Robuste : fort mais pas téméraire

Un homme et une jeune adulte contemplent un aquarium, dans une pièce enténébrée. La lueur fluorescente de l’habitacle aquatique projette ses mannes d’azur sur leurs visages rugueux et concentrés, tandis que des poissons aux yeux exorbités et à la mâchoire prégnante battent des nageoires dans l’eau. Ils viennent des abysses, explique l’homme, c’est pour ça qu’ils doivent vivre dans le noir complet. Son interlocutrice ne les trouve pas très beaux. Il rétorque « d’accord, ils sont difformes, mais ils ont une certaine forme de beauté« . On trouve dans cette scène toute l’ambition du film Robuste.

Venu ouvrir la soixantième édition de la Semaine de la Critique, le long-métrage est tout droit issu de l’imagination de Constance Meyer, réalisatrice et productrice qui s’était déjà illustré dans le court. Dans son premier long, elle braque son objectif sur un monstre de la culture française : Gérard Depardieu, qui donne ici la réplique à l’actrice à haut potentiel Déborah Lukumuena (déjà récompensée d’un César en 2017 pour le rôle de Maimouna dans Divines).

En dépit de ce qu’évoque son nom, Robuste manque de consistance et s’avère plutôt faiblard. Son manque de créativité et de générosité en fait un film assez convenu aux performances inégales et prévisibles. 

Georges (interprété par l’illustre Gérard) est sur le déclin. Sa carrière d’acteur se délite au rythme de ses simagrées et l’anxiété ronge ses nuits. Son assistant, qui oscille entre les rôles de garde du corps, parent ou encore psychologue, se voit obligé de faire appel à une remplaçante le temps d’un voyage à l’étranger : la jeune Aïssa (Déborah Lukumuena), lutteuse à ses heures perdues.

L’acteur qui joue à être un acteur …. ne joue pas vraiment. Constance Meyer expliquait avoir choisi  Depardieu et Lukumuena avant de passer à l’écriture pour rendre leurs interactions plus naturelles, mais en l’occurrence, à défaut d’en tirer de la spontanéité, on y voit plutôt un excédent de réalité. Faire de Depardieu un ogre destructeur mais attachant n’a rien d’original mais tout de la régression, tant cela le laisse végéter dans sa zone de confort. Déborah Lukumuena suscite quant à elle davantage d’intérêt ; son existence non-normée, combative et désirante en tant que lutteuse qui travaille dans un milieu masculin aurait mérité plus d’aboutissement. 

Très vite, une connivence s’installe entre ces deux êtres imposants et esseulés, difformes aux yeux des autres, mais la réciprocité de leur amitié, sous-entendue par le synopsis, peine à dépasser le cap de la théorie. Si Aïssa est dans le don d’elle-même, Georges reste avare en sentiments : ses faibles tentatives de connecter avec le quotidien de la jeune femme restent anecdotiques face à toute l’assistance qu’elle a pu lui prodiguer, rendant le rapport asymétrique.

En dépit de ce qu’évoque son nom, Robuste manque de consistance et s’avère plutôt faiblard. Son manque de créativité et de générosité en fait un film assez convenu aux performances inégales et prévisibles. 

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RÉALISATEUR : Constance Meyer
NATIONALITÉ : français
AVEC : Déborah Lukumuena, Gérard Depardieu
GENRE : comédie dramatique
DURÉE : 1h35
DISTRIBUTEUR : Isabelle Madelaine
SORTIE LE : Prochainement