Martyrs Lane : Chair de Poule

C’est en exerçant un regard attentif et discret que Ruth Platt réalise ses films. Après avoir enseigné à l’université, la cinéaste britannique concrétise son premier film en 2015, The Lesson, où un professeur à bout de nerfs inflige une punition salée à deux cancres. En 2019, The Black Forest vient marquer sa pierre à l’édifice de la comédie noire. Mais avec Martyrs lane, projeté lors de la 32e édition du Festival du Film Britannique dans la section “Quelle horreur !” (consacrée aux réalisatrices de films de genre), l’actrice, écrivaine et réalisatrice ausculte prudemment sa propre jeunesse pour en extraire une œuvre éthérée et angoissante.

Dans le petit monde de Leah, il y a le miroir au travers duquel elle regarde sa mère, la forêt dense et sauvage qui borde leur maison, et son gros lapin, Marie. Son père est pasteur, et sa grande sœur Bex, un peu énervante. Le jour où un ange frappe au carreau de sa fenêtre, la petite fille de dix ans dépoussière un secret qui bouleverse son quotidien. 

Rappelant le charme vintage et frissonnant de L’Orphelinat ou de celui des Autres, Martyrs Lane a la splendeur poétique d’une vieille photo rendue livide par le passage du temps.

Lorsqu’elle se confie à la presse, Ruth Platt explique que le film n’est pas autobiographique, mais qu’elle y a insufflé son enfance. De formation littéraire, elle connaît le pouvoir des mots et n’emploie pas cette formulation au hasard. Martyrs Lane a la grâce d’un souffle, c’est une broderie délicate et raffinée qui laisse dans son sillage le parfum fantomatique d’un souvenir d’enfance. C’est un film d’horreur, oui, mais à hauteur d’enfant. Il ramène inextricablement à ces petits aspects du quotidien qui nous pétrissaient de rêves et de terreur avant que l’âge ne les rendent triviaux.  En outre, les deux petites filles qui se donnent la réplique, Kierah Thompson et Sienna Sayer, jouent, avec une justesse remarquable et portent le film de leurs petits bras égratignés. 

Comme Mr. Babadook rendait humaine la détresse d’une mère au bout du rouleau, Martyrs Lane farfouille dans les tréfonds de la douleur, celle d’une femme traumatisée (la très convaincante Denise Gough). Et quoi de mieux pour rendre cette exploration vibrante que l’omniprésence du miroir, qui symbolise à la fois ce qui unit la mère et sa fille et ce qui les sépare ? Les miroirs reflètent ce que l’une voit dans l’autre, mais aussi les deux dimensions irréconciliables dans lesquelles elles évoluent. Couverts pendant le deuil dans le judaïsme, ils font aussi écho à un deuil non accompli. 

Les interprétations de Martyrs Lane sont nombreuses ; et contrairement à des réalisateurs trop soucieux de garder le contrôle sur l’expérience du spectateur, Ruth Platt préfère nous donner de quoi nourrir nos imaginations avec une fin ouverte de toute beauté, sublimée par la musique d’Anna Müller. Rappelant le charme vintage et frissonnant de L’Orphelinat ou de celui des Autres, Martyrs Lane a la splendeur poétique d’une vieille photo rendue livide par le passage du temps.

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RÉALISATEUR :  Ruth Platt
NATIONALITÉ : britannique
AVEC : Denise Gough, Hannah Rae, Kiera Thompson
GENRE : Horreur
DURÉE : 1h36
DISTRIBUTEUR : 
SORTIE LE