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When the Light Breaks : l’astre du désastre

Ouvrir la sélection Un Certain Regard à Cannes n’est jamais une mince affaire, tant les promesses sont grandes lorsqu’il s’agit de « se plonger dans un voyage en direction des arts d’un jeune cinéma mondial » selon les propos de Thierry Frémaux. Ce film, le délégué général du festival de Cannes dit l’avoir vu “il y a déjà quelques mois. Il m’est resté depuis en mémoire.” Nul doute que ce constat sera partagé. 

Touché par la grâce, When the Light Breaks fait partie de ces films qui nous rappellent, rarement, que le cinéma est un art où on peut affirmer que la lumière fut. 

Una et Diddi s’aiment en secret. Au bord de la plage, filmé de dos par un des plus beaux plans que le cinéma offrira cette année, Diddi (Baldur Einarsson) promet à Una (Elín Hall) qu’il fera le voyage le lendemain matin pour annoncer à sa copine qu’il la quitte pour elle. Cette nuit-là, alors que les jeunes se câlinent dans les rayons chauds du soleil, qu’ils prolongent leurs embrassades délicates dans le lit, ils se promettent l’un à l’autre de rêver d’ailleurs : les Îles Féroé pour elle, le Japon pour lui. Sur le dos de Diddi, on aperçoit des tatouages d’oiseaux, signe d’un certain désir d’envol. Comme un mauvais présage, sur la route qu’il emprunte le lendemain matin, les lampadaires d’un tunnel en forme de comètes le mènent droit vers un feu qui embrase un tunnel. Aux informations, on annonce un des événements les plus tragiques de l’histoire de l’Islande. Certains sont gravement blessés, d’autres ont disparu comme des oiseaux avalés par le ciel. “Bonne nuit mon amour.

Una se réveille seule, obligée de quitter le logement de Diddi avec ses chaussures de foot orange pour ne pas se faire griller par son frère. Dans un monde qui donne une fois et prend sans fin, Una, à côté de ses pompes, apprend la nouvelle qui lui glace le sang. Elle reste à quai et elle doit traiter son deuil dans l’ombre de Klara, l’unique et seule copine reconnue de Diddi. Les amis du défunt se rejoignent, forment un groupe d’adolescents qui doit faire face à la première mort qu’ils connaissent de leur existence. “On mange, on discute et on boit des bières” dit Una à sa mère au téléphone. Les coups de poignards de la détresse se lisent sur leurs yeux rouges, les larmes coulent et leurs corps s’enlacent. Tandis que Klara s’intègre à la bande, qu’on revient sur leur “couple parfait”, qu’on regarde les photos souvenirs, les pensées jalouses d’Una ne font qu’entasser de nouveaux nœuds dans sa tête. Elle craquera lors d’une scène de danse épuisante, le corps convulsionné par le chagrin. Elle se serait effondrée sans l’aide de cette bande, de ces corps qui s’unissent pour n’en former qu’un. Les maladresses rejoignent les drôleries, la mort est triste, tragique mais légère comme la mise en scène poétique de Rúnar Rúnarsson. 

Entre Klara et Una, le mystère est cultivé comme un épi de blé. Elles se rapprochent en jouant à s’éloigner de l’architecture d’une église pour apprendre à voler. Ainsi, elles font partie de celles et ceux qui crient au ciel dans un interstice où les vivants frôlent les morts, où les visages, les leurs, se surimpriment dans la glace, retrouvant à deux un sourire chacune. La tristesse les unit plus qu’elle ne les sépare, rappelant une phrase du frère de Diddi d’une souffrance commune: “On l’a tous perdu.When the Light Breaks et sa forme circulaire, clôt une histoire mortelle baignée d’éclats. Une dernière fois, un violon, une voix venue d’ailleurs et la mer miroite le crépitement du soleil. Touché par la grâce, When the Light Breaks fait partie de ces films qui nous rappellent, rarement, que le cinéma est un art où on peut affirmer que la lumière fut. 

4.5

RÉALISATEUR : Rúnar Rúnarsson
NATIONALITÉ : islandaise
GENRE : drame
AVEC : Elín Hall, Katla Njálsdóttir, Ágúst Örn B. Wigum
DURÉE : 1h22
DISTRIBUTEUR : Jour2Fête
SORTIE LE 18 décembre 2024