Ambulance : ne tirez pas sur l’ambulance!

Dans l’ouvrage de Laurent Vachaud et Samuel Blumenfeld, devenu un classique, Entretiens avec Brian De Palma, le célèbre cinéaste américain confiait, un peu désabusé, « vous savez, personne dans les écoles de cinéma, ne souhaite plus devenir Coppola, Scorsese ou moi-même. Ce qu’ils veulent, c’est devenir Michael Bay, faire des films d’action et ramasser un paquet de fric.  » (citation de mémoire). Assez cynique, De Palma sous-estime le devenir-artiste de beaucoup de jeunes aspirants cinéastes, y compris d’ailleurs celui d’un Michael Bay lui-même. Ambulance, son nouvel opus, permet justement de faire le point sur le style ou l’absence de style de Michael Bay, ses limites et ses points forts.

Will Sharp, un vétéran décoré fait appel à la seule personne indigne de confiance, son frère adoptif Danny pour trouver l’argent afin de couvrir les frais médicaux de sa femme. Ce dernier, un charismatique criminel au long cours, au lieu de lui donner de l’argent, lui propose un coup : le plus grand braquage de banque de l’histoire de Los Angeles : 32 millions de dollars. Will, prêt à tout pour sauver sa femme, accepte. Mais quand leur affaire prend un tour spectaculairement désastreux, les deux frères n’ont pas d’autre choix que de détourner une ambulance avec à son bord un vieux flic mortellement blessé et l’ambulancière Cam Thompson. Pendant la course poursuite infernale qui s’ensuit, Will et Danny vont devoir échapper aux forces de l’ordre surmotivées postées aux 4 coins de la ville, tenter de garder leurs otages en vie et éviter de s’entre tuer tout en exécutant l’évasion la plus spectaculaire que la ville de Los Angeles n’ait jamais vue.

Même si Michael Bay en fait souvent trop, côté explosions et fusillades, il possède cet art du décalage qui montre qu’il filme sans se prendre au sérieux, ce qui le rend finalement sympathique, et son film agréable sans être inoubliable.

D’un point de vue scénaristique, Michael Bay n’a jamais brillé par son originalité : deux personnages masculins, une femme, un braquage de banque, une course-poursuite effrénée dans les rues tentaculaires de Los Angeles. Le principal suspense viendra de deviner qui s’en tirera à la fin, ce que nous ne révélerons pas, y compris sous la torture. Le seul indice que l’on puisse donner, c’est que l’issue finale des personnages tiendra en fait à la valeur morale intrinsèque de chacun. Par conséquent, Michael Bay, au bout d’une demi-heure, lâche son scénario pour se consacrer à ce qui l’intéresse vraiment, les mitraillades, les fusillades, les courses-poursuites, les explosions. D’une certaine manière, Ambulance, c’est The Rock en changeant de véhicule de locomotion.

Pourtant, en écrivant cela, on aurait tort de trouver cette constatation condescendante. Certes Michael Bay n’innove pas ni ne cherche d’ailleurs à innover dans cette intrigue mélodramatique, avec flash-back sentimentaux sur l’enfance partagée des deux frères. Mais, sans la moindre prétention, il se fait plaisir en mettant en scène un ballet de voitures, de drones, d’hélicoptères et d’ambulances, en organisant un grand spectacle pyrotechnique et son plaisir est parfaitement visible, quasiment palpable et qui, plus est, extrêmement communicatif. Car, oui, à son niveau, qui ne prétend guère au grand art, Michael Bay possède un style éminemment reconnaissable, assez proche en plus opératique et grandiose de celui d’un défunt Tony Scott, soit assez clipesque et explosif. De plus, Michael Bay possède de l’humour, ce qui le rend plutôt fréquentable, étant donné les citations nombreuses, nommément effectuées, que ses protagonistes font à l’écran, de The Rock précité à Bad Boys. De ce Grand-Huit assez exténuant, les protagonistes se sortent d’ailleurs plutôt bien (mention spéciale à Eiza Gonzalez déjà remarquée dans Baby Driver d’Edgar Wright), en dépit de personnages relativement monolithiques. Mais la véritable protagoniste du ville, merveilleusement photographiée sous toutes ses coutures se nomme Los Angeles, ville tentaculaire et remarquablement photogénique. Même si le film s’avère beaucoup trop long (2h16), comme beaucoup de blockbusters aujourd’hui, pour son contenu assez rachitique, le simple fait de pouvoir contempler Los Angeles de tous les points de vue permet de sortir de sa séance épuisé mais satisfait.

Mentionnons également pour mémoire une ou deux séquences d’anthologie que Michael Bay réussit quasiment sans le faire exprès, avec beaucoup de désinvolture, voire un zeste de talent inné : la séquence loufoque d’opération de la rate en pleine ambulance et celle, tout à fait étonnante, où Will essaie de calmer Danny en lui mettant sur les oreilles un casque diffusant une chanson de Christopher Cross. Même si Michael Bay en fait souvent trop, côté explosions et fusillades, dans la surcharge et l’excès, il possède cet art du décalage qui montre qu’il filme sans se prendre au sérieux, ce qui le rend finalement sympathique, et son film agréable sans être inoubliable.

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RÉALISATEUR :  Michael Bay 
NATIONALITÉ : américaine 
AVEC : Jake Gyllenhaal , Yahya Abdul-Mateen II , Eiza Gonzalez
GENRE : thriller, action
DURÉE : 2h16
DISTRIBUTEUR : Universal Pictures International France
SORTIE LE 23 mars 2022