Les pires : ou l’histoire des meilleurs

Romane Gueret et Lise Akoka, coachs d’enfants, réalisent à travers Les pires leur premier long métrage. Cela se ressent intensément dans cette œuvre. Qui d’autre qu’une spécialiste des attitudes comportementales des enfants pourrait réaliser un tel film ? Alors que la réalisatrice avait déjà réalisé un court-métrage portant sur le 7ème art, c’est cette fois sur le tournage et non plus sur le casting que se concentre le film.

Les pires est le récit d’ados en difficultés tant personnelles que scolaires vivant à Boulogne-sur-Mer et castés pour jouer dans un film. Une mise en abyme donc, si bien menée qu’on en vient facilement à penser qu’il s’agit d’un documentaire portant sur le tournage d’un film. Les acteurs ont été repérés lors d’un casting sauvage : certains sont issus de foyers, d’autres rencontrés à la sortie de l’école. Le film doit toute sa sensibilité et son honnêteté à cette spécificité. Si le choix des acteurs est autant développé ici, c’est parce que le film leur doit sa réussite. L’histoire importe peu, les personnages sont tout. Le contraste est marquant entre l’acteur jouant le rôle du réalisateur, à la stature impressionnante et la fragilité des enfants choisis pour jouer dans un film alors que la porte du métier d’acteur leur était socialement fermée. Les personnages sont troublants, à la limite du malaise ne frôlant plus mais atomisant la réalité. L’expression de Ryan est indéfinissable : à la fois figé, torturé, effrayé, on ne peut imaginer un visage plus vrai que le sien. C’est toute la prouesse des acteurs que d’avoir réussi à jouer leur propre personne. La mise en abyme le montre avec des scènes comme celle dans laquelle le réalisateur crée de la tension entre deux garçons pour filmer la colère et la haine sur leur visage. Cela donne de la dureté au film, le spectateur se questionnant sans cesse sur le fait de savoir si le jeu d’acteur est aussi réussi parce que les jeunes s’y sont entrainés avec arrachement, ou parce qu’ils se sont inspirés de leurs propres ressentis de vie. La prouesse se trouve du côté des acteurs sauvages tout comme des réalisatrices. La mise en abyme permet encore une fois de rendre compte de la difficulté de tourner un tel film. Un réalisateur peut en effet s’épuiser à la tâche pour faire vivre ces visages et ces corps, pour leur faire exprimer les émotions qui sont celles de leur quotidien, tout en les canalisant pour éviter que des bornes ne soient dépassées.

C’est toute la prouesse des acteurs que d’avoir réussi à jouer leur propre rôle.

Les pires relève de la prouesse et de l’hommage. Un hommage aux jeunes en difficulté qui, malgré tout le talent d’acteur qu’ils peuvent avoir, ne disposent pas de l’option de rentrer dans ce milieu si on ne vient pas les chercher. Un hommage aux réalisateurs qui prennent la peine de faire cet effort éreintant d’aller chercher ces jeunes et de faire sortir d’eux le meilleur… comme le pire. Les pires est un hommage à la création, au combat et à la dévolution. Face à leurs peurs les plus profondes, face à leur passé des plus lourds, les jeunes se dévouent à leur rôle d’acteur. Nous ne pouvons que féliciter Romane Gueret et Lise Akoka, qui, si elles sont allées caster les pires, c’est parce qu’elles ont su voir qu’au-delà des apparences, ils pouvaient être les meilleurs.

4.5

RÉALISATEUR :  Lise Akoka, Romane Gueret
NATIONALITÉ : française
AVEC : Mallory Wanecques, Timéo Mahaut, Johan Heldenbergh
GENRE : Comédie dramatique
DURÉE : 1h36
DISTRIBUTEUR : Pyramide Production
SORTIE LE Prochainement