Send Help : Sam Raimi rejoue le gore sur une île déserte

L’affiche de Send Help parle d’elle-même. Une sublime et ensanglantée Rachel McAdams (Lolita malgré moi, 2004 ou l’oscarisé Spotlight, 2015), poignard à la main, surtitrée : “Voilà Linda Liddle… du service stratégie et planification. C’est elle la chef maintenant”. Après plus d’une décennie, voilà donc Sam Raimi de retour à ses grands débuts, ceux de l’horreur gore de sa trilogie Evil Dead (1981, 1987, 1991). Humour noir et goût du grotesque, la recette ensanglantée du réalisateur est la même, mais assaisonnée au goût du jour, de quoi ravir les palais connaisseurs.

Seuls rescapés d’un accident d’avion, la gentille employée Linda Liddle et son arrogant patron Bradley Preston (Dylan O’Brien) se retrouvent coincés sur une île déserte. Pas le choix : pour survivre, il faut collaborer malgré les griefs du passé. Mais la vie à deux sur le camp tourne vite aux épreuves de force, concours d’égos, retournement de pouvoir et situations de plus en plus cruelles et grotesques. 

L’évolution du personnage de Rachel McAdams, de vieille célibataire asociale et gênante à sublime guerrière, toujours sur le fil d’une folie sous-jacente, est maîtrisée à la perfection.

On pourra résumer le style de Send Help en trois mots : survival thriller comique. A conjuguer donc avec “hémoglobine à gogo” ! Gros plans sur les corps et les pores, vomis en torrent et autre morve jaunâtre de cochon sauvage plus proche de la hyène que du sanglier de nos forêts. On sursaute et se cache les yeux, mais toujours plus au bord du dégoût et du rire que de la vraie terreur. L’exercice du gore reste parfaitement maîtrisé, sans tomber dans un excessif insoutenable (pour celles et ceux qui n’ont pas pu regarder ou apprécier la dernière scène de The Substance par exemple, où Demi Moore version monstro arrose pendant quatre très longues minutes la salle en face d’elle d’un mélange de fluides à soulever le coeur). 

Si vous cherchez un prix du scénario, ce n’est clairement pas dans Send Help qu’il faut aller le chercher. Combien de films, séries ou de livres d’aventures dès Robinson ont déjà mille fois revisité le motif narratif du crash ou de l’échouage, suivi d’un huis clos insulaire ? Les thèmes travaillés sont alors assez classiques : retournement de situation hiérarchique, satire sociale et critique du sexisme structurel, notamment dans le monde de l’entreprise. Les archétypes sont bien là : Linda est la petite employée corvéable à merci, espérant une promotion qu’on lui fait miroiter à tort, mais dont le nom est retiré des rapports avant d’être présenté au Comité exécutif. Bradley est ce fils unique héritier qui récupère sans mérite son titre de PDG à la mort du père et fait monter autour de lui ses copains de la fraternité de l’Université et autres compagnons de golf du dimanche. D’ailleurs, s’il embarque cette salariée pénible dans son jet privé ce jour-là, c’est pour profiter de ses talents avant de la virer sans ménagement.

Mais après une tempête où le sang vole déjà à grands flots, les voilà donc tous les deux livrés à un bout de plage et une jungle inhospitalière (des baies empoisonnées, des poulpes neuro-toxiques et autres fameux cochons-hyènes prêts à vous embrocher sur leurs défenses), le tout sous un soleil qui vous brûle jusqu’aux cloques et des journées de pluies diluviennes. Bradley, blessé à la jambe mais surtout incapable de tenir une heure loin du monde civilisé, c’est Linda qui prend le contrôle du camp, elle qui a toujours rêvé de participer à l’émission “Survivor”. Un couple qui va bien devoir cohabiter. Pour s’aimer à la folie ou s’entre-dévorer ?

Ici, les thèmes sociétaux rappellent donc – parmi d’autres – évidemment le puissant Sans filtre (Ruben Östlund, Palme d’Or au Festival de Cannes 2022), sans pour autant égaler la maîtrise du Suédois, et en assumant un gore loufoque qui se suffit à lui-même. Mais si l’histoire est plutôt prévisible, les situations et rebondissements qui composent ce nouveau Sam Raimi restent à chaque fois une petite surprise qui séduiront les fans du genre et du réalisateur. Surtout, il faut voir les deux acteurs de ce huis-clos contre-nature, qui tiennent à eux seuls chaque minute d’un film aux plans d’une beauté idyllique malgré l’horreur.

C’est la protagoniste principale, Rachel McAdams, que l’on suit de sa transformation de petite employée de bureau brillante mais asociale à reine d’un Koh-Lanta sans foi ni loi, qui emporte en premier lieu tout sur son passage. L’évolution de son personnage, de vieille célibataire asociale et gênante à sublime guerrière, toujours sur le fil d’une folie sous-jacente, est maîtrisée à la perfection. A se demander si la petite oie blanche l’a jamais été ? Quant à son binôme de jeu, Dylan O’Brien, son beau visage de brun ténébreux oscille et se tord avec justesse entre un être misogyne insupportable, geignard, colérique, terrifié, ou soudain prêt à livrer avec émotion les grandes peines de son enfance trop dorée… 

Spoiler alert : on s’attendait évidemment au twist final, immoral à souhait, mais la satisfaction est tout de même là. Appétissante comme un « trou en un » au 18ème trou. 

4

RÉALISATEUR : Sam Raimi
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : Comédie, Epouvante-horreur, Thriller
AVEC : Rachel McAdams, Dylan O'Brien, Edyll Ismail
DURÉE : 1h 54min
DISTRIBUTEUR : The Walt Disney Company France
SORTIE LE 11 février 2026