Dans la grande famille du cinéma italien récent, Paolo Sorrentino essaie tant bien que mal de chausser les bottes de Fellini, entre La Dolce vita et Amarcord, alors qu’Alice Rohrwacher se situerait plutôt du côté d’un Pasolini rustique et bucolique. Pietro Marcello, révélé au grand public par l’adaptation du célèbre roman de Jack London, Martin Eden, serait quant à lui dans la mouvance d’un Marco Bellochio, à qui il a consacré un court métrage en guise de portrait, Marco Bellochio, Venezia 2011. Venant du documentaire, Pietro Marcello a depuis montré son appétence pour le film d’époque, voire historique. Eleonora Duse est ainsi son troisième film d’époque depuis Martin Eden, biopic d’une des comédiennes les plus légendaires de son temps, de la seconde moitié du dix-neuvième siècle aux lendemains de la Première Guerre mondiale.
A la fin de la Première Guerre mondiale, alors que l’Italie enterre son soldat inconnu, la grande Eleonora Duse arrive au terme d’une carrière légendaire. Mais malgré son âge et une santé fragile, celle que beaucoup considèrent comme la plus grande actrice de son époque, décide de remonter sur scène. Les récriminations de sa fille, la relation complexe avec le grand poète D’Annunzio, la montée du fascisme et l’arrivée au pouvoir de Mussolini, rien n’arrêtera Duse « la divine ».
Le film sombre dans une reconstitution assez pesante et emphatique de la période postérieure à la Première Guerre mondiale.
Avouons-le, nous faisions partie des quelques rares à n’avoir pas aimé Martin Eden le film, sous prétexte que le roman de Jack London fait partie des oeuvres cultes de notre adolescence. Pietro Marcello y prenait des libertés que l’on pouvait considérer comme dommageables au roman : la jeune bourgeoise dont Martin tombe amoureux, guère fascinante dès le départ, Brissenden interprété par un vieil homme, l’ellipse inexplicable entre la pauvreté et la réussite, etc. De plus, le film était envahi d’images d’archives, traces probables du passé de documentariste du metteur en scène.
C’est aussi le cas dans Eleonora Duse, cet aspect filmique paraissant être l’une des marques de fabrique de Pietro Marcello. En-dehors de ces images, le film sombre dans une reconstitution assez pesante et emphatique de la période postérieure à la Première Guerre mondiale. Malheureusement les films postérieurs à Martin Eden semblent donner raison à notre première impression. Pourtant la montée du fascisme et la compromission de la Duse avec le pouvoir afin de pouvoir monter ses ultimes projets auraient pu être absolument passionnants à observer dans le film ; ils se trouvent malheureusement englués dans une mise en scène affectée.
Seules les comédiennes sauvent véritablement cette oeuvre de l’académisme. Venant toutes les trois de France, elles permettent au film de surnager et de sortir de sa torpeur, valant presque à elles seules le déplacement. Tout d’abord, Noémie Lvovsky, hilarante, crève l’écran en Sarah Bernhardt qui, venant voir sa rivale jouant sur scène, débine de façon jubilatoire tous ses partenaires ainsi que la mise en scène, Ensuite, Noémie Merlant, assez touchante en fille de la Duse, qui retrouve enfin un bon rôle après quelques errements. Enfin, Valeria Bruni Tedeschi, excessive et dépressive, « bigger than life » en incarnant un personnage bipolaire, s’en donne à coeur joie, à la limite de la saturation du spectateur, dans le rôle de la légendaire Duse, vieillissante et au bout du rouleau. Contrairement à ce qu’indique l’affiche du film de manière erronée, Valeria Bruni Tedeschi n’a pas remporté le Prix d’interprétation féminine à la Mostra de Venise, prix attribué à la chinoise Xin Zhilei. On pouvait largement la préférer dans un registre plus sobre et pudique dans L’Attachement.
RÉALISATEUR : Pietro Marcello
NATIONALITÉ : italienne
GENRE : biopic, historique
AVEC : Valeria Bruni Tedeschi, Noémie Merlant, Noémie Lvovsky
DURÉE : 1h45
DISTRIBUTEUR : Ad vitam
SORTIE LE 14 janvier 2026


