L’Amour c’est surcoté : l’éloge de la parole

L’Amour c’est surcoté, adapté du livre éponyme par son auteur Mourad Winter, a tout du film qui divise avant même son visionnage. Certes, le matériau d’origine avait connu un certain succès lors de sa sortie en 2021, tant auprès du public que de la critique, mais il restait à voir comment pouvait être retranscrit à l’écran l’esprit du bouquin et de son personnage “souvent misogyne, homophobe et raciste”, dixit la quatrième de couverture. Pour ceux qui n’auraient pas lu le livre, on aurait à en juger par la bande-annonce une comédie romantique sympathique mais pas révolutionnaire. 

Le pitch sur un post-it : Anis, jeune homme à l’humour décapant, est la risée de ses amis et de sa famille pour n’avoir jamais eu de compagne officielle. Jusqu’au jour où il fait la connaissance de Madeleine, qui va lui ouvrir les yeux sur la possibilité d’une relation amoureuse. Bien-sûr, il y a nécessairement dans la construction de leur relation une période de doute, notamment lors de la rencontre obligée entre Anis et le beau-père cool mais un peu gênant, qui fait se demander au premier s’il est bien à la bonne place avec la fille de ce dernier.

Un film qui nous dit que les mots peuvent guérir les maux.

On vous avait prévenu : à première vue, pas de quoi casser trois pattes à un canard, juste de quoi donner quelques crampes aux abdos. Et pour remplir cette mission, le casting idéal. Anis est interprété par le truculent Hakim Jemili, qui s’est fait connaître sur les réseaux sociaux avec son débit de mitraillette et ses néologismes avant de devenir une star du stand-up. Madeleine est campée par la non moins truculente Laura Felpin, elle-même papesse du seul-en-scène dont la carrière s’était envolée avec un clip viral issu de la série Le Flambeau, où elle haranguait la foule dans un espagnol approximatif tout en jonglant en sarouel. Dans le rôle du beau-père, le toujours plus truculent François Damiens, acteur belge qu’on ne présente plus. Enfin, on pourrait même ajouter le pote “border” d’Anis, Paulo, joué par un Benjamin Tranié en roue libre qui excelle dans l’art de la punchline bien sentie, et qui récupère à son compte les défauts du personnage principal du livre (c’est plus vendeur ainsi).

En somme, des acteurs qui savent manier le langage comme personne, pour nous faire travailler les zygomatiques. L’Amour c’est surcoté pourrait donc être avant tout une histoire de mots, les mots qui font rire. Et ce serait déjà très bien : 15€ la place sans abonnement, 8€ le pop-corn taille familiale, une bonne poilade bien rentabilisée, rideau. Mais est-ce que ce ne serait pas passer à côté du propos du film ? Et si L’Amour c’est surcoté n’était pas avant tout une histoire de maux plus que de mots ? D’accord, on va avoir besoin d’étayer un peu notre propos.

On rembobine. Le film s’ouvre sur une très belle scène de flashback où Anis et sa bande de potes, alors enfants, arpentent les rues de leur cité à bicyclette. Alors qu’ils se retrouvent piégés sous une pluie diluvienne, Isma, le meilleur ami d’Anis, s’élance vaillamment en tête de la bande. Anis a alors un préssentiment : Isma sera le premier du groupe à partir. Flashforward, une trentaine d’années plus tard : enterrement d’Isma, qui s’est donné la mort. Ambiance. Les spectateurs se regardent interloqués. Ne nous avait-on pas promis une comédie ?

Dès lors, et c’est le vrai point de départ du film, Anis adopte le masque de l’ironie perpétuelle pour cacher sa peine. Un homme, et qui plus est un homme de banlieue, ça ne pleure pas. Anis est brisé, vulnérable. Il est rongé par la culpabilité, celle de ne pas avoir su trouver les bons mots, pas ceux qui font rire, mais ceux qui rassurent, quand son ami a montré les premiers signes de dépression. Et comme il n’arrive pas à faire son deuil et à s’ouvrir à une relation sentimentale, il est alors catalogué comme le looser qui a peur de parler aux filles. C’est pourtant une fille, Madeleine, qui va entrevoir la douleur d’Anis derrière son masque et l’aider à travers une thérapie à réapprendre à vivre avec lui-même, étape primordiale pour apprendre ensuite à vivre avec quelqu’un d’autre.

Il y a donc dans L’Amour c’est surcoté un peu plus que de la simple comédie romantique avec en tête d’affiche des stand-uppers pour ados. Entre quelques éclats de rire, on se surprend à verser une petite larme : l’émotion est là car le texte est vrai, et le jeu aussi. On y trouve des acteurs dans un vrai rôle de composition, dans un film qui nous dit que les mots peuvent guérir les maux.

3.5

RÉALISATEUR : Mourad Winter
NATIONALITÉ : Française
GENRE : Comédie romantique, drame
AVEC : Hakim Jemili, Laura Felpin, François Damiens
DURÉE : 1h38
DISTRIBUTEUR : StudioCanal
SORTIE LE 23 avril 2025