Après avoir été scénariste réputé depuis 1975 pour des metteurs en scène comme Jacques Rivette, André Téchiné, Raoul Ruiz, Chantal Akerman, Benoît Jacquot, critique émérite aux Cahiers du cinéma (on lui doit entre autres une lumineuse explication du cinéma de Quentin Tarantino), Pascal Bonitzer est devenu cinéaste en 1996 – tout en poursuivant ses collaborations de scénariste – et a depuis édifié une oeuvre singulière, fondée sur l’étrange, le décalage et la parole. Avec son dixième film, Maigret et le mort amoureux, d’après Georges Simenon, il renoue avec l’adaptation de roman policier qu’il avait déjà abordée à travers Le Grand Alibi, où il transposait déjà Agatha Christie.
Le commissaire Maigret est appelé en urgence au Quai d’Orsay. Monsieur Berthier-Lagès, ancien ambassadeur renommé, a été assassiné. Maigret découvre qu’il entretenait depuis cinquante ans une correspondance amoureuse avec la princesse de Vuynes, dont le mari, étrange coïncidence, vient de décéder. En se confrontant aux membres des deux familles et au mutisme suspect de la domestique du diplomate, Maigret va aller de surprise en surprise…
Maigret et le mort amoureux est de la belle ouvrage, joliment écrite et parfaitement interprétée, rendant un hommage respectueux au roman de Georges Simenon.
Nous proposant sa vision personnelle de Maigret, Pascal Bonitzer choisit de transposer l’intrigue de Maigret et les vieillards au début de notre XXIème siècle et en fait une sorte de héros décalé, témoin d’une noblesse finissante. De même, il choisit de renouveler complètement l’image du commissaire Maigret, en évacuant la silhouette massive popularisée par Harry Baur, Jean Gabin, Bruno Cremer ou Gérard Depardieu, et en confiant le rôle à Denis Podalydès, déjà Rouletabille dans les films de son frère Bruno, adaptant les oeuvres cultes de Gaston Leroux. Enfin, il enrobe son adaptation d’un climat fantastique qu’il concrétisera surtout lors de l’épilogue du film, volontairement infidèle à la conclusion du roman.
Pourtant, en dépit de ces quelques divergences, le film se trouve extrêmement fidèle à la lettre du roman de Georges Simenon : concision de la forme, dialogues ciselés, prééminence des personnages. Maigret et les vieillards fait un peu moins de 150 pages, réparties en huit chapitres, lisibles en trois heures environ. Maigret et le mort amoureux est ramassé en une heure et vingt, ce qui fait que l’essentiel est concentré en une forme très dense et dialoguée. Comme dans beaucoup de films de Bonitzer, le dialogue tient lieu essentiellement d’action. En l’occurrence, c’était déjà le cas chez Simenon où l’atmosphère et l’approfondissement des personnages priment sur tout le reste.
Par conséquent, Maigret et le mort amoureux représente une savoureuse galerie de personnages, servie par des prestations d’acteurs aux petits oignons. On notera entre autres la fantaisie loufoque d’une Julia Faure ou la prestance d’une Dominique Reymond. En Maigret plus malicieux que d’habitude, Denis Podalydès ne démérite pas, même s’il pourra surprendre les puristes de l’apparence habituelle du fameux commissaire. Néanmoins, celle qui crève l’écran après ses remarquables prestations dans Le Goût des autres d’Agnès Jaoui et Le Bruit des glaçons de Bertrand Blier, c’est Anne Alvaro en vieille gouvernante, dévouée et insolente, attachée par un lien indéfectible à celui qui l’a engagée.
On pourrait même énoncer pour ce film de Pascal Bonitzer les mots de Qualité française, notion jadis honnie par les critiques des Cahiers du Cinéma, tout en précisant que ces mots ne représentent au contraire sous notre plume rien de rédhibitoire. Maigret et le mort amoureux est de la belle ouvrage, joliment écrite et parfaitement interprétée, rendant un hommage respectueux au roman de Georges Simenon.
RÉALISATEUR : Pascal Bonitzer
NATIONALITÉ : française
GENRE : policier, drame
AVEC : Denis Podalydès, Anne Alvaro, Manuel Guillot, Julia Faure, Dominique Reymond, Mischa Lescot, Olivier Rabourdin
DURÉE : 1h20
DISTRIBUTEUR : Pyramide Distribution
SORTIE LE 18 février 2026


