aussi brutal, sommaire et lourdingue que le coach dont il fait le portrait. Une forme certes accordée au fond, mais plutôt pour le pire que pour le meilleur.
RÉALISATEUR : Yann Gozlan
NATIONALITÉ : française
GENRE : thriller, drame
AVEC : Pierre Niney, Marion Barbeau, Anthony Bajon, Jonathan Turnbull, Christophe Montenez, Holt McCallany
DURÉE : 2h06
DISTRIBUTEUR : StudioCanal
SORTIE LE 28 janvier 2026


