Caiti Blues : une vérité sur l’Amérique profonde

Avec Caiti Blues, présenté dans la section ACID Cannes 2023, Justine Harbonnier raconte la destinée d’une jeune Américaine, serveuse dans un restaurant et animatrice de radio durant son temps libre. Au micro de cette station du Nouveau-Mexique, Caiti se dévoile à ses auditeurs, dans ce documentaire explorant une Amérique populaire, où les plus beaux rêves peuvent encore être réalisés, malgré une conjoncture économique difficile. Un portrait engageant et positif, démontrant une nouvelle fois qu’il faut croire en soi pour arriver à ses objectifs. C’est une excellente leçon de vie que filme la documentariste, certes loin du rêve américain et de son confort, mais tout de même porteuse d’espoir pour beaucoup. La musique joue une fonction essentielle, avec son lot de bonheur, de croyance et d’espérance. Au son des guitares, une vie modeste se dessine, et Justine Harbonnier dépeint brillamment la discrétion d’une existence modeste, dans des contrées défavorisées.

Une jeune habitante du Nouveau-Mexique, passionnée de chant, raconte son chemin de vie, ses aspirations, ses déceptions, la volonté de vivre de sa passion.

Dans Caiti Blues, nous allons à la rencontre d’une jeune femme, travaillant durement pour un salaire indécent, officiant bénévolement pour une radio libre, émettant dans cet espace du Nouveau-Mexique. Un lieu de musique, mais également de parole, avec des témoignages inondant les ondes et se répandant dans ce paysage américain. La voix de Caiti se fait entendre.

Cela pourrait être celle de bon nombre d’autres habitants, tellement les situations similaires sont légion, dans ces classes populaires où l’argent ne coule pas à flots. Cette voix qui devient ainsi le porte-parole de toute une strate sociale vouée à vivre modestement. Au fil de ses interventions, nous découvrons en images le parcours d’une citoyenne américaine à qui tout pouvait réussir, mais dont les ambitions d’une carrière sur les scènes de Broadway se sont rapidement estompées, rattrapées par une réalité financière très précaire, de prêts en accumulation de dettes. Artiste dans l’âme depuis son plus jeune âge, elle décrit une évolution guidée par un tempérament artistique, notamment la musique et le chant, des passions qui l’animent quotidiennement et qui, probablement, l’aident à survivre physiquement et psychiquement. Un merveilleux portraits, sans une seule once de négativité, mais avec une foi inébranlable en l’avenir. Malgré les craintes et un quotidien marqué par un métier au salaire misérable, Caiti y croit encore, là où d’autres auraient baissé les bras. Plus qu’une leçon de vie, Caiti Blues est une œuvre véhiculant un fort beau message, de persévérance et de détermination, dans un endroit où toutes les conditions ne sont pas propices à un tel épanouissement, ce Nouveau-Mexique rural se situant bien en marge de la vie urbaine et aisée. Sur KMRD, cette radio au son rock et blues, la jeune femme, grande rêveuse, se raconte, sans détour, se confie. Justine Harbonnier accompagne ces paroles avec des images personnelles de Caiti, pour mieux faire comprendre son parcours.

Caiti Blues est une œuvre véhiculant un fort beau message, de persévérance et de détermination

La réalisatrice décrit explicitement cette route sinueuse, dure. Révélatrice des pires maux de la société américaine, il s’agit aussi de l’exploration d’une vérité blessante, triste, avec tous ces rêves effacés par la pression économique. Œuvre à forte portée sociale, décrivant les dessous encore méconnus d’un pays pourtant puissant, Caiti Blues se situe dans la veine des documentaires mettant en lumière toute une population de l’Amérique profonde, défavorisée et symbole d’un système imparfait. Cependant, l’œuvre ne veut pas dénoncer, mais s’affiche en étendard de toute une jeunesse désireuse et passionnée. La preuve avec cette Caiti, officiant comme serveuse, vivant de pourboires dérisoires, obsédée par la passion de la musique, et ayant une grande attirance pour la scène et les spectacles. Baignée par un bon sentiment positif, cette mise en lumière, épatante et sincère, n’en finit plus de convaincre, grâce à cette hargne et cette féroce ténacité faisant abstraction des difficultés prégnantes. Combat pour l’enrichissement personnel, bataille pour un futur harmonieux, lutte pour réaliser les souhaits, Caiti Blues se pose, en exemple, pour les personnes souhaitant se construire, ou se reconstruire, et s’assurer un développement radieux. Bien composé, mêlant archives et images du quotidien, le travail de Justine Harbonnier se transforme en une vision du réel, celle qui sensibilise, alerte, donne une note vraiment enthousiaste, dans un monde comme le nôtre.

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RÉALISATEUR :   Justine Harbonnier
NATIONALITÉ : France- Canada
GENRE :  Documentaire
AVEC : Caiti 
DURÉE : 1h24
DISTRIBUTEUR : Shellac Films 
SORTIE LE 19 juillet 2023