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	<title>Anthony Verschueren, auteur/autrice sur MovieRama</title>
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		<title>Eraserhead : la poésie du macabre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anthony Verschueren]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 14 Sep 2024 15:26:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>S’il existe des auteurs qui sont aussi fascinants que difficiles à comprendre, David Lynch en est le leader incontesté, à la tête d’une filmographie riche d’éclectisme. On ne sait jamais à quoi s’attendre d’un film de Lynch. Il aime toucher à tous les genres et bouleverser les codes afin d’y laisser respirer son propre univers. Ce n’est pas pour rien que certaines personnes parlent de « lynchéisme » lorsqu’elles ont du mal à décrypter une œuvre. David Lynch construit ses [&#8230;]</p>
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<p>S’il existe des auteurs qui sont aussi fascinants que difficiles à comprendre, David Lynch en est le leader incontesté, à la tête d’une filmographie riche d’éclectisme. On ne sait jamais à quoi s’attendre d’un film de Lynch. Il aime toucher à tous les genres et bouleverser les codes afin d’y laisser respirer son propre univers. Ce n’est pas pour rien que certaines personnes parlent de « lynchéisme » lorsqu’elles ont du mal à décrypter une œuvre. David Lynch construit ses plans comme une succession de tableaux qui, de prime abord, semblent ne pas avoir de liens entre eux. Chaque cinéphile un tantinet attiré par le travail de Lynch possède son fardeau, son film fétiche, celui qui est difficilement racontable tant il n’arrive pas à le comprendre lui-même. S’il y a bien des exceptions dans le lot (<strong>Elephant Man</strong>, <strong>Sailor et Lula</strong>), il est impossible de trouver une seule personne capable de dire qu’elle a réussi à assimiler la substantifique moelle d’un film de Lynch dès la première lecture. Et pourtant, il y a toujours cette part de curiosité qui donne envie d’y revenir tant la complexité des œuvres prend un nouveau sens à chaque nouveau visionnage. Et s’il y a bien un film qui peut se targuer d’arriver à faire naître tout un panel de sentiments contradictoires sans jamais réussir à dévoiler ses secrets, c’est <strong>Eraserhead</strong>. En dépit d’une bonne vingtaine de séances, poser des mots sur l’expérience que représente le premier long métrage de David Lynch est aussi difficile que de tenter de battre le record de plongée de Jacques Mayol. Ne serait-ce que réussir à écrire un synopsis du film demande un effort surhumain.</p>



<p>Henry est un imprimeur en vacances. Sa petite amie dont il n’a plus de nouvelles depuis des semaines le convie à un repas de famille. Elle lui confie avoir accouché d’un bébé prématuré dont il est le père. Henry n’a d’autre choix que de se marier avec elle et de l’inviter à emménager avec lui et le bébé dans son petit appartement. Commence alors le parcours initiatique d’un homme introverti vers les mystères de la paternité. Même si nous ne sommes pas sûrs de ces quelques lignes ci-dessus, nous sommes tout de même certains de notre amour immodéré pour David Lynch, et particulièrement <strong>Eraserhead </strong>!</p>



<p><strong>Un film organique</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Même s&rsquo;il s&rsquo;agit de son premier film, <strong>Eraserhead </strong>n’est autre que le testament de David Lynch, sa première, pour ne pas dire ultime, confession au Septième Art, comme s’il se sentait dépassé par les implications que cela engendre d’être un auteur.</p>
</blockquote>



<p><strong>Eraserhead </strong>est, avant tout, une expérience sensorielle. Presque dépouillé de séquences de dialogues, le film est une initiation, une invitation qui demande au spectateur de mettre en émoi la totalité de ses sens. Fascinant, étrange et rebutant à la fois, il serait mal avisé de conseiller à quiconque voulant approcher le cinéma de Lynch de commencer par <strong>Eraserhead</strong>, et pourtant&#8230; Le film est un ascenseur émotionnel difficilement gérable pour quiconque n’aimant pas sortir de sa zone de confort. Du rêve au cauchemar, <strong>Eraserhead </strong>demeure sans cesse sur le fil du rasoir et n’offre aucune porte de sortie. Dès son ouverture, le film nous catapulte depuis l’espace pour nous présenter un homme étrange qui actionne différents leviers. L’un d’eux fait tomber un étrange ver dans une mare qui éblouit de plus en plus le spectateur jusqu’à recouvrir l’intégralité de l’image d’un blanc immaculé. Quelques minutes de film qui suffisent déjà pour se poser une multitude de questions quant à notre rapport avec les images. Il y a mille et une façons d’interpréter l’ouverture d’<strong>Eraserhead</strong>, mais la métaphore ironique symbolisant la naissance du cinéma de Lynch demeure la théorie que nous souhaitons garder. Lynch fait naître son art à partir d’un scénario d’une vingtaine de pages. <strong>Eraserhead </strong>est né d’une envie de mettre en images à la fois l’expérience personnelle vécue par Lynch dans la ville de Philadelphie, mais surtout de réussir à filmer un plan bien particulier, un plan qui doit au film de posséder son titre. En effet, David Lynch voulait mettre en scène les débris d’une gomme en train de voler dans l’air. Mais il faudra attendre le dernier tiers du film pour arriver à la consécration de cette idée. <strong>Eraserhead</strong>, au-delà du film torturé qu’il est, montre l’ascendance de son auteur par rapport aux différents processus créatifs par lesquels il a dû passer pour obtenir la finalité de son  propos. Le film a été tourné sur de nombreuses années. Plusieurs mois séparent parfois deux plans. <strong>Eraserhead </strong>a été bricolé avec les moyens du bord. Là où beaucoup auraient déjà jeté l’éponge, Lynch fait preuve d’un perfectionnisme déroutant. Voilà pourquoi <strong>Eraserhead </strong>mérite d’être décortiqué presque plan par plan. Un film qui a mis autant de temps à se créer mérite toute notre attention, d’où l’effet organique qu’il produit. De plus, sa bande sonore industrielle confère un pouvoir étrange à l’œuvre. Il s’y dégage comme une grandeur et une parfaite conscience que l’homme n’est rien sur cette planète tant qu’il ne laisse pas une empreinte indélébile. Même s&rsquo;il s&rsquo;agit de son premier film, <strong>Eraserhead </strong>n’est autre que le testament de David Lynch, sa première, pour ne pas dire ultime, confession au Septième Art, comme s’il se sentait dépassé par les implications que cela engendre d’être un auteur.</p>



<p><strong>Un film d’horreur</strong></p>



<p>Tout comme son personnage principal, David Lynch affronte les méandres d’une paternité inconfortable. <strong>Eraserhead </strong>est la manière dont Lynch combat l’idée d’être le père d’un long métrage. En résulte une œuvre hybride et monstrueuse, la première incursion de son auteur au panthéon des cinéastes torturés par la beauté de leur création. <strong>Eraserhead </strong>est un poème désabusé, une œuvre qui remue les tripes tel le monstre de Frankenstein qui dépasse les ambitions de son propre créateur. On y entrevoit presque l’ombre de l’auteur qui se confond en excuses. Il voulait seulement filmer de la poudre de gomme s’envoler. Mais tout cela a donné lieu à la création d’un héros mystique qui en perdra littéralement la tête au point d’aboutir à un infanticide particulièrement douloureux et beau à la fois. Ce monstre bâtard, rejeton illégitime d’Henry, personnification du cinéma de Lynch, ne meurt pas sous les coups de ciseaux de son héros. Lorsque les bandages dévoilent les organes vitaux du nourrisson, ce n’est que pour nous mettre en évidence toute la beauté macabre du processus de création du film. Lynch coupe le cordon avec son bébé qui s’envole vers les astres d’un paradis artistique où l’étrangeté réfute toutes les normes de la normalité. Et s’il nous assure qu’au paradis, tout va bien, la réalité d’<strong>Eraserhead</strong> se meut avec son propre penchant cauchemardesque. <strong>Eraserhead </strong>est un film qui ne s’explique pas davantage. <strong>Eraserhead </strong>est un film qui se vit comme un cauchemar éveillé, ou inversement. <strong>Eraserhead </strong>est à la fois la naissance, la vie et le déclin d’un auteur qui était bien décidé à bouleverser les codes du cinéma. C’est le point de départ d’une filmographie dense et riche, mais c’est également la finalité de cette dernière.</p>



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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> David Lynch 
<strong>NATIONALITÉ :</strong>  américaine 
<strong>GENRE </strong>: fantastique, drame, épouvante-horreur 
<strong>AVEC : </strong>Jack Nance, Charlotte Stewart, Peggy Lynch, Jack Fisk, Laurel Near 
<strong>DURÉE : </strong>1h29 
<strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Potemkine Films 
<strong>SORTIE LE </strong>7 juin 1978 (reprise 31 mai 2017)</pre>
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		<title>A tombeau ouvert : Stairway to heaven</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anthony Verschueren]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Nov 2022 17:26:38 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Plus de 20 ans après&#160;Taxi Driver, Martin Scorsese retrouve le scénariste Paul Schrader afin de nous emmener à nouveau dans les rues d’un New-York sombre, désespéré et torturé. Adapté du roman éponyme et autobiographique de Joe Connelly, nous suivons le quotidien d’un ambulancier sur le déclin, Frank Pierce, tourmenté par les fantômes de ceux qu’il n’a pas réussi à sauver. Incapable de fermer l’œil, il sillonne les rues sombres de New-York à la recherche d’une forme de rédemption. À Tombeau [&#8230;]</p>
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<p>Plus de 20 ans après<em>&nbsp;</em><strong>Taxi Driver</strong>, Martin Scorsese retrouve le scénariste Paul Schrader afin de nous emmener à nouveau dans les rues d’un New-York sombre, désespéré et torturé. Adapté du roman éponyme et autobiographique de Joe Connelly, nous suivons le quotidien d’un ambulancier sur le déclin, Frank Pierce, tourmenté par les fantômes de ceux qu’il n’a pas réussi à sauver. Incapable de fermer l’œil, il sillonne les rues sombres de New-York à la recherche d’une forme de rédemption.</p>



<p><strong>À Tombeau Ouvert&nbsp;</strong>possède l’étrange particularité d’être compris différemment à chaque visionnage. Chacune des lectures amène une réflexion et une analyse différentes. Le film transpire de mysticisme, jouant à merveille entre fantasme et réalité. L’état second dans lequel se trouve Frank déroute les perceptions, nous ne savons jamais si nous sommes en train de subir un long et douloureux cauchemar ou si nous sommes réellement dans l’instant présent. Scorsese bouleverse les idéologies chrétiennes en faisant endosser à Frank les rôles de Messie et de bourreau. Le personnage se sent investi d’une mission. Une mission qu’il ne peut mener à bien depuis qu’il n’a pas pu sauver une jeune fille en particulier. Les clés de sa catharsis, Frank ira les chercher auprès des accidentés qu’il croise au quotidien. Il ne cherche que des missions n’impliquant pas la mort imminente des patients, persuadé que les morts viendront le hanter s’il ne parvient pas à les sauver. Il ne supporte plus d’avoir à cohabiter avec les esprits qu’il a laissé s’échapper. Par le biais des «&nbsp;accidentés légers&nbsp;», il peut encore garder un certain self-control qui lui permettra de retourner sur le droit chemin. Il va se lier avec Mary, la fille d’un homme qu’il sauvera d’une crise cardiaque. Outre l’image évidente de la vierge qui habite Mary, Frank verra en elle son unique échappatoire. Il tisse des liens distendus avec elle, n’osant jamais lui avouer qu’elle est la seule apte à lui absoudre ses péchés. Au fil des nuits, le visage de Frank devient de plus en plus blafard, il est rongé de l’intérieur et complètement perdu. Il rend souvent visite au père de Mary qu’il est persuadé d’entendre lui supplier de le laisser mourir. C’est avec le père de Mary que la dernière croisade de Frank aura commencé, et c’est avec lui que tout se terminera. L’issue de cette confrontation des âmes emmènera Frank à se blottir, exténué, dans les bras de Mary, tous deux entourés d’un halo de lumière puissant et réconfortant.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong>À Tombeau Ouvert ne nous conte pas le quotidien d’un ambulancier désabusé, mais bel et bien les dernières heures d’un homme sur le point de mourir.</strong></p>
</blockquote>



<p><strong>À Tombeau Ouvert&nbsp;</strong>ne nous conte pas le quotidien d’un ambulancier désabusé, mais bel et bien les dernières heures d’un homme sur le point de mourir. Frank arpente les rues sombres de New-York, mais est sans cesse suivi d’une vive lumière blanche qui plane au-dessus de sa tête. Cette lumière se densifie au fil des scènes, comme si l’âme de Frank sortait péniblement de son corps, attirée par les lumières du bloc opératoire afin de s’envoler paisiblement vers le paradis. Le père de Mary et Frank ne forment qu’une seule et même personne. Mary explique qu’elle n’a plus de contacts avec sa famille depuis des années. Frank, l’homme de sa vie, aura officié en tant qu’amant protecteur et père de substitution pour elle. Les innombrables rechutes du père pendant le film sont à mettre en concordance avec les actions menées par Frank sur le terrain. Plus Frank croise de cas désespérés, plus les crises cardiaques se montrent virulentes. Le rapprochement entre les deux hommes en fin de film ne montre que l’issue du vagabondage de l’esprit d’une seule et même personne. Scorsese montre l’ambulance comme le purgatoire, ultime procès de notre âme avant d’accéder définitivement au paradis, ou d’aller brûler en enfer. Frank n’a pas été un homme totalement bon, voilà pourquoi son jugement est aussi douloureux que complexe et qu’il a du mal à se regarder en face. Les différents coéquipiers qu’il côtoie le renvoient à différentes époques de sa vie. Larry (John Goodman) représente le Frank des débuts, celui plein de compassion, qui croyait dur comme fer à son métier. Marcus (Ving Rhames) symbolise le Frank cabotin, dévoué à sa foi avec laquelle il joue sans cesse, quitte à la bafouer par moment, pour trouver un semblant d’existence. Et, enfin, Tom (Tom Sizemore) laisse transparaitre la face la plus sombre de sa personnalité (la violence, la colère), mais il est également le tentateur, celui qui le fait sombrer dans l’alcool et la drogue. Ce n’est qu’après s’être montré indifférent à la tentation que Frank peut enfin se libérer de tous ses maux, laissant derrière lui la fameuse ambulance qui l’amenait indubitablement vers l’enfer (ambulance qui sera mise en pièces par Tom). Frank obtient les clés de son salut dans une ultime épreuve où il trouve enfin le courage de (se) demander pardon.</p>



<p><strong>À Tombeau Ouvert&nbsp;</strong>est une hyperbole du purgatoire. Les rues de New-York créent un lien complexe entre le paradis et l’enfer. Chaque lieu représente une altercation bien précise de la lutte entre le bien et le mal. Et même s’il semble nous faire croire que le Diable domine, Scorsese nous ramène sans cesse vers la lumière. Chacun de ses plans est minutieusement truffé d’un symbole nous rappelant que le bien veillera toujours sur ceux qui auront la force d’aller chercher le pardon. La scène de la crucifixion du dealer en est le parfait exemple. Face à la souffrance du sujet, Frank s’émerveille de la beauté du spectacle que lui montre la victime. Tout autour des deux personnages, Scorsese déclenche un feu d’artifice mystique, telle la main de Dieu qui viendrait bénir deux pauvres âmes égarées. À cause de tous les symboles religieux qui parsèment le film<em>, </em><strong>À Tombeau Ouvert&nbsp;</strong>s’en retrouve être l’un des films les plus complexes de la filmographie de Martin Scorsese. Injustement boudé (car probablement incompris), le film offre une flopée analytique qui diffèrera forcément selon les croyances de ceux et celles qui oseront l’affronter. Mais ne serait-ce que pour Nicolas Cage qui y trouve l’un de ses plus beaux rôles (d’ailleurs, il ne brillera plus autant jusqu’en 2013 et la sortie de Joe de David Gordon Green) et la mise en scène nerveuse de Scorsese, il serait bien dommage de continuer à éviter ce bijou qu’est&nbsp;<strong>À Tombeau Ouvert</strong>.</p>



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