Poly Styrene : I am not a Cliché : Ma mère, cette inconnue

Une jeune femme noire affublée d’une veste rouge bien trop grande pour elle se déhanche sur l’écran d’une télévision. Difficile de détourner le regard : elle paraît bien jeune, jeune au point d’avoir encore des bagues, et pourtant, il émane de toute sa corporalité une puissance éloquente, une énergie vorace qui emporterait tout sur son passage. Mais nous ne sommes pas les seuls à l’observer, car bientôt, une personne apparaît de dos, plongée dans l’obscurité. Cette personne, c’est Celeste Bell, co-réalisatrice du documentaire (avec Paul Sng) et fille de Marianne Joan Elliott-Saïd, que l’on connaissait sous le pseudonyme de Poly Styrene. Quand cette dernière décède en 2011 des suites d’un cancer du sein, Celeste se retrouve avec des rencontres improbables et des archives plein les bras. 

Marianne Elliott-Saïd naît le 3 juillet 1957 à Bromley, dans une famille pauvre. En quête constante de liberté, elle se met rapidement à écrire des poèmes sur la société moderne et les difficultés d’être métisse, mais aussi à consigner ses pensées les plus intimes dans un journal (dont des bouts seront déclamés par l’actrice Ruth Negga). Cette enfant terrible et précoce intègre le groupe X-Ray Spex dans les années 70 après sa rencontre marquante avec le punk. Marianne devient alors Poly Styrene, première frontwoman racisée d’un groupe de rock alternatif au Royaume-Uni. 

Poly Styrene : I am a Cliche est pour Celeste Bell le témoignage d’un héritage punk, contestataire, mais aussi mystique et plein d’amour que sa mère lui a laissé. 

On pourrait croire, à tort, que Poly Styrene serait le seul sujet du documentaire Poly Styrene : I am a cliché. Mais Celeste Bell nourrissait d’autres projets : elle commence à écrire à la mort de sa mère, quand elle se sent dépassée par ses propres émotions conflictuelles vis-à-vis d’elle. Aussi, le portrait sans concessions qu’elle dresse d’elle lui laisse toute la place d’imposer ses ressentis, sa version de l’histoire. La jeune femme déterminée à avancer dans son deuil et à finir sa thérapie ne cherche pas à adoucir la réalité pour ne pas entacher le mythe. 

Car, ce que nous montre le documentaire, c’est que la mythification de sa personne n’a pas fait du bien à Marianne Elliott. Fauchée en plein vol au début de sa vingtaine par une célébrité qui la rongeait, elle connaît ses déboires, ses épisodes mystiques et un diagnostic erroné : considérée comme schizophrène, elle souffrait en vérité de troubles bipolaires graves. Autant de problèmes que son avènement fulgurant a révélé sans la protéger, elle qui prenait d’assaut les scènes de concert, dont la voix stridente résonnait comme un clairon capable de lever des armées. Racontée par les intervenants du documentaire, Marianne était une force de la nature, une artiste aguerrie. Mais Celeste fait prévaloir la vulnérabilité de sa mère, sa détresse face à toutes les étiquettes qu’on lui accolait sans jamais tomber juste. 

Marianne Elliott avait choisi de se rebaptiser Poly Styrene après avoir pioché ce patronyme dans les pages jaunes. Elle l’aimait pour son côté plastique, sa facticité caractéristique de la société de consommation qu’elle critiquait sans fard dans ses chansons. Celeste Bell vient enrichir cette analyse d’une autre piste : peut-être que finalement, sa mère s’est perdue parmi tous ses avatars, entre la musicienne, l’écrivaine, la mère, l’épouse… Mais que toutes ces cordes à son arc attisaient la flamme de la femme qui se cachait derrière. Poly Styrene : I am a Cliché est pour Celeste Bell le témoignage d’un héritage punk, contestataire, mais aussi mystique et plein d’amour que sa mère lui a laissé. 

3.5

RÉALISATEUR :  Celeste Bell, Paul Sng
NATIONALITÉ : britannique
AVEC : Marianne Elliot-Saïd, Celeste Bell
GENRE : documentaire
DURÉE : 1h29
DISTRIBUTEUR : 
SORTIE LE