Hit the road : Faire famille…

Dad, mom, little et big brothers sont… dans une voiture. Ici, et là (en Iran à travers montagne, désert ou pré), le secret est de mise. À l’arrière, le père (Hassan Madjouni) est affalé comme un pacha à cause de son plâtre quand sa femme (Pantea Panahiha) se retient de pleurer, durant que le petit, 6 ans (Rayan Sarlak), s’agite et que le grand (Amin Simiar) cogite, au volant de l’automobile, malle chargée, vers quelle destination du nord-ouest du pays ? Le chien lui est malade… Ce serait un peu comme si Jafar (père de Panah), posé à l’arrière d’un taxi parti de Téhéran, regardait (filmait) son fils conduire (manier la caméra) vers son destin un film qui n’en serait pas un…

Quel magnifique premier film nous offre Panah Panahi, remarqué dès la Quinzaine cannoise des réalisateurs ! À travers ce faux road-movie, on assiste au rapprochement d’une famille – et non à son éclatement, et alors même qu’un des membres piliers doit la quitter – par le choix de transmettre, via de nombreux effets stylistiques comme cinématographiques, les diverses émotions du quatuor familial, pris entre confinement et fuite.

Quel magnifique premier film nous offre Panah Panahi, remarqué dès la Quinzaine cannoise des réalisateurs ! À travers ce faux road-movie, on assiste au rapprochement d’une famille – et non à son éclatement, et alors même qu’un des membres piliers doit la quitter – par le choix de transmettre, via de nombreux effets stylistiques comme cinématographiques, les diverses émotions du quatuor familial, pris entre confinement et fuite. C’est en effet un film qui se passe dans une boite, la voiture, tout du long, malgré des péripéties et des nécessités qui obligent les personnages à sortir, à bouger, notamment par le biais du petit qui crée sans cesse l’événement en plus de s’opposer au silence. C’est qu’il semble le seul à ignorer et la cause (l’oppression politique iranienne) et le but (aller travailler de l’autre côté de la frontière), puisque le voyage doit se passer en toute clandestinité jusqu’à retrouver des passeurs et un camp final aux scènes incroyables. Raison et sentiments donc pour agir sur la réception du spectateur amené à sourire, rire, en joie et en partage lorsque la famille, guidée par une mère entre rire et larmes, chante ensemble des tubes interdits post-révolution, venus répondre à la mélancolie de morceaux classiques (Schubert ou Bach) que le jeune héros pianote sur le plâtre blanc de son papa. Le jeune héros assure ainsi le bruitage avec son verbe intarissable – comme s’il cherchait inconsciemment à compenser le manque en cours et à venir des séparations – qui permet aux deux hommes, père et fils, de rester muet ou cynique, question de génération, soit de ne pas entrer dans une intimité d’échange et d’amour. Qui s’avèrera pourtant entre eux, arrêtés au sommet d’une vallée – au passage les paysages sont presque fantastiques tant ils sont impressionnants avec la forme et la couleur de leur nature rocailleuse ou sablonneuse, et en plans larges dans la région traversée –, passage purement magnifique. Ils seront nombreux les tête-à-tête qui doivent à la fois exprimer sans dire, dire en taisant, ou en silence réinventer des mythes dans une nuit étoilée, la dernière scène, de communion entre cette fois-ci le père et son plus jeune, est de ce point de vue terrassante d’émotions.

C’est un travail sur le hors champ qui permet de nous faire comprendre les choses qu’on dit, les choses qu’on fait (emprunt à Mouret), même s’il ne s’agit que du départ d’un seul, ensemble la famille fait corps. Il faut dire que dans ces cultures orientales, le départ, la séparation qui souvent a à voir avec l’exil ou la nécessité de fuir une oppression, sont perçues et vécues comme des drames, ce que l’on ressent à travers une tension permanente que le père et la mère traduisent inversement. Hors champ qui annonce le départ de l’aîné, tension générée également par l’enterrement du téléphone portable pour couper toute communication et surveillance. C’est ainsi un jeu permanent entre bruit et silence, dehors et dedans, liberté et enfermement, à montrer – un environnement – comme à témoigner – d’une émotion. Quand le père ironise, la mère éclate de rire, ou quand l’une crise, l’autre s’infantilise… Ces moments, qui révèlent la fraternité du couple, l’amour des siens, souvent ressentis comme mélancoliques, sont alors contrebalancés par des scènes d’un registre plus comique, nées de péripéties ou de références, venues baliser la route du voyage, long certes, mais dans lequel on ne peut s’ennuyer : un cycliste ayant crevé en haut de la côte, un panneau de direction au centre de deux chemins, un clin d’œil à Kubrick… portent à sourire quand on ne rit pas des réflexions décalées mais matures de l’enfant, souvent vu en regard caméra et plan fixe, et qui finira par hurler son désespoir de ne pouvoir dire au revoir à son grand frère, attaché à un arbre. C’est qu’inversement à ses pairs iraniens, Panah démontre, l’air de rien, un goût pour l’intensité ou le contraste. Non, dans cette scène où le grand frère, mince, blême, est renversé sur le dos, il n’est pas question de mort réelle comme le croit l’enfant, mais peut-être d’une mort symbolique…

Ce n’est en tous cas pas la mort du cinéma iranien, ni de l’idée du combat, à toujours mener en zone non protégée, ni de l’espoir à garder parce qu’(un) ailleurs est (en)viable. Quand le moment ultime arrive, c’est la poésie et une forme d’onirisme qui prennent le dessus, dans le texte et dans l’image, et car, de territoires, il en est question de plusieurs, des plus intimes aux plus politiques, celui de ce tableau offrant la possibilité de les imaginer infinis…, mais avec la petite insolence qui fait du cinéma du fils Panahi un léger moment de vie partagé…

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RÉALISATEUR :  Panah Panahi 
NATIONALITÉ : iranienne 
AVEC : c Hassan Madjooni, Pantea Panahiha, Rayan Sarlak
GENRE : Drame 
DURÉE : 1h33 
DISTRIBUTEUR : Pyramide Distribution 
SORTIE LE 27 avril 2022