Le film a été présenté en avant-première au Festival du Film de Toronto lors de son édition 2025. En outre il a été retenu pour représenter la Palestine aux Oscars dans la catégorie du meilleur film international. Sa réalisatrice est en effet palestinienne née à Bethléem en 1974 et son premier long-métrage de fiction Le Sel de la Mer, date de 2008. Le tournage a eu lieu pendant le génocide perpétré par Israël à l’encontre du peuple palestinien. Ce qui a eu des conséquences directes sur celui-ci puisqu’il était prévu au départ de tourner entièrement en Palestine. L’équipe du film s’est donc exilée essentiellement en Jordanie pour accomplir son travail. Nous sommes en 1936 en Palestine. Le pays, depuis la défaite de l’Empire Ottoman, est placé sous mandat britannique, avec l’accord de la Société des Nations, dès 1923. Le régime est répressif et inégalitaire. Les travailleurs palestiniens sont exploités, payés moins que le salaire moyen et remplacés de plus en plus par des immigrés juifs qui viennent de l’Europe entière, poussés par le fascisme et l’antisémitisme qui y règne. S’engage alors une grève générale des Arabes qui enraye la machine économique. Une révolte sourde gronde.
Les Juifs s’accaparent, parfois avec violence, les terres palestiniennes. Le secrétaire au Haut-Commissariat vient annoncer au chef d’un petit village qu’ils doivent enregistrer leurs terres auprès du gouvernement britannique s’ils ne veulent pas les perdre. Ils paient pourtant déjà leurs impôts. Les habitants cherchent alors à discuter avec les Juifs mais l’un d’entre eux est abattu par un soldat juif du haut d’un mirador. Le film nous montre la résistance s’organiser peu à peu. Il s’évertue à nous narrer l’histoire d’un collectif à travers certaines figures individuelles de combattants, tant avec la plume qu’avec le fusil, comme cette jeune femme journaliste appelée Khuloud, personnage inspiré d’un composé de femmes ayant réellement existé dans l’Histoire comme Katy Antonious, mondaine vivant dans les quartiers chics de Jérusalem encore réservés aux Palestiniens – le quartier de Qatamon – et faisant salon pour rencontres littéraires ou intellectuelles, ou comme Asma Tubi, journaliste qui publiait des essais sous un pseudonyme masculin – comme Khuloud – pour éviter les réactions négatives pour avoir exprimé des idées féministes et nationalistes. Il y a aussi ce prêtre catholique qui contribue à la rébellion en cachant des armes à destination des insurgés.
La cruauté se fait jour et le sentiment d’injustice naît et croît ainsi progressivement dans l’âme du spectateur déchirée par le drame du peuple palestinien.
Le village recueille et cache les blessés. Femmes, enfants, vieillards, tous participent à l’effort de guerre et le film laisse en suspens tel personnage pour le reprendre un peu plus tard, créant des actions secondaires venant toutes se rattacher progressivement à l’intrigue principale, comme ce jeune adolescent trouvant cachée au creux d’un arbre une arme qu’il emporte avec lui sans savoir encore ce qu’il en fera. Le groupe des rebelles pratique le sabotage et fomente des attentats qui viennent frapper le convoi de véhicules de l’armée britannique, personnifiée par un capitaine pro-sioniste de sinistre apparence et au caractère impitoyable. Ainsi, une délégation, la Commission Peel, est appelée en Palestine pour prendre la mesure de la situation et décider finalement de la création d’un foyer national juif sur le territoire palestinien lui-même. Tout cela en adéquation avec le déclaration Balfour de 1917 qui s’exprimait alors en sa faveur, sans précisions alors de statut politique ni de frontières.
C’est le point de départ d’une guerre qui ne connaîtra pas de fin cette fois-ci entre Israël et les Palestiniens. Le film opère une gradation ascendante des violences et humiliations perpétrées par les forces d’occupation contre les Arabes – contrôles réguliers, arrestations arbitraires, coups, fusillades, meurtre – conséquence du sentiment d’impuissance où sont les Britanniques d’enrayer le mouvement de soulèvement qui a lieu essentiellement dans les campagnes. La cruauté se fait jour et le sentiment d’injustice naît et croît ainsi progressivement dans l’âme du spectateur déchirée par le drame du peuple palestinien. Parallèlement, est souligné le sentiment de résilience de ce dernier à travers les personnages qui le composent, comme l’indique le sacrifice d’un résistant ou le sourire affiché d’un autre face aux bourreaux qui viennent de le capturer, ou encore les quelques mots échangés entre une grand-mère et sa petite fille : rien ne semble atteindre la volonté forcenée du peuple opprimé à faire valoir ses droits et de se rétablir sur ses terres. Il est à noter que le film est scrupuleusement réaliste jusque dans ses moindres détails et qu’un soin tout particulier a été porté à retranscrire l’atmosphère de l’époque – des images d’archive colorisées ont même été intégrées au montage. C’est à la fresque épique d’un peuple qui se bat pour sa liberté que nous assistons et qui devrait nous servir de leçon pour l’avenir. En effet, son pouvoir de résistance est toujours en vie.
RÉALISATEUR : Annemarie Jacir
NATIONALITÉ : France, Qatar, Palestine, Arabie Saoudite, Grande Bretagne, Jordanie
GENRE : Drame historique
AVEC : Jeremy Irons, Hiam Abbass, Kamel El Basha, Yasmine Al Massri, Saleh Bakri, Karim Daoud Anaya
DURÉE : 1h55
DISTRIBUTEUR : Haut et Court
SORTIE LE 14 janvier 2026


