C’est une histoire vraie, d’amour et de résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale. Mais le réalisateur allemand Andreas Dresen (connu pour ses films engagés et réalistes, notamment Pour lui, Prix Un certain regard au Festival de Cannes 2011) plonge ici sa caméra dans les interstices d’une résistance peu filmée sur grand écran : celle d’une jeunesse allemande communiste. Il ne faut pourtant pas s’y tromper, le prisme de Berlin, été 42 est avant tout celui de l’amour, des amitiés et des relations humaines, plus que des actions et rouages décryptés du groupe Orchestre rouge, auxquels les protagonistes ont réellement appartenu. Il faut d’ailleurs s’attarder sur le titre original, In Liebe, Eure Hilde (« Avec amour, ta Hilde »), pour davantage saisir l’intention première de Dresen.
Hilde rencontre Hans Coppi. C’est l’été 42, il est communiste et elle tombe éperdument amoureuse de lui bien qu’elle soit promise à un autre. Amoureuse jusqu’à s’engager elle-même toujours plus dans la résistance, collant des affiches la nuit, l’aidant à apprendre à communiquer en morse le jour. Cette idylle ne durera que quelques mois, et les premières scènes du film tombent déjà comme un couperet : c’est l’arrestation de Hilde pour son interrogatoire.
Une ode à la nécessité de l’amour (romantique, amical, maternel…) quand tout semble s’effondrer.
Si la structure narrative en diptyque n’a rien d’original (les souvenirs de ce merveilleux été alternant avec le temps présent de la prison pour Hilde), elle donne un joli rythme à ce film de 2h – d’ailleurs dépourvu de toute musique -, comme un ballet sur des airs d’Arlésienne. Car c’est antéchronologiquement que l’on remonte dans les souvenirs de la jeune résistante, jusqu’à sa rencontre avec Hans.
Dans un format de cadres très rapprochés, Andreas Dresen fait entrer le spectateur dans l’intimité de son héroïne. Rien ne nous est épargné, beauté et violence. En gros plan dans le cadre, tout prend de l’importance : une scène d’amour à même le sol, un accouchement difficile dans l’enfer blanc d’une infirmerie de prison, les visages cireux et cernés des détenues, un rayon de soleil avant l’exécution. Jamais impudique, la caméra nous emporte facilement d’une geôle exiguë aux éclats d’un lac où se retrouvent la petite troupe de résistants amis, alors insouciants.
Il faut surtout saluer le jeu de Liv Lisa Fries, vue dans la série Babylon Berlin, et qui incarne avec candeur cette icône allemande méconnue en France. Entre les scènes du passé et celles du présent, c’est tout un monde que déploie l’actrice principale, allant de la pudicité presque maladive aux souffrances et terreurs les plus saisissantes. Et c’est bien là l’intérêt du film : les mille nuances de l’âme humaine confrontée au mal absolu, incarnées par chacun des personnages et leur lente évolution tout au long du récit (particulièrement à travers les portraits nuancés de l’amie Ina et de la geôlière Frau Kühn).
Si vous souhaitez voir un film didactique sur la résistance intérieure en Allemagne : passez votre chemin. Il faut voir In Liebe, Eure Hilde pour ce qu’il est : une ode poignante non pas seulement à celles et ceux qui furent tués pour s’être élevés contre un régime nazi, mais plus encore une ode à la nécessité de l’amour (romantique, amical, maternel…) quand tout semble s’effondrer.
RÉALISATEUR : Andreas Dresen NATIONALITÉ : allemande GENRE : historique, drame AVEC : Liv Lisa Fries, Alexander Scheer, Emma Bading DURÉE : 2h04 DISTRIBUTEUR : Haut et Court SORTIE LE 12 mars 2025