Rose Williams as Val - The Power - Photo Credit: Laura Radford/Shudder

The Power : Nuit sans étoiles

Grande-Bretagne, six ans plus tôt. Les ondes médiatiques s’emparent d’une affaire effroyable : Jimmy Savile, incontournable DJ et présentateur de télévision mort en 2011, est accusé d’avoir commis une centaine d’agressions sexuelles. Pendant soixante ans, l’homme aura sévi autant sur son lieu de travail que dans les hôpitaux, écoles et autres organismes auprès desquels il se faisait passer pour un généreux donateur, faisant de lui l’un des prédateurs sexuels les plus prolifiques du Royaume-Uni. Cette révélation, qui interroge l’omerta autour des violences patriarcales et des hommes de pouvoir bien avant que ce sujet ne revienne plus frontalement dans le débat public, impacte profondément Corinna Faith. La réalisatrice britannique, qui versait plutôt dans le drame à l’époque, exprime son ressenti à travers un script qui parle d’hôpital, de surnaturel, et de cadavres qui ne veulent pas rester dans le placard. Ce script, c’est ce que deviendra The Power quelques années plus tard. 

Après une jeunesse en orphelinat, la douce et aimable Valérie décide de devenir infirmière. Malgré l’appel de la vocation, sa première journée à l’hôpital ne se passe pas exactement comme prévu : nous sommes en 1974, et la grève des mineurs engendrent des coupures d’électricité prolongées la nuit. De garde, Valérie réalise qu’elle n’est probablement pas toute seule dans cette pénombre complète… 

Avec cette histoire de fantômes oppressante et puissante, le message de Corinna Faith est clair : écoutez-nous avant qu’il ne soit trop tard (pour vous). 

A Dinard, The Power est le premier film d’horreur à faire partie de la compétition officielle. C’est sans doute sa manière de concilier effets de style et convictions féministes implacables qui l’aura amené là. Après visionnage, son titre évoque plus une réflexion sur la hiérarchie et la silenciation des victimes qu’une référence au fantastique. Qui détient réellement le pouvoir, dans le film ? A quel contre-pouvoir peut-il se chauffer ? Malgré ses allures de film d’époque et le choix d’insérer son propos dans un contexte historique marquant pour le Royaume-Uni, Corinna Faith délivre un message qui traverse sombrement les époques pour rester intact. Et en même temps, joue sur une peur primale : la peur du noir. 

En dépit de sa large superficie, que nous découvrons lorsque le plan de l’hôpital est dévoilé au début de The Power, on se sent un peu claustrophobe pendant que Valérie déambule dans ce dédale sans lumière. Perdue au milieu d’un labyrinthe et pourtant oppressée par l’épaisseur des ténèbres, elle laisse à voir une représentation très inventive et corporelle du traumatisme. La sobriété des effets spéciaux laisse à l’interprète de Val, Rose Williams, une plus grande liberté pour exprimer d’une manière terrifiante et empathique les changements qu’elle subit, notamment au cours d’une longue scène soigneusement chorégraphiée entre la réalisatrice et son actrice principale qui rappelle un peu le remake de Suspiria et son (atroce) scène de danse. Pour autant, Faith ne lésine pas sur les autres ingrédients de son film : avec la complicité de l’artiste d’EDM Gazelle Twin, elle produit un environnement sonore abrasif, qui mobilise même de vraies prises de son en hôpital. 

The Power a été écrit en 2012, soit cinq ans avant le mouvement #MeToo. La preuve qu’avant et après ce mouvement, les femmes continueront de parler,  d’écrire, et de réaliser des films à propos de la société patriarcale dans laquelle elles vivent. Avec cette histoire de fantômes oppressante et puissante, le message de Corinna Faith est clair : écoutez-nous avant qu’il ne soit trop tard (pour vous). 

4.5

RÉALISATEUR :  Corinna Faith
NATIONALITÉ : britannique
AVEC : Rose Williams, Shakira Rahman
GENRE : Horreur
DURÉE : 1h33
DISTRIBUTEUR : Alba Films
SORTIE LE 16 février 2022