The King’s Man : Première Mission : une préquelle sinon rien

La saga Kingsman s’est imposée en moins de dix ans comme une franchise extrêmement lucrative du film de divertissement. Sorte de déclinaison en plus humoristique de James Bond, en moins délirante de Austin Powers, Kingsman a su attirer un large public en quelques années, prétexte donc à développer encore plus la saga. Après deux volets situés dans notre monde contemporain, place donc à une préquelle qui revient sur les origines de cette agence privée de renseignements britannique au début du vingtième siècle. Depuis Star Wars et la prélogie de George Lucas, revenir sur le passé des personnages constitue un réflexe naturel pour les créateurs de franchise. Matthew Vaughn s’y était d’ailleurs déjà essayé dans l’un de ses précédents films, X-Men : le commencement, qui servait de reboot à toute la franchise, et se déroulait lors de la Seconde Guerre Mondiale. Cette fois-ci, ce sont les prémices de la Première Guerre Mondiale que Matthew Vaughn explore de manière légère et divertissante, lors de cette préquelle qui satisfait surtout le spectateur par des scènes d’action spectaculaires.

Suite à une tragédie familiale, le duc d’Oxford et son fils se lancent dans une entreprise destinée à contrecarrer les plans funestes d’un syndicat international du crime, réunissant entre autres Raspountine, Mata-Hari, et un mystérieux homme masqué, organisation qui a provoqué la Première Guerre Mondiale…

Cette fois-ci, ce sont les prémices de la Première Guerre Mondiale que Matthew Vaughn explore de manière légère et divertissante, lors de cette préquelle qui satisfait surtout le spectateur par des scènes d’action spectaculaires.

Dans cette préquelle, Matthew Vaughn opère un net changement de ton par rapport aux deux précédents volets. Moins pop, moins fun, plus mélodramatique, plus historique (avec l’impression parfois de réviser en accéléré ses cours d’histoire), The King’s man : Première mission peut décevoir à première vue par son didactisme et son manque d’humour, en particulier dans sa première partie plombée par des relations père-fils à la limite du larmoyant. Vaughn paraît quelque peu impressionné par la période qu’il traite, et en rajoute un peu dans l’esprit de sérieux. Les fans de la franchise pourront peut-être se trouver décontenancés par cette première partie assez à contre-courant, qui pourra en séduire d’autres pour ses qualités différentes. Il est vrai que Kingsman : le Cercle d’or allait assez loin dans le délire et parfois une vulgarité dommageable, se rangeant plus du côté Austin Powers que du côté James Bond.

Il faudra attendre une scène se trouvant au milieu du film, la danse de Raspoutine, pour retrouver l’esprit Kingsman, soit des séquences d’action ébouriffantes, placées entre des mots d’esprit et une ironie toute britannique. A partir de là, le film ne cessera de s’améliorer, avec un étrange hommage/pastiche/copié-collé du 1917 de Sam Mendes, une séquence complètement échevelée au bord d’un précipice et un duel final à l’épée qui rappelle les grandes heures du film de cape et d’épée (Scaramouche, Les aventures de Robin des Bois). Le film compte donc quatre moments d’anthologie qui se trouvent tous dans sa seconde partie, permettant de se souvenir que Matthew Vaughn est un incroyable metteur en scène d’action, gratifiant ses films de sa rapidité d’exécution et de sa pure virtuosité cinétique. Par conséquent, les spectateurs patients seront récompensés.

The King’s man : première mission a aussi pour avantage incontestable la justesse et la qualité de son casting. On remarquera ainsi que Vaughn a eu l’intelligence de choisir les acteurs d’Une Vie cachée de Terrence Malick dans des contre-emplois complets, August Diehl (Lénine) et Valérie Pachner (Mata-Hari), et d’avoir confié le rôle éphémère mais marquant d’Emily Oxford à Alexandra Maria Lara (L’Homme sans âge, Control). Dans les rôles principaux, Ralph Fiennes, impeccable, apporte l’indispensable touche JamesBondienne qu’il incarne en excellent M. dans la série Daniel Craig, tandis que Gemma Arterton (largement sous-exploitée, émouvante dans les séquences de jeu) et Djimon Hounsou assurent efficacement à ses côtés. N’oublions pas l’extraordinaire numéro, une performance à elle toute seule, de Rhys Ifans en Raspountine déchaîné.

Globalement, The King’s man : première mission évoque un peu Inglourious Basterds pour son sens de l’uchronie (ne manquez pas la scène cachée au milieu du générique de fin) et sa capacité à mêler personnages réels et imaginaires sur fond de contexte historique. Mais alors que Tarantino parvenait à mener de front drame et parodie, ils se succèdent ici en deux parties qui ne connectent pas forcément entre elles. Comme si le fond et la forme ne parvenaient pas à coïncider, comme si le sérieux devait forcément précéder la gaudriole. Matthew Vaughn semble être devenu une sorte de super Guy Ritchie (ils ont commencé ensemble, Vaughn produisant Ritchie), se contentant de livrer des adaptations drolatiques de comics de Mike Millar et Dave Gibbons, Kick-Ass étant dans le genre sa plus grande réussite. On espère un jour que Vaughn mettra son réel talent de mise en scène au service de sujets plus ambitieux que ceux uniquement destinés à divertir, ce qui est déjà beaucoup, les spectateurs du samedi soir.

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RÉALISATEUR :  Matthew Vaughn
NATIONALITÉ : Etats-Unis, Angleterre
AVEC : Ralph Fiennes, Gemma Arterton, Djimon Hounsou, Matthew Goode, Charles Dance 
GENRE : Action, historique
DURÉE : 2h11 
DISTRIBUTEUR : 20th Century Studios
SORTIE LE 29 décembre 2021

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