Kaléidoscope : l’arnaque du siècle

Dès le lendemain du réveillon du Nouvel An, Netflix a créé l’événement avec le lancement de Kaléidoscope, une mini-série dont les épisodes peuvent se regarder dans n’importe quel ordre. La plateforme a publié sur ses réseaux sociaux plusieurs combinaisons de lecture parmi les 5 040 possibles : par ordre chronologique, comme un polar classique, comme Orange Is the New Black, comme un film de Quentin Tarantino, ou bien encore comme Usual Suspects. Des comparaisons flatteuses à prendre avec des pincettes car, tout comme l’épisode intéractif Bandersnatch de Black Mirror, l’expérience de visionnage proposée par Kaléidoscope relève plus du pétard mouillé que de la véritable révolution.

La série de braquage créée par Eric Garcia se déroule sur 25 ans et est découpée en huit épisodes nommés d’après des couleurs et correspondant à des périodes bien distinctes. Par ordre chronologique : l’épisode violet qui prend place 24 ans avant le casse, le vert 7 années auparavant, le jaune 6 semaines avant, l’orange 3 semaines avant, le bleu 5 jours avant, le blanc qui se déroule le jour J du braquage, le rouge le lendemain et enfin le rose six mois après. Les couleurs se retrouvent dans des objets faisant avancer l’intrigue et dans le générique illustrant les fragments de verre d’un kaléidoscope.

Vendu comme un puzzle complexe, Kaléidoscope tient au final bien plus du jeu de cubes pour enfant.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec ce découpage temporel, les scénaristes ne se sont vraiment pas cassé la tête. La déception est grande face à un tel manque d’audace. Le projet aurait pu avoir du potentiel si Eric Garcia avait pris plus de risques dans la conception de son show. Vendu comme un puzzle complexe, Kaléidoscope tient au final bien plus du jeu de cubes pour enfant. La mini-série est une fiction tout ce qu’il y a de plus classique tant dans sa forme que dans son fond. Peu importe l’ordre dans lequel le spectateur choisira de regarder la série, cela n’en fera pas une œuvre avant-gardiste.

On aurait pu excuser ce subterfuge commercial – une façon maline d’engranger un plus grand nombre de vues – si la série derrière le concept avait été de meilleure qualité. Mais Kaléidoscope se contente de recopier bêtement les codes du film de braquage sans y apporter la moindre plus-value. Pire encore, la série réussit à faire moins bien que ses prédécesseurs, la faute à des personnages caricaturaux parfaitement antipathiques, que même le talent de Giancarlo Esposito (Leo Pap), révélé par Breaking Bad, ne réussit à sauver. Que dire du casse en lui-même, relaté dans l’épisode Blanc et censé être le climax de la série, à part qu’il nous endort plus qu’il nous émerveille. 

On est bien loin du spectacle offert par des classiques du genre tels que Heat, Réservoir Dogs, ou Inside Man et même de productions plus grand public comme Ocean’s Eleven ou La Casa de Papel. Kaléidoscope est un divertissement bas de gamme dont le concept racoleur est l’arbre qui cache la forêt bien pauvre de son scénario. A l’instar de Leo Pap et sa bande de bras cassés, Netflix réalise le casse du siècle en parvenant à nous voler de précieuses heures de visionnage!

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CRÉATEUR : Eric Garcia 
NATIONALITÉ : Américaine
GENRE : Braquage
AVEC : Giancarlo Esposito, Rufus Sewell, Paz Vega, Rosaline Elbay, Jai Courtney, Tati Gabrielle et Peter Mark Kendall
DURÉE : 8x 34-56mn
DIFFUSEUR : Netflix
SORTIE LE 1er janvier 2023