Grand Paris : autopsie d’une vie de banlieusards désabusés et paradoxalement enchantés

Avant d’être réalisateur, Martin Jauvat a mené une brève carrière dans le milieu du ping-pong. Dans Grand Paris cela se ressent : le film est marqué de bonds et de rebonds.  Grand Paris est le smash de Grand Paris express, produit au cours de l’année 2021 par le même réalisateur. C’est avec audace que celui-ci fait de son court-métrage un long-métrage. De la version courte à la version longue, il n’y a qu’un pas.

Grand Paris est l’histoire d’un banlieusard désabusé, Leslie, entraînant son meilleur ami, Renard à l’autre bout de l’Île-de-France pour vendre de la drogue. Cette traversée de la région d’Île-de-France est remplie d’obstacles que sont les incidents de RER. Ces derniers se retrouvent alors sur le chantier d’une des futures lignes du Grand Paris Express, réseau de quatre lignes de métro desservant la proche et la grande couronne et complétant le réseau métropolitain de Paris actuellement organisé en étoile. C’est sur ce chantier qu’ils découvrent un étrange artefact qui, en tant que bien échangeable contre un billet, suscite leur attention. A travers ce qu’ils voyaient comme la simple opportunité d’un enrichissement, cet objet mystérieux va marquer le début d’un voyage entrecoupé de phénomènes attisant la double curiosité à la fois des protagonistes et des spectateurs.

Grand Paris est un film sur la sociologie des classes, un film qui montre que tout banlieusard n’aspire pas qu’à devenir Parisien.

Il est difficile de définir le registre du film. En effet, si celui-ci semble avant tout être une comédie, des éléments de science-fiction viennent d’une manière étonnante s’y mêler, laissant le spectateur perplexe face à des plans cinématographiques inattendus. La musique suit royalement ces changements de registre, ce qui ne fait que renforcer la particularité du film dans sa globalité : de la flûte traversière au rap, c’est le film de toutes les possibilités, de tout et de son contraire, des opposés qui, pour une fois, ne se repoussent plus. Toujours dans cette idée d’entremêlement des antipodes, Grand Paris est un parfait équilibre entre scènes de mouvements rapides et scènes à l’arrêt, un dynamisme propre à Grand Paris dont nous pouvons saluer la maîtrise.

De premier abord et à la lecture du synopsis, Grand Paris est un film sur la vie en banlieue, la difficulté d’accès au centre de Paris par les habitants de la couronne, ce à quoi le projet du Grand Paris express a justement comme objectif de remédier. Deux banlieusards en vadrouille dans les branches de RER pour vendre leur marchandise se retrouvant à attendre des heures à la gare de Saint-Rémy-Lès-Chevreuse, pour finalement tomber sur un chantier du Grand Paris, tout laisse à présager un film faisant la publicité de ce projet, dont l’objectif est de « rapprocher les Franciliens de l’emploi, de l’enseignement, des équipements de santé et des lieux culturels et de loisirs. » Or, rien de tout cela. A travers Grand Paris, Martin Jauvat montre des « Franciliens » qui n’ont que faire d’être rapprochés de Paris, qui vivent dans leur ville de banlieue non pas comme dans une périphérie autour d’un centre, mais comme dans une ville à part entière et son réseau que constitue l’ensemble de la couronne. Le réalisateur montre des habitants de banlieue qui craignent ce Grand Paris, et qui voient avant tout dans ce projet la volonté des Parisiens d’envahir la grande couronne. Grand Paris est un film sur la sociologie des classes, un film qui montre que tout banlieusard n’aspire pas qu’à acquérir la nationalité parisienne. Ainsi en est-il de Leslie, qui souhaite rejoindre la fille qu’il aime au Brésil et dont l’absence est la cause du malheur, mais n’évoque à aucun moment le souhait de se rendre plus facilement à Paris. La question se pose donc et reste en suspens une fois les 1h20 du film écoulés : le Grand Paris express est-il un projet pour améliorer la vie des Franciliens ou la bonne conscience des Parisiens ?

Ainsi, Grand Paris est un film d’essai, à travers lequel le réalisateur tâtonne, cherche son terrain de jeu ; un film qui mêle fiction, enquête sociologique et liberté d’esprit et de forme. Finalement, c’est un film qui laisse perplexe et qui questionne sur la possibilité d’une troisième version, après Grand Paris Express et Grand Paris, Jauvat réalisera-t-il Paris ?

3.5

RÉALISATEUR :  Martin Jauvat
NATIONALITÉ : Français
AVEC : Mahamadou Sangaré, Martin Jauvat, Sébastien Chassagne
GENRE : Comédie
DURÉE : 1h20
DISTRIBUTEUR : 
SORTIE LE prochainement