Les Enfants vont bien : l’art de la délicatesse

On ne l’avait pas vraiment vu venir. Au Festival d’Angoulême, Nathan Ambrosioni a remporté le Valois de Diamant avec Les Enfants vont bien, présentant une belle distribution réunissant Camille Cottin, Juliette Armanet et Monia Chokri. A 26 ans, il a déjà un beau parcours : cinq films dont deux films d’horreur réalisés en autoproduction dès l’âge de 15 ans. Les Drapeaux de papier l’ont révélé à l’âge de 17-18 ans, narrant l’histoire d’un jeune homme sortant de prison, retrouvant sa soeur. Quelques années plus tard, en 2022, Toni en famille a confirmé son talent, en l’associant pour la première fois à Camille Cottin. Après Les Drapeaux de papier, il aborde une nouvelle fois les rivages du drame avec Les Enfants vont bien, en ayant le souci permanent de la bonne distance et du regard juste, faisant preuve d’une maturité rare à cet âge.

Un soir d’été, Suzanne, accompagnée de ses deux jeunes enfants, rend une visite impromptue à sa sœur Jeanne. Celle-ci est prise au dépourvu. Non seulement elles ne se sont pas vues depuis plusieurs mois mais surtout Suzanne semble comme absente à elle-même. Au réveil, Jeanne découvre sidérée le mot laissé par sa sœur. La sidération laisse place à la colère lorsqu’à la gendarmerie Jeanne comprend qu’aucune procédure de recherche ne pourra être engagée : Suzanne a fait le choix insensé de disparaître et de lui laisser les enfants…

Les Enfants vont bien, en ayant le souci permanent de la bonne distance et du regard juste, fait preuve d’une maturité rare, en dépit de l’âge pourtant précoce du metteur en scène.

En filmant à nouveau un drame, Nathan Ambrosioni garde toutes ses qualités de sensibilité, d’écoute et de regard, révélées par Les Drapeaux de papier. Il reprend une thématique présente dans tous ses films, celle de la famille dysfonctionnelle, en la confrontant cette fois-ci au phénomène de la disparition volontaire. En effet, circonstance peu connue, une personne a le droit de disparaître volontairement aux yeux de ses proches, et de ne jamais être recherchée par la police, étant d’âge adulte. C’est ce que Suzanne (Juliette Armanet) décide un jour, et cet acte d’une violence psychologique inouïe va impacter tous ses proches, en particulier ses enfants et Jeanne (Camille Cottin, remarquable), sa soeur, qui va hériter de la garde de ses enfants.

A partir de là, le film aurait pu basculer du côté du polar ou du mélo, voies qu’auraient empruntées la grande majorité des metteurs en scène-scénaristes. Ce n’est pas celle qu’a choisie Nathan Ambrosioni. Il décide au contraire de rester aux côtés de son héroïne, en observant comment elle va affronter, voire surmonter cette situation inattendue. Camille Cottin, en personnage queer qui ne se remet pas du départ de sa compagne (Monia Chokri), développe ainsi un rôle où la féminité n’est pas circonscrite à une maternité qui n’est au départ nullement souhaitée.

Nathan Ambrosioni la filme avec distance et pourtant empathie, comme si elle était vue à travers des vitres par un fantôme bienveillant, celui de la mère de Suzanne et de Jeanne, ou même par le regard de Suzanne la disparue. Il parvient à développer une remarquable esthétique du chuchotement, n’hésitant pas à faire sa part au silence, ce qui contribuera à faire naître une émotion naturelle, nullement forcée. Jeanne, sous le choc du départ de sa soeur, se trouve souvent en mouvement, entre deux portes, comme si elle ne savait pas quel parti prendre face aux enfants abandonnés. On soulignera la grande justesse de la direction d’acteurs, Camille Cottin qui trouve ici son plus beau rôle, loin des péripéties comiques de Dix pour cent, et surtout en particulier des enfants, Manoâ Varvat et Nina Birman, merveilleusement guidés.

Certes, pour l’instant, Nathan Ambrosioni ne s’est encore guère frotté à la compétition internationale. Mais le visionnage des Enfants vont bien, où il retrouve la dignité et la pudeur de Nanni Moretti dans La Chambre du fils, en représentant la douleur face à l’injustice de l’absence, laisse augurer de très belles promesses pour l’avenir.

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RÉALISATEUR : Nathan Ambrosioni 
NATIONALITÉ : française
GENRE : drame
AVEC : Camille Cottin, Juliette Armanet, Monia Chokri, Manoâ Varvat, Nina Birman
DURÉE : 1h51
DISTRIBUTEUR : Studio Canal
SORTIE LE 3 décembre 2025