Sweetheart : L’attrape-coeur

Personne n’a envie d’avoir dix-sept ans”, peste une jeune fille dans son monologue intérieur. Un bob enfoncé sur la tête et des lunettes de soleil colorées pour cacher son regard, l’héroïne de Sweetheart est à la fois tout ce que la réalisatrice Marley Morrison a été et aurait aimé être. La réalisatrice qui, après avoir passé un certain temps à s’interroger sur son identité de genre, a fini par se revendiquer comme lesbienne butch, a connu son lot de malheurs. Après avoir été mise à la porte par ses parents à quatorze ans, elle finit à la rue et développe un penchant pour l’alcool et les drogues. Suite à ces drames, Morrison, quand elle s’en sort, s’empare d’une caméra et décide de filmer avec du soleil et de l’espoir dans la pellicule.

April Jane, dix-sept ans, préfère qu’on l’appelle A-J. Pessimiste et renfrognée, elle ne s’entend pas très bien avec sa mère, qui ne comprend pas vraiment sa passion pour l’environnement ni son désir d’arrêter l’école pour aller tricoter des pulls aux éléphants en Indonésie. Coincée avec cette dernière, ses deux sœurs et le mari de cette dernière dans un parc de mobile-homes pour les vacances, A-J s’apprête à passer un été déprimant. Jusqu’à ce qu’elle rencontre Isla, une fille du coin qui l’hypnotise aussitôt. 

Un séjour apaisant dans la peau d’une jeune rebelle en quête de reconnaissance. 

Sweetheart est un film queer tout à fait adéquat pour l’été. Marley Morrison voulait absolument écrire une oeuvre feel-good, qui montrerait à la jeunesse stigmatisée que parfois, on a ce qu’on veut, que parfois, ce n’est pas la peine de se prendre la tête. Et cela se ressent dans sa légèreté et sa sensibilité emballées dans une esthétique indie et shoegaze qui rendent le visionnage drôle et agréable. Le procédé de la narration vu et revu dans le teen movie est utilisé ici pour installer un rythme épars et rafraîchissant. On est loin du fantasme américain de l’adolescent dans sa puberté ; ici, les ados ont tous une frimousse d’ados, et des préoccupations d’ados. Ce qui est loin de les priver d’une profondeur. C’est juste que tout est dézoomé pour faire valoir la pluralité des points de vue ; Morrison porte un regard à la fois compatissant et moqueur à l’égard de son personnage principal, mais jamais malveillant. 

Après avoir remporté le prix du public au festival du film de Glasgow, Sweetheart est présenté au festival du film britannique de Dinard dans la catégorie Teen-Spirit. Pas révolutionnaire dans le fond et la forme, il fait valoir d’autres qualités ; ce qu’il manque en originalité, il le compense en véracité, en tangibilité. Un séjour apaisant dans la peau d’une jeune rebelle en quête de reconnaissance. 

3.5

RÉALISATEUR :  Marley Morrison
NATIONALITÉ : britannique 
AVEC : Nell Barlow, Sophia Di Martino, Ella Rae-Smith
GENRE : romance, teen movie
DURÉE : 1h43
DISTRIBUTEUR : 
SORTIE LE