Olga : tout donner

Peu de choses sont à la fois aussi populaires et politiques que le cinéma, à part peut-être le sport. Un constat que partagerait sans doute Elie Grappe, jeune réalisateur suisse à l’origine d’Olga. Présenté à la Semaine de la Critique, à quelques semaines de Jeux Olympiques retardés en même temps que le Festival de Cannes, le premier film du réalisateur suisse revient sur le lien étroit qui lie le sport et la politique. Avec Olga, Elie Grappe propose alors un premier long-métrage saisissant, solide dans sa narration et extraordinaire sur le plan technique, un portrait en profondeur de l’engagement d’une athlète dans tous les domaines de sa vie.

Olga est une gymnaste d’exception, se préparant pour représenter l’Ukraine au championnat européen de gymnastique artistique. Sa mère est une reporter hors pair, préparant une enquête sans concession sur le président Ianoukovitch. Alors que le travail de sa mère met Olga en danger, celle-ci s’exile en Suisse, renonçant à sa nationalité ukrainienne et rejoignant l’équipe nationale helvète pour parfaire sa formation. Poussant son corps dans ses derniers retranchements, cherchant toujours plus à se dépasser, Olga est cependant rattrapée par la réalité politique de son pays d’origine : chez elle, loin de la Suisse, l’Ukraine est en révolution.

« Film techniquement brillant et politiquement acerbe, Olga est un premier long-métrage d’exception, un film politique qui ne renonce en rien à l’audace visuelle pour appuyer sa critique des violences de l’état ukrainien et du monde de la gymnastique artistique. Touchant à l’héroïsme en peignant les efforts surhumains et l’engagement inébranlable de son personnage, Elie Grappe marque avec son premier long-métrage un grand coup, assurément la naissance d’une grande carrière du cinéma de demain. »

Olga brille surtout par son mixage son d’une qualité exceptionnelle, construisant une bande-son forte qui propulse le long-métrage dans la catégorie des excellents films. D’une puissance remarquable, le travail sonore du film produit des moments percutants de beauté et de tragique, comme cette scène où les bruits des tapis de gymnastiques sont amplifiés à l’extrême, jusqu’à coïncider avec le bruit d’un explosif. Enchaînant les coupes sonores audacieuses, Elie Grappe prend le parti de plonger au cœur de l’intimité en crise d’Olga en insistant sur les sons – un parti pris qui n’avait rien d’évident pour un film de sport et qui est mené avec brio. Légèrement en reste dans un premier temps du film, le volet visuel du film ne tarde pas à égaler en qualité le mixage sonore audacieux du réalisateur. Si les scènes de gymnastique frappent dans un premier temps par la vivacité de leur éclairage, très vite ce sont des visuels plus osés qui mènent la danse, comme avec un judicieux fondu-enchaîné entre la Place Maïdan où campent les révolutionnaires ukrainiens et le stade olympique où Olga livre sa compétition. Le dernier tiers du film est à ce titre un véritable festival, où les scènes de haute voltige succèdent aux scènes touchant à l’expérimental, dans un ballet savamment orchestré qui nous tient au rebord de notre siège. Avec une virtuosité saisissante pour un premier film, Elie Grappe réussit à se faire fondre l’un dans l’autre deux théâtres, deux spectacles : celui de la violence des affrontements à Kiev, et celui de la violence symbolique et politique d’une compétition internationale de gymnastique.

Car l’autre richesse d’Olga, c’est aussi la force de son propos politique, mettant en jeu une intrigue qui traite avec respect des traumatismes encore récents qui tourmentent la capitale ukrainienne. N’hésitant pas à peupler le film d’images d’archives, à pointer explicitement la responsabilité de l’État dans la mort de près d’une centaine de civils, Elie Grappe ne transige avec rien ni personne. À l’image de l’inflexibilié de son personnage principal, Olga est aussi une fière critique du monde de la gymnastique et de ses spectacles prétendument neutres, pourtant traversé par des guerres souterraines et des conflits politiques qu’il est impossible d’ignorer. Tandis que son ancien entraîneur pactise avec la Russie, prétendant ne faire que du sport et pas de politique, tandis que Sacha sa meilleure amie, sacrifie sa carrière pour satisfaire à ses idéaux révolutionnaires, Olga, elle, choisira de faire à la fois du sport et de la politique. Car pour la jeune fille, gymnastique et politique ne sont que les deux faces d’une même pièce : celle d’un engagement profond, qui la pousse chaque jour toujours plus loin, jusqu’au bout de ses limites.

Film techniquement brillant et politiquement acerbe, Olga est un premier long-métrage d’exception, un film politique qui ne renonce en rien à l’audace visuelle pour appuyer sa critique des violences de l’état ukrainien et du monde de la gymnastique artistique. Touchant à l’héroïsme en peignant les efforts surhumains et l’engagement inébranlable de son personnage, Elie Grappe marque avec son premier long-métrage un grand coup, assurément la naissance d’une grande carrière du cinéma de demain.

4.5

RÉALISATEUR : Elie Grappe
NATIONALITÉ : Française, Suisse
AVEC : Thea Brogli, Nastya Budiashkina, Sabrina Rubtsova
GENRE : Drame
DURÉE : 1h25
DISTRIBUTEUR : ARP Sélection
SORTIE LE 17 novembre 2021

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