Austin et Hailey Spicer, pour leur premier long métrage, choisissent de s’attaquer à un sujet terriblement douloureux : les troubles obsessionnels compulsifs. Visible ou invisible selon son degré de sévérité, cette affection psychiatrique accroît le risque de suicide. Dans ce film qui illustre le fonctionnement d’un esprit tourmenté, en proie à des pensées intrusives, les deux jeunes cinéastes livrent une véritable réflexion sur les conséquences irréversibles d’un mal insidieux qui ronge l’âme.
Ozzy Taylor a tout pour être heureux mais il souffre d’un trouble obsessionnel compulsif. Entouré d’amis en or et de parents aimants, il affronte son obsession du suicide avec une joie de vivre indéniable.
I Feel Fine est un titre ironiquement choisi, tant le film décrit un lent processus d’autodestruction.
Ozzy, un jeune lycéen, s’amuse avec son cercle restreint de deux amis fidèles. Il baigne dans une ambiance familiale sans histoire, assez sereine, avec un père présent et une mère aimante. Tout laisse à penser qu’il mène une vie d’Américain ordinaire et tranquille. Pourtant, sous la joie apparente de son quotidien modeste, se cachent des troubles obsessionnels compulsifs qui provoquent des idées suicidaires. Les pensées morbides succèdent aux moments de bonheur et de plaisanteries. Austin et Hailey Spicer dépeignent ainsi une personnalité à deux facettes, à la fois heureuse et engloutie dans un tourbillon de tristesse inextinguible. I Feel Fine illustre ce long processus insidieux et invisible qui conduit à une extrême dévalorisation de soi. Exploration de la souffrance indicible, d’un trouble encore méconnu, le film devient même une source d’information sur une pathologie difficile à appréhender pour beaucoup. Plus largement, il aborde un fléau important, le suicide, en dévoilant le processus qui peut mener à cet acte irréversible. Le récit dresse le portrait d’un mal-être complexe, souvent imperceptible et imprévisible, même au sein d’une famille proche.
I Feel Fine rappelle l’importance des liens familiaux et amicaux dans un contexte personnel fragile.
L’œuvre ne fait évidemment pas l’apologie du suicide. Elle traite surtout de l’importance et de la qualité de l’entourage, qui jouent un rôle déterminant dans la gestion de cette souffrance. I Feel Fine fait même allusion au chef-d’œuvre de Frank Capra avec James Stewart, La Vie est belle, pour représenter le jeune Ozzy comme un George Bailey moderne, une personne sans qui le monde serait différent. Pas de Clarence ici, mais une réflexion sincère sur une vie qui mérite d’être vécue. « Un homme ne peut connaître l’échec s’il a des amis », pourrait-on dire… Quand Mia, belle jeune femme aux cheveux bouclés, cite le film de Capra pour exprimer son amour envers Ozzy, elle rappelle simplement l’importance d’aimer les gens de leur vivant, sans attendre qu’il soit trop tard. I Feel Fine s’efforce de transmettre un message positif tout en évoquant une maladie pesante. La pathologie prend progressivement plus de place, mais l’écriture privilégie les sentiments joyeux et les liens amicaux solides plutôt que de sombrer dans le mélodrame larmoyant. Les émotions finissent certes par surgir, mais I Feel Fine refuse de se plonger dans le pessimisme ou le défaitisme, pour s’imposer comme un film préventif qui sensibilise aux dangers des troubles obsessionnels compulsifs.
RÉALISATEUR : Austin et Hailey Spicer NATIONALITÉ : Etats-Unis GENRE : Drame, AVEC : Elijah Passmore, Corin Nemec DURÉE : 1h48 DISTRIBUTEUR : Wayna Pitch SORTIE LE 6 novembre 2024