Rencontre avec Chloé Zhao : Chloé au pays des Marvel

La veille de la sortie des Eternels, lors de sa conférence de presse à l’hôtel Bristol, nous avons pu rencontrer Chloé Zhao, la réalisatrice qui a peut-être le plus fait bouger les lignes cette année, peut-être plus encore que Julia Ducournau. Non seulement Chloé a été en mars 2021 la 2ème réalisatrice après Kathryn Bigelow à avoir été couronnée par les Oscars grâce à Nomadland, mais elle a aussi effectué un grand écart artistique peu vu jusqu’alors, du film indépendant à petit budget au blockbuster Marvel destiné à conquérir la planète.

Dans le cadre d’un planning très serré, Chloé Zhao a pris le temps en quelques vingt-six minutes avec détachement et sérénité de répondre aux questions de la presse, assez unanimement favorable au film, du moins quant aux journalistes présents, et positivement intriguée par ce spectaculaire changement d’orientation.

Il n’a pas fallu longtemps pour comprendre que Chloé Zhao s’est complètement réapproprié le projet des Eternels. Comme elle l’a indiqué, elle s’est interrogée sur le véritable objectif de Jack Kirby en créant Les Eternels. Pour elle, il s’agissait de la part de Kirby de déconstruire les poncifs du genre, en donnant une nouvelle perspective à l’univers cinématographique Marvel. Par conséquent, il paraissait évident à Chloé Zhao de suivre ses traces.

Dès son arrivée, sa première phrase fut « tout est beau ici  » , raccordant de manière étrange avec le titre de notre critique sur Les Eternels, « le monde est si beau » . Un sentiment d’émerveillement qui ne l’a pas quittée et la guide manifestement pour choisir ses films.

Pour elle, comme pour ses précédents remarquables films, Les Chansons que mes frères m’ont apprises, The Rider ou Nomadland, elle a profondément ressenti l’histoire des Eternels ainsi que son tournage. Il eût été sinon hors de question de pouvoir se lever et aller sur le plateau. En dépit de leur apparente différence de production, ses films viennent du même endroit, son coeur et son âme. Marvel Studios fonctionne de manière différente des autres studios : seules trois personnes dirigent effectivement le studio et lors de la préparation du film, elle n’était en discussion qu’avec deux personnes qui ont créé une bulle autour d’elle afin qu’elle bénéficie de la même liberté et d’une autonomie semblable à celles dont elle disposait lors de ses précédents projets. C’est ainsi elle qui a choisi tous les morceaux de la bande originale musicale des Eternels, de Time de Pink Floyd (chanson très chère mais parfaite) aux Foo Fighters, qui représentent l’étendue de ses goûts musicaux.

Ce rapprochement avec ses précédents films est assez évident à faire car comme les personnages de ses précédents films, les Eternels se posent exactement les mêmes interrogations, la frontière qui sépare le bien du mal, ainsi que la capacité à se révéler maître de son propre destin. Chloé Zhao n’a pas été éduquée dans la religion mais ressent intuitivement que les êtres humains doivent se fondre dans quelque chose de plus grand qu’eux. C’est pourquoi ses personnages essaient de fusionner avec la nature, en faisant l’expérience d’un monde plus grand que leurs simples personnes. Elle a d’ailleurs apprécié de pouvoir donner à un blockbuster Marvel une dimension écologique, en donnant aux spectateurs la (prise de) conscience de ce qui pouvait être fait pour sauver la planète. Alors que ses personnages précédents se trouvaient confrontés à la fin d’eux-mêmes, à la conclusion possible de leur destin, les Eternels doivent se confronter à la fin du monde, et se rassembler pour essayer de l’éviter.

Lors de cette conférence de presse, Chloé Zhao nous apprendra que son idole absolue s’appelle Bob Dylan, en citant l’un de ses vers « celui qui n’est pas occupé à naître est occupé à mourir » (It’s alright Ma, I’m only bleeding), afin d’expliquer qu’elle ressent le besoin de prendre des risques, de se mettre en danger, pour écrire et réaliser une oeuvre artistique. C’est ce sentiment d’angoisse et d’exaltation qui la porte à choisir tel ou tel projet, le fait d’accomplir ce qui n’a pas encore été fait. D’une question à l’autre, nous apprendrons également qu’elle est une grande fan de mangas (Yu Yu Hasuko, DBZ, Sailor Moon et Saint Seiya) qui ont en grande partie inspiré les costumes et la direction artistique du film mais n’a pour l’instant pas envisagé d’en adapter un à l’écran (Trigun néanmoins pourrait l’intéresser). Même si tous ses films ont de fausses allures de western, elle n’a pas véritablement grandi avec le genre du western, en a juste vu trois ou quatre avant le tournage de The Rider et vient juste de découvrir avec émerveillement My darling Clementine (La Poursuite infernale) de John Ford. Elle confie également avoir beaucoup eu de mal à trouver sa Sersi, dénichée grâce à Richard Madden qui, ami avec Gemma Chan, l’a recommandée. Son prochain projet avec Universal serait une nouvelle adaptation de Dracula, ce qui la laisse songeuse pour l’instant.

Vingt-six minutes, ce fut court mais la sérénité, l’attention envers nos questions et l’émerveillement furent constants chez Chloé Zhao durant cette conférence de presse. Dès son arrivée, sa première phrase fut « tout est beau ici  » , raccordant de manière étrange avec le titre de notre critique sur Les Eternels, « le monde est si beau » . Un sentiment d’émerveillement qui ne l’a pas quittée, en le transcrivant à l’écran, et la guide manifestement pour choisir ses films.

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