Make Up : Beauté Fatale

Après des études de lettres, Claire Oakley entre dans la vie active en tant que relectrice de scripts. Un court-métrage, mettant en scène une jeune fille déphasée par la puberté et jetée dans un monde dont elle ne maîtrise même pas la langue, lui trotte dans la tête. Ce projet se transformera en long-métrage, Make Up. Son premier, et on l’espère, pas son dernier, car la co-fondatrice du collectif féministe Cinesisters, semble avoir encore beaucoup de choses à dire sur la découverte de soi et sur cet adage incontournable de Simone de Beauvoir : “On ne naît pas femme, on le devient”. Et souvent, dans la brutalité et la souffrance. 

C’est du moins l’expérience de Ruth, qui passe les vacances chez son petit ami aux Cornouailles. Tom, son petit ami depuis ses quinze ans, travaille dans un trailer park, ces vastes ères jalonnées de caravanes où certains vivent par nécessité et où d’autres viennent se dépayser. Confrontée à ce microcosme inconnu dont elle ignore les codes et incomprise par son copain qu’elle soupçonne d’être infidèle, Ruth s’interroge : mais que veut-elle vraiment ?

Mêlant avec brio le thriller et le coming-of-age, Make Up trouve parfaitement sa place dans la section To be or not To be du Festival du Film Britannique de Dinard

Conditionnée par ses financements et son humble budget, Oakley choisit finalement de déplacer son intrigue aux Cornouailles, dans ce village de mobile-homes délesté de ses touristes en hiver. Il offre un cadre oppressant à l’aliénation de Ruth. Comme l’héroïne de la nouvelle de Charlotte Perkins-Gilman La Séquestrée, l’adolescente voit petit à petit son environnement se réduire jusqu’à la recroqueviller. Les caravanes fumigées, enrubannées dans le cellophane, font écho à une féminité étouffée, inspirée du tableau Self-Portrait Under Plastic de l’artiste Maria Lassnig, qu’Oakley cite parmi ses influences premières. 

Cet environnement délavé par le vert et le bleu se voit régulièrement tacheté de rouge, symbole d’une féminité charnelle et confiante que Ruth, coincée dans le monde de l’enfance et de l’incertitude, redoute et peine à s’approprier. Hantée par ce rôle stéréotypé qu’elle se sent incapable d’assumer, tourmentée par ses désirs naissants, sa caractérisation évoque ce que l’essayiste Mona Chollet baptisait “les nouveaux visages de l’aliénation féminine”, un concept avec lequel Claire Oakley est très familière comme le prouve sa recherche quantitative sur les représentations véhiculées par les magazines féminins. En affrontant le male gaze, l’héroïne remet en question les idées reçues qui dictaient sa vie jusque-là, et finit par prendre à bras-le-corps son identité en se jetant dans la mer, très souvent utilisée comme métaphore du passage à l’acte et du baptême dans les productions jeunesse. 

Mêlant avec brio le thriller et le coming-of-age, Make Up trouve parfaitement sa place dans la section To Be or not To Be du Festival du Film Britannique de Dinard. Il parlera, simplement et sans velléités ultra-pédagogiques, à toutes les adolescentes qui naviguent en eaux troubles et aux jeunesses queer qui se questionnent et se revendiquent.

4.5

RÉALISATEUR :  Claire Oakley
NATIONALITÉ : Britannique
AVEC : Molly Windsor, Joseph Quinn (II), Stefanie Martini
GENRE : teen movie
DURÉE : 1h26
DISTRIBUTEUR : 
SORTIE LE