Arrête-moi si tu peux : à la recherche de l’enfance perdue

Vingt-deuxième long métrage de Steven Spielberg, Arrête-moi si tu peux est une des œuvres les plus populaires du cinéaste. Réputé pour son casting trois étoiles et son incroyable scénario inspiré d’une histoire vraie mêlant action et humour, le film a rapporté plus de 352 millions de dollars au box-office mondial. Mais derrière le blockbuster hollywoodien sans âme, se cache une œuvre plus intimiste qu’il n’y paraît, une véritable plongée dans la psyché du réalisateur.

En partie basé sur l’autobiographie de Frank Abagnale Jr parue en 1980, le film retrace le parcours atypique de cet adolescent, incarné par Leonardo DiCaprio, devenu l’un des plus grands escrocs américains en se faisant passer tour à tour pour un pilote de ligne, un médecin et un avocat. En parallèle, le long métrage suit l’enquête de l’agent du FBI chargé de l’arrêter, Carl Hanratty joué par Tom Hanks.

A partir d’un matériau universel, le réalisateur parvient à nous livrer un de ses récits les plus personnels regroupant toutes les thématiques qui lui sont chères : l’enfance, la famille, l’Histoire.

Le générique d’Arrête-moi si tu peux – référence de la pop culture maintes fois parodiée (dans la série Les Simpsons par exemple) – introduit le jeu du chat et de la souris qui va opérer entre les deux hommes. Une relation qui n’a jamais existé dans la réalité et qui a été créée de toutes pièces par Spielberg pour traiter le sujet qui l’intéresse réellement derrière cette histoire de chasse à l’homme : la quête d’une figure paternelle.

On retrouve dans le film deux visions de la paternité qui s’opposent : d’un côté le fantasque Frank Senior (Christopher Walken), aimant mais défaillant, et de l’autre le terre-à-terre Carl, distant mais rassurant. Le film se clôt d’ailleurs sur la mort du premier et le ralliement au second. Une fois que Frank réalise qu’il a trouvé la stabilité qu’il cherchait en la personne de Carl, il décide de stopper sa fuite en avant pour exercer ses talents à ses côtés.

Au-delà du portrait d’un voleur plein d’assurance à la Arsène Lupin, Spielberg nous donne à voir celui d’un adolescent apeuré qui ne parvient pas à faire le deuil de la douce période de l’enfance. A partir d’un matériau universel, le réalisateur parvient à nous livrer un de ses récits les plus personnels regroupant toutes les thématiques qui lui sont chères : l’enfance, la famille, l’Histoire.

Bien avant The Fabelmans, Spielberg était déjà en train de nous parler de lui. Tout comme Frank, le jeune Steven a grandi dans les années 60, a été profondément marqué par le divorce de ses parents et a usé de subterfuges pour arriver à ses fins – il se serait notamment fait passer, à l’âge de 16 ans, pour un cadre afin de pénétrer dans les studios d’Universal. On retrouve dans Arrête-moi si tu peux ce qui fait l’essence du cinéma de Spielberg : un récit de l’intime – le cocon familial – au cœur d’un grand spectacle. 

5

RÉALISATEUR : Steven Spielberg 
NATIONALITÉ :  américaine
GENRE : drame, thriller  
AVEC : Leonardo DiCaprio, Tom Hanks, Amy Adams, Christopher Walken, Nathalie Baye, Martin Sheen
DURÉE : 2h21
DISTRIBUTEUR : United International Pictures   
SORTIE LE 12 février 2003