Minority Report : futur ou déjà présent?

Réalisé juste après A.I. et quelques années à peine avant La guerre des mondesMinority Report est ainsi la 2ème incursion de Spielberg dans la SF sur une période très brève, 25 ans après Rencontres du 3ème type. Adaptant une nouvelle d’anticipation de Philip K. Dick, le réalisateur restitue avec un soin particulier l’univers de la nouvelle, ce qui explique en partie la postérité du film, dont les technologies imaginées et surtout les thématiques discutées (certes déjà présentes dans la nouvelle) restent d’une actualité presque effrayante.

C’est cette construction narrative qui propulse le récit et scotche le spectateur, avec une science du spectacle et du montage faisant du film une des plus grandes réussites du genre, et un des tout meilleurs films de son réalisateur.

Ce sont aussi la qualité et la cohérence de l’adaptation qui permettent cela, offrant une collaboration avec Tom Cruise dont la qualité (y compris de ton) continuera sur La guerre des mondes. Si le film est aussi (et, en fonction de ce qu’on cherche, surtout) un blockbuster de divertissement très (très) efficace, c’est avant tout la construction de son monde de 2054 et ses études sociopolitiques et psychologiques qui permettent au film de résonner dans le temps, que ce soit sur la boucle ultra-sécuritaire des PréCogs finissant par se mordre la queue, l’illusion de son fondateur d’une maitrise du monde qu’il n’aura jamais, ou la discussion plus philosophique de l’opposition entre déterminisme et libre arbitre. C’est la fluidité avec laquelle le film enchevêtre cela dans un film à suspense à gros budget qui enthousiasme, d’autant que la maestria technique développée par Spielberg et son équipe atteint sans doute ici un paroxysme. Au-delà du travail particulièrement marquant de Janusz Kaminski sur la photo tout en bleach bypass et en grain argentique exacerbé, un choix assez fou quand on y réfléchit pour un film hollywoodien pareil.

Mais c’est justement la brutalité de cet étau sécuritaire, tour à tour abstrait et ultra-administré, que le film met en scène : ce sentiment de maîtrise basé sur un mensonge, le péché originel transformant le système en colosse aux pieds d’argile à trop supposer que tout le monde est coupable et que ce n’est qu’une question de temps avant que la démonstration soit faite. Tout le monde ? Non, bien sûr : pas les architectes du système, forcément au-dessus de la plèbe, des gens qui ne sont rien et peuvent donc disparaître discrètement pour mieux permettre au système de profiter à ceux qui le mettent en place, et au-dessus de ceux qui maintiennent ce système, petites mains sacrifiables à l’envi une fois leur rôle effectué ou qu’ils commencent à dépasser le minuscule cadre qui leur est imparti. En cela, la course de Thomas Anderson est autant une course vers l’enquête de ce qu’il se passe qu’une quête vers l’émancipation et la quiétude.

C’est cette construction narrative qui propulse le récit et scotche le spectateur, avec une science du spectacle et du montage faisant du film une des plus grandes réussites du genre, et un des tout meilleurs films de son réalisateur.

5

RÉALISATEUR : Steven Spielberg
NATIONALITÉ :  américaine
GENRE : science-fiction, drame, action
AVEC : Tom Cruise, Samantha Morton, Max Von Sydow, Colin Farrell 
DURÉE : 2h25 
DISTRIBUTEUR : UFD 
SORTIE LE 2 octobre 2002