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	<title>Xavier Affre, auteur/autrice sur MovieRama</title>
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	<title>Xavier Affre, auteur/autrice sur MovieRama</title>
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		<title>Moulin : la Résistance à hauteur d’homme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Xavier Affre]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Oct 2026 13:16:55 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après la projection marquante du Fils de Saul (Grand Prix et Prix Fipresci en 2015), Moulin marque le retour de László Nemes sur la Croisette. Présenté en compétition au Festival de Cannes, le film évite assez adroitement le piège du grand récit patrimonial sur Jean Moulin. Là où beaucoup auraient construit une fresque biographique classique, Nemes choisit au contraire l’épure : action recentrée sur quelques jours, un espace réduit, un affrontement mental et physique avec Klaus Barbie. C’est précisément ce [&#8230;]</p>
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<p>Après la projection marquante du <strong>Fils de Saul</strong> (Grand Prix et Prix Fipresci en 2015), <strong>Moulin</strong> marque le retour de László Nemes sur la Croisette. Présenté en compétition au Festival de Cannes, le film évite assez adroitement le piège du grand récit patrimonial sur Jean Moulin. Là où beaucoup auraient construit une fresque biographique classique, Nemes choisit au contraire l’épure : action recentrée sur quelques jours, un espace réduit, un affrontement mental et physique avec Klaus Barbie. C’est précisément ce refus du biopic traditionnel qui donne au film sa force et explique sans doute pourquoi il peut laisser une impression aussi dense malgré une relative sobriété narrative.</p>



<p>Juin 1943, Jean Moulin, chef de la Résistance, est arrêté alors qu&rsquo;il tente de réunifier les forces de l’Armée Secrète. Interrogé par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, Moulin est entraîné dans une confrontation implacable. Son ultime combat face à la manipulation et la brutalité commence.  Le destin de la France libre en dépend. </p>



<p>Le geste de mise en scène est immédiatement identifiable. Nemes retrouve cette manière de filmer les corps enfermés dans le cadre, déjà au cœur de ses œuvres précédentes : cadres serrés, profondeur de champ limitée, sensation permanente d’étouffement, une immersion quasi carcérale, où le hors-champ devient aussi important que ce qui est montré. Le cinéaste transforme progressivement le film historique en huis clos psychologique. La première partie, plus classique dans sa reconstitution de la Résistance clandestine, peut parfois sembler un peu démonstrative, mais dès l’arrestation de Moulin à Caluire, le film se resserre brutalement. Chaque déplacement devient une variation sur l’enfermement : couloirs, caves, bureaux, cellules. La lumière joue un rôle essentiel dans cette stratégie. Nemes a choisi de tourner en 35 mm avec une texture particulière : bruns, verts sombres, jaunes sales, halos lumineux qui percent difficilement l’obscurité. La lumière devient ainsi un instrument dramatique. Les rares moments lumineux ressemblent à des respirations provisoires dans un univers condamné. Dans certaines scènes, notamment durant les interrogatoires, Nemes utilise la surexposition comme une violence : le visage de Moulin est littéralement forcé à regarder l’horreur.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Nemes refuse toute héroïsation de son personnage. </p>
</blockquote>



<p>Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Nemes refuse toute héroïsation de son personnage. Son Jean Moulin n’est jamais filmé comme une statue républicaine. Le réalisateur l’a lui-même expliqué : son ambition était bien d’immerger le spectateur dans les derniers instants d’un homme dont la faillibilité reste centrale. Cette idée traverse tout le film. Moulin doute, souffre, craint de parler sous la torture. Il ne devient héroïque qu’à travers sa fragilité même. Dans cette logique, le face-à-face entre Moulin et Barbie devient le véritable moteur du film. Gilles Lellouche, dans la peau du résistant, surprend énormément par son intériorité. Son jeu est construit sur la retenue, les silences. Nemes filme un homme qui lutte autant contre la douleur que contre la possibilité de céder. Face à lui, Lars Eidinger compose un Klaus Barbie inquiétant (mais le surjeu n&rsquo;est jamais très loin). Tantôt calme, presque charmeur, tantôt traversé d’accès de brutalité incontrôlables, il transforme les interrogatoires en jeux de domination psychologique. Ce qui rend le film intéressant, c’est que Nemes ne cherche jamais la glorification de la Résistance. Même dans ses moments tendus, <strong>Moulin</strong> reste un film de résistance intérieure plutôt qu’un récit d’action. Nemes y ajoute également une réflexion sur la coexistence du bien et du mal chez les êtres humains, loin des représentations simplifiées.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong>Moulin </strong>n’est assurément pas l’œuvre la plus réussie de Nemes, mais par ses choix et sa focale sur le protagoniste, elle reste plutôt intéressante et marquante</p>
</blockquote>



<p>Toutefois, par moments, le film est un peu trop programmatique, certaines scènes apparaissent même un peu lourdes. Aussi brillante soit-elle, la stylisation est parfois appuyée (notamment dans les scènes de torture). <strong>Moulin </strong>n’est assurément pas l’œuvre la plus réussie de Nemes, mais par ses choix et sa focale sur le protagoniste, elle reste plutôt intéressante et marquante, choisissant de filmer l&rsquo;homme derrière le symbole national (la dépouille de Jean Moulin a été transférée au Panthéon en 1964).</p>


<div class="lets-review-block__wrap lets-review-block__wrap-10 lr-cf  lets-review--center lets-review-skin-1 lets-review-design-5 lets-review-ani-1 lets-review-score-type-3 lets-review-type- lets-review-score-type__icon conclusion__off proscons__off" data-design="5" data-score-type="3" data-skin="1"><div class="lets-review-block lets-review-block__final-score lets-review-block__final-score-type-3 lets-review-block__pad score-level-7"><div class="score__wrap lr-all-c score__wrap__with__title" style="background:#67dad5; color: #fff"><div class="score-overlay-wrap score-overlay-wrap__icon"><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><div class="score-overlay" style="width:30%"></div></div><div class="score">3.5</div><div class="score__title lr-font-h"><p></p></div></div></div></div><script type="application/ld+json">{"@context": "http://schema.org/",
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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong>  László Nemes<br><strong>NATIONALITÉ :</strong> France<br><strong>GENRE </strong>: Drame historique<br><strong>AVEC : </strong> Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Louise Bourgoin<br><strong>DURÉE : </strong>2h10<br><strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Studio TF1<br><strong>SORTIE LE </strong>28 octobre 2026</pre>
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		<title>Le Mystère Lucy Lost : un très joli conte animé entre mémoire, guerre et acceptation de la différence</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Xavier Affre]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Oct 2026 12:38:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Le Mystère Lucy Lost, son premier long métrage d’animation, Olivier Clert nous invite à un voyage aussi mystérieux que poétique au cœur des îles Scilly, au large des côtes britanniques. Adapté du roman Listen to the Moon de Michael Morpurgo, ce film d’animation produit par le studio français Xilam est une très belle surprise, qui mêle aventure, légendes insulaires et mémoire historique dans un récit empreint de douceur et de mélancolie. L’histoire nous entraîne sur une petite île isolée, [&#8230;]</p>
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<p>Avec <strong>Le Mystère Lucy Lost</strong>, son premier long métrage d’animation, Olivier Clert nous invite à un voyage aussi mystérieux que poétique au cœur des îles Scilly, au large des côtes britanniques. Adapté du roman <strong>Listen to the Moon</strong> de Michael Morpurgo, ce film d’animation produit par le studio français Xilam est une très belle surprise, qui mêle aventure, légendes insulaires et mémoire historique dans un récit empreint de douceur et de mélancolie.</p>



<p>L’histoire nous entraîne sur une petite île isolée, où vit Lucy avec sa famille. Dotée de capacités extraordinaires et affublée de cheveux blancs qui éveillent la méfiance des habitants, la fillette peine à trouver sa place au sein d’une communauté prompte à rejeter ce qu’elle ne comprend pas. Sa rencontre avec Milly, une mystérieuse petite fille que personne d’autre ne semble pouvoir voir, va bouleverser son existence et l’entraîner dans une aventure où les secrets du passé se mêlent aux mystères de ses propres origines.</p>



<p>Si le projet d’adaptation a longtemps peiné à trouver sa forme définitive, notamment en raison de la structure narrative du livre, qui fait évoluer deux fillettes en parallèle sans jamais les faire se rencontrer, c&rsquo;est un choix scénaristique audacieux d&rsquo;Olivier Clert qui a permis de débloquer la situation. Une idée qu’on ne dévoilera pas ici mais dont on peut dire aisément qu’elle donne une nouvelle dynamique à un récit qui aurait pu rester trop distant ou énigmatique.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>le film dénonce avec délicatesse les mécanismes du rejet et les ravages des préjugés, sans jamais céder à un discours moralisateur.</p>
</blockquote>



<p>L&rsquo;une des grandes réussites du film réside dans sa capacité à faire cohabiter l&rsquo;intime et le collectif. Derrière son apparence de conte fantastique destiné au jeune public, <strong>Le Mystère Lucy Lost</strong> aborde des thèmes profonds et universels : la différence, l&rsquo;exclusion, la mémoire, les traumatismes de la guerre et la nécessité d&rsquo;apprendre à accepter l&rsquo;autre. Lucy incarne cette figure de l&rsquo;enfant incomprise, dont la singularité suscite autant la peur que la fascination. À travers son parcours, le film dénonce avec délicatesse les mécanismes du rejet et les ravages des préjugés, sans jamais céder à un discours moralisateur.</p>



<p>Mais le récit ne se limite pas à une histoire de pouvoirs mystérieux et d&rsquo;intégration. Il s&rsquo;inscrit également dans le contexte de la Première Guerre mondiale, dont les conséquences pèsent lourdement sur les personnages et leur environnement. Le film évoque notamment le naufrage du <em>Lusitania</em>, torpillé par un sous-marin allemand en mai 1915 au large des côtes irlandaises. Cet épisode historique, loin de constituer un simple arrière-plan, nourrit la réflexion sur les blessures laissées par la guerre, y compris chez les plus jeunes. Les adultes comme les enfants portent les traces de cette violence, parfois enfouies dans leur mémoire, parfois impossibles à exprimer. Le passé devient ainsi une présence invisible qui continue d&rsquo;influencer le présent. Les souvenirs enfouis, les silences et les secrets familiaux participent pleinement au mystère entourant Lucy et Milly. Peu à peu, l&rsquo;aventure prend une dimension plus émotionnelle, où la quête d&rsquo;identité se confond avec la nécessité de comprendre et de réparer les blessures du passé. Le fantastique devient alors un outil pertinent pour aborder des sujets difficiles sans en atténuer la gravité, tout en les rendant accessibles à un jeune public.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>L&rsquo;animation privilégie l&rsquo;atmosphère, la poésie et l&rsquo;expressivité des décors plutôt que la seule démonstration technique.</p>
</blockquote>



<p>L&rsquo;autre atout majeur du film est son univers visuel. Pour retranscrire fidèlement l&rsquo;atmosphère si particulière des îles Scilly, Olivier Clert s&rsquo;est rendu sur place afin de s&rsquo;imprégner des paysages, des traditions et du quotidien des habitants. Cette recherche d&rsquo;authenticité se ressent dans les détails qui donnent vie à cet environnement insulaire : les enfants qui courent pieds nus, les communautés soudées par leur isolement, mais aussi cet îlot autrefois utilisé comme lieu de quarantaine, dont l&rsquo;histoire contribue à l&rsquo;étrangeté du décor. Le réalisateur puise également dans les légendes locales pour expliquer les cheveux blancs de Lucy, traditionnellement associés aux sorcières dans certaines croyances de l&rsquo;archipel. Ces éléments nourrissent un imaginaire singulier, à mi-chemin entre le folklore britannique et le conte fantastique. Graphiquement, <strong>Le Mystère Lucy Lost</strong> possède un charme indéniable. L&rsquo;animation privilégie l&rsquo;atmosphère, la poésie et l&rsquo;expressivité des décors plutôt que la seule démonstration technique. Cette esthétique sied parfaitement à une histoire traversée par les souvenirs et les fantômes du passé. On pense aussi, inévitablement, à l&rsquo;univers de Hayao Miyazaki : cette manière de laisser coexister le réel et le merveilleux, de faire de la nature un espace presque vivant et de placer une jeune héroïne au centre d&rsquo;une aventure initiatique rappelle certains grands récits du maître japonais. Élément central, la mer semble conserver la mémoire des événements passés et relier les personnages à une histoire qui les dépasse.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Olivier Clert signe donc une œuvre attachante, ambitieuse et visuellement inspirée.</p>
</blockquote>



<p>Pour un premier long métrage d&rsquo;animation, Olivier Clert signe donc une œuvre attachante, ambitieuse et visuellement inspirée. En faisant dialoguer le fantastique et l&rsquo;Histoire, il propose bien davantage qu&rsquo;une simple aventure enfantine : un conte sensible sur la mémoire, le deuil, les préjugés et la force des liens qui nous unissent. Une jolie découverte en somme.</p>



<p></p>


<div class="lets-review-block__wrap lets-review-block__wrap-10 lr-cf  lets-review--center lets-review-skin-1 lets-review-design-5 lets-review-ani-1 lets-review-score-type-3 lets-review-type- lets-review-score-type__icon conclusion__off proscons__off" data-design="5" data-score-type="3" data-skin="1"><div class="lets-review-block lets-review-block__final-score lets-review-block__final-score-type-3 lets-review-block__pad score-level-8"><div class="score__wrap lr-all-c score__wrap__with__title" style="background:#67dad5; color: #fff"><div class="score-overlay-wrap score-overlay-wrap__icon"><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><div class="score-overlay" style="width:20%"></div></div><div class="score">4</div><div class="score__title lr-font-h"><p></p></div></div></div></div><script type="application/ld+json">{"@context": "http://schema.org/",
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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Olivier Clert<br><strong>NATIONALITÉ :</strong> France<br><strong>GENRE </strong>: <strong> </strong>Animation, aventure<br><strong>AVEC : </strong>les voix de Charlie Rosenzweig, Zach Valentin-Dattas, Jessica Monceau<br><strong>DURÉE : </strong>1h29<br><strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Le Pacte<br><strong>SORTIE LE </strong>28 octobre 2026</pre>
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		<title>Une femme aujourd’hui : Guédiguian toujours combatif</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Xavier Affre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Oct 2026 07:59:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CINEMA]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques CINEMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Une femme aujourd’hui, son 25e long métrage, Robert Guédiguian poursuit son exploration des fractures de notre société à travers le destin d’une femme dont la réussite apparente masque un profond déséquilibre. Fidèle à son cinéma populaire et engagé, le cinéaste marseillais signe un mélodrame qui interroge autant la violence faite aux femmes que les ravages du capitalisme. À 30 ans, Juliette semble avoir réussi. Elle occupe un poste prestigieux dans la finance, vit dans une belle maison et mène [&#8230;]</p>
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<p>Avec <strong>Une femme aujourd’hui</strong>, son 25<sup>e</sup> long métrage, Robert Guédiguian poursuit son exploration des fractures de notre société à travers le destin d’une femme dont la réussite apparente masque un profond déséquilibre. Fidèle à son cinéma populaire et engagé, le cinéaste marseillais signe un mélodrame qui interroge autant la violence faite aux femmes que les ravages du capitalisme.</p>



<p>À 30 ans, Juliette semble avoir réussi. Elle occupe un poste prestigieux dans la finance, vit dans une belle maison et mène une existence confortable, ponctuée de voyages et de relations amoureuses sans lendemain. Mais cette réussite, construite selon les critères d’une société qui valorise l’argent, la performance et l’indépendance individuelle, vole en éclats lorsqu’elle est agressée par un collègue. Le traumatisme agit alors comme une rupture, l’obligeant à regarder autrement son existence et à remettre en question les fondements mêmes de son bonheur.</p>



<p>L’un des intérêts du film tient à cette manière de faire d’un drame personnel le point de départ d’une réflexion beaucoup plus vaste. Guédiguian ne se contente pas de raconter la souffrance d’une femme ni les étapes de sa reconstruction. Il s’interroge sur la société qui l’entoure, sur ses rapports de domination et sur les valeurs qui déterminent nos choix de vie. L’agression constitue le révélateur d’un univers professionnel où le pouvoir économique semble autoriser toutes les brutalités, tandis que la victime doit affronter les conséquences d’une violence dont elle n’est pas responsable. Derrière la réussite sociale de Juliette apparaît progressivement le vide d’une existence soumise aux exigences du rendement et de la réussite individuelle. Le cinéaste oppose à cette logique une autre conception de la vie, fondée sur l’attention aux autres, l’engagement et la solidarité. Le propos est clair, parfois même un peu appuyé, mais il possède une réelle force de conviction. Guédiguian croit profondément à la possibilité de changer de trajectoire, de se dégager des mécanismes qui nous enferment et de retrouver un sens à son existence. Pour Juliette, il s’agit plutôt d&rsquo;inventer une autre manière de vivre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>L’un des intérêts du film tient à cette manière de faire d’un drame personnel le point de départ d’une réflexion beaucoup plus vaste</p>
</blockquote>



<p>Comme souvent chez le cinéaste, Marseille est bien davantage qu’un décor. La ville, ses quartiers et ses contrastes sociaux forment le véritable paysage moral du récit. Le retour de Juliette vers ses origines et vers un milieu dont elle s’était éloignée contribue à donner au film sa dimension sociale. La réussite professionnelle n’a pas effacé les liens familiaux ni les héritages du passé. En retrouvant cet univers, l’héroïne découvre d’autres formes de richesse, moins visibles mais peut-être plus essentielles : la disponibilité, l’entraide et la capacité à accueillir les fragilités d’autrui. Le film élargit également son propos aux traces de la colonisation et aux héritages familiaux qui continuent de peser sur le présent. Cette profondeur historique enrichit le récit, même si certaines pistes auraient peut-être parfois mérité d’être davantage développées.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Son interprétation donne de l’épaisseur à Juliette, elle parvient à faire sentir la fragilité de cette femme, son désarroi, mais aussi sa volonté de ne pas rester prisonnière du traumatisme.</p>
</blockquote>



<p>Si le plaisir de retrouver les comédiens familiers du cinéaste demeure intact (Jean-Pierre Darroussin, Ariane Ascaride et Gérard Meylan) – on a le sentiment de retrouver des êtres dont on connaît les convictions, les contradictions – c’est surtout Marilou Aussilloux qui retient l’attention. Déjà remarquée en 2024 dans <strong><a href="https://movierama.fr/la-pie-voleuse-un-film-lumineux-et-bouleversant/">La Pie voleuse</a></strong>, elle porte ici le film avec une belle intensité. Son interprétation donne de l’épaisseur à Juliette, elle parvient à faire sentir la fragilité de cette femme, son désarroi, mais aussi sa volonté de ne pas rester prisonnière du traumatisme.</p>



<p>Le film reprend ainsi les convictions bien connues de son auteur&nbsp;: une volonté de défendre un cinéma engagé. Guédiguian préfère la solidarité à la résignation, le collectif au chacun pour soi. Toutefois, cette générosité s’accompagne parfois d’une tendance à surligner le sens des situations plutôt qu’à laisser les personnages le faire émerger naturellement. Certaines oppositions semblent alors trop nettement dessinées, et quelques développements donnent l’impression que le récit embrasse une multitude de sujets. Ces quelques réserves n’annulent cependant pas l’émotion (bien réelle) suscitée par le récit.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Ces quelques réserves n’annulent cependant pas l’émotion (bien réelle) suscitée par le récit.</p>
</blockquote>



<p>Ce qui demeure, au terme de ces deux heures, c’est la conviction sincère qui anime le film. De la même manière, le parcours de Juliette devient une invitation à repenser notre rapport au monde. Avec <strong>Une femme aujourd’hui</strong>, Robert Guédiguian signe donc une œuvre généreuse et politique, d’une belle sincérité qui s’inscrit pleinement dans la continuité de son cinéma si précieux.</p>



<p></p>


<div class="lets-review-block__wrap lets-review-block__wrap-10 lr-cf  lets-review--center lets-review-skin-1 lets-review-design-5 lets-review-ani-1 lets-review-score-type-3 lets-review-type- lets-review-score-type__icon conclusion__off proscons__off" data-design="5" data-score-type="3" data-skin="1"><div class="lets-review-block lets-review-block__final-score lets-review-block__final-score-type-3 lets-review-block__pad score-level-8"><div class="score__wrap lr-all-c score__wrap__with__title" style="background:#67dad5; color: #fff"><div class="score-overlay-wrap score-overlay-wrap__icon"><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><div class="score-overlay" style="width:20%"></div></div><div class="score">4</div><div class="score__title lr-font-h"><p></p></div></div></div></div><script type="application/ld+json">{"@context": "http://schema.org/",
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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Robert Guédiguian  <br><strong>NATIONALITÉ :</strong> France, Italie<br><strong>GENRE </strong>: Comédie dramatique<br><strong>AVEC : </strong> Marilou Aussilloux, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Grégoire Leprince-Ringuet, Gérard Meylan<br><strong>DURÉE : </strong>2h02<br><strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Diaphana Distribution<br><strong>SORTIE LE </strong>21 octobre 2026</pre>
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		<title>Impossible : les fantômes du passé au bord du précipice</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Xavier Affre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Oct 2026 07:13:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CINEMA]]></category>
		<category><![CDATA[CONSEIL TV]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques CINEMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Impossible, Emmanuel Finkiel adapte le roman éponyme d’Erri De Luca dans un téléfilm aussi tendu que profondément réflexif, où une chute mortelle dans les Alpes devient le point de départ d’une confrontation autrement plus vertigineuse : celle de deux hommes que quarante années n’ont pas réussi à séparer. Sur un sentier escarpé dans les Alpes, un homme chute dans le vide. Derrière lui, un autre homme donne l&#8217;alerte. Or, ce ne sont pas des inconnus. Compagnons du même groupe [&#8230;]</p>
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<p>Avec <strong>Impossible</strong>, Emmanuel Finkiel adapte le roman éponyme d’Erri De Luca dans un téléfilm aussi tendu que profondément réflexif, où une chute mortelle dans les Alpes devient le point de départ d’une confrontation autrement plus vertigineuse : celle de deux hommes que quarante années n’ont pas réussi à séparer.</p>



<p>Sur un sentier escarpé dans les Alpes, un homme chute dans le vide. Derrière lui, un autre homme donne l&rsquo;alerte. Or, ce ne sont pas des inconnus. Compagnons du même groupe révolutionnaire quarante ans plus tôt, le premier avait livré le second et tous ses anciens camarades à la police. Rencontre improbable, impossible coïncidence surtout, pour le magistrat chargé de l&rsquo;affaire, qui tente de faire avouer au suspect un meurtre prémédité.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Le face-à-face entre Swann Arlaud et Fabrizio Bentivoglio (remarquables tous les deux) constitue le véritable moteur du film</p>
</blockquote>



<p>L’intérêt de la fiction réside précisément dans cette ambiguïté. Emmanuel Finkiel ne cherche pas tant à nous entraîner dans une enquête criminelle classique qu’à nous placer au cœur d’un affrontement entre deux visions du monde. D’un côté, un magistrat qui s’accroche aux faits, aux preuves et à une logique rationnelle ; de l’autre, un homme qui refuse de se laisser enfermer dans l’interprétation que l’on fait de son histoire. Le face-à-face entre Swann Arlaud et Fabrizio Bentivoglio (remarquables tous les deux) constitue le véritable moteur du film. Le premier compose un juge obstiné, méthodique, parfois déstabilisé par ce qu’il ne parvient pas à saisir. Le second prête à son personnage une présence rugueuse, une fatigue presque minérale et une manière de se dérober qui rend ses silences aussi éloquents que ses paroles. Deux tempéraments, deux générations et deux rapports à la vérité s’affrontent sans que l’un puisse définitivement prendre le dessus. Les échanges ne donnent pas lieu à de grandes explosions mélodramatiques : ils avancent par questions, objections, détours et résistances. Derrière la recherche d’un éventuel aveu se dessine peu à peu une interrogation plus vaste : jusqu’où peut-on juger un homme à la lumière de ses actes passés ? Une trahison politique condamne-t-elle définitivement celui qui l’a commise ? Et la justice peut-elle réellement départager la culpabilité, la responsabilité et les convictions intimes ?</p>



<p>En évoquant les Brigades rouges et les années de plomb italiennes, le récit convoque une histoire politique douloureuse sans se réduire à une reconstitution historique. Ce passé révolutionnaire constitue la matière même du conflit : les idéaux de jeunesse, les fidélités militantes, la trahison et les conséquences d’un engagement radical continuent de peser sur les existences longtemps après la disparition des circonstances qui les ont fait naître. Très intelligemment, le film évite de distribuer trop facilement les bons et les mauvais rôles. Il ne s’agit pas d’excuser les actes au nom des convictions, ni de réduire toute une existence à une faute. Il s’agit plutôt de comprendre ce qu’il reste d’un homme lorsque son passé devient le principal élément à charge contre lui.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Il s’agit plutôt de comprendre ce qu’il reste d’un homme lorsque son passé devient le principal élément à charge contre lui.</p>
</blockquote>



<p>Le choix des Alpes apporte au film une dimension visuelle et symbolique particulièrement forte. À l’espace resserré du bureau du juge, où chaque parole semble pesée et chaque silence suspect, répond l’immensité des reliefs, avec leurs sentiers étroits, leurs parois abruptes et leurs perspectives vertigineuses. Cette opposition entre enfermement et liberté apparente nourrit toute la mise en scène. L’espace ouvert ne garantit aucune liberté véritable, pas plus que l’espace clos n’empêche la pensée de s&rsquo;évader.</p>



<p>Emmanuel Finkiel explique avoir voulu dépasser le huis clos du roman pour faire entrer à l’écran les images mentales des personnages et donner à voir plusieurs interprétations possibles du drame. Cette démarche est intéressante : elle permet de matérialiser les hypothèses, les souvenirs et les représentations qui se confrontent dans l’esprit des protagonistes. Le cinéma ne se contente plus de filmer une discussion ; il explore les images que chacun construit pour donner un sens à ce qui s’est produit. Les flash-backs éclairent progressivement les liens entre les deux hommes, tout en maintenant une part d’incertitude. Le spectateur n’est pas seulement invité à résoudre une énigme, mais à mesurer combien une même histoire peut être racontée différemment selon celui qui la regarde. Adapter Erri De Luca représentait un véritable défi. L’écriture de l’auteur italien, nourrie de réflexions philosophiques et de formules incisives, repose largement sur la force du dialogue et de la pensée. Emmanuel Finkiel choisit d’en préserver la densité, tout en lui donnant une traduction visuelle.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Emmanuel Finkiel confirme ici son intérêt pour les êtres marqués par l’Histoire, les blessures de la mémoire et les traces durables du passé.</p>
</blockquote>



<p>Réalisateur de <strong>Voyages</strong>, de <strong>La Douleur</strong> et, plus récemment, de <strong><a href="https://movierama.fr/la-chambre-de-mariana-le-recit-dune-clandestinite-terrible-et-perturbante/">La Chambre de Mariana</a></strong> (grand oublié des Césars l’an passé), Emmanuel Finkiel confirme ici son intérêt pour les êtres marqués par l’Histoire, les blessures de la mémoire et les traces durables du passé. Sa mise en scène accompagne cette matière avec sérieux et sensibilité, portée par deux comédiens qui donnent au récit sa densité humaine. Les deux récompenses obtenues au Festival de la Fiction de La Rochelle — le prix du meilleur unitaire drama / suspense et le prix Stéphane Strano du meilleur scénario — saluent justement l’ambition de cette proposition, dont on s’étonne qu’elle n’ait pas fait l’objet d’une sortie en salle. Le film, thriller psychologique sobre et ambitieux, trouve sa singularité dans sa capacité à faire d’une enquête sur une mort suspecte une réflexion sur la justice, la fidélité à soi-même et l’impossibilité de refermer complètement certaines pages de sa vie.</p>



<p></p>


<div class="lets-review-block__wrap lets-review-block__wrap-10 lr-cf  lets-review--center lets-review-skin-1 lets-review-design-5 lets-review-ani-1 lets-review-score-type-3 lets-review-type- lets-review-score-type__icon conclusion__off proscons__off" data-design="5" data-score-type="3" data-skin="1"><div class="lets-review-block lets-review-block__final-score lets-review-block__final-score-type-3 lets-review-block__pad score-level-8"><div class="score__wrap lr-all-c score__wrap__with__title" style="background:#67dad5; color: #fff"><div class="score-overlay-wrap score-overlay-wrap__icon"><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><div class="score-overlay" style="width:20%"></div></div><div class="score">4</div><div class="score__title lr-font-h"><p></p></div></div></div></div><script type="application/ld+json">{"@context": "http://schema.org/",
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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Emmanuel Finkiel<br><strong>NATIONALITÉ :</strong> France<br><strong>GENRE </strong>: Drame <strong> </strong><br><strong>AVEC : </strong> Swann Arlaud, Fabrizio Bentivoglio, Marilyne Canto<br><strong>DURÉE : </strong>1h40<br><strong>DISTRIBUTEUR : </strong>x<br><strong>SORTIE LE </strong>16 octobre 2026 sur ARTE</pre>
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		<title>Minotaure : la lente décomposition d’un homme et d’un monde</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Oct 2026 12:51:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Le Retour, Elena, Léviathan ou encore Faute d’amour, Andreï Zviaguintsev revient avec Minotaure, un film aussi sombre que fascinant, récompensé du Grand Prix au dernier Festival de Cannes. Le cinéaste russe retrouve avec cette libre adaptation (ou transposition) de La Femme infidèle de Claude Chabrol ce qui fait la force de son cinéma : des personnages enfermés dans un quotidien en apparence ordonné, mais dont les certitudes vont progressivement voler en éclats. Dans la Russie de 2022, Gleb, chef [&#8230;]</p>
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<p>Après <strong>Le Retour</strong>, <strong>Elena,</strong> <strong>Léviathan</strong> ou encore <strong>Faute d’amour</strong>, Andreï Zviaguintsev revient avec <strong>Minotaure</strong>, un film aussi sombre que fascinant, récompensé du Grand Prix au dernier Festival de Cannes. Le cinéaste russe retrouve avec cette libre adaptation (ou transposition) de <strong>La Femme infidèle</strong> de Claude Chabrol ce qui fait la force de son cinéma : des personnages enfermés dans un quotidien en apparence ordonné, mais dont les certitudes vont progressivement voler en éclats.</p>



<p>Dans la Russie de 2022, Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Alors que les difficultés professionnelles se multiplient dans un pays bouleversé par la guerre, l’équilibre familial se fissure à son tour. Ce qui semblait constituer une vie soigneusement construite va peu à peu se transformer en véritable cauchemar.</p>



<p>Toujours fidèle à son style, Zviaguintsev prend le temps d’installer son récit et ses personnages. Dès les premières scènes, quelque chose semble ne pas fonctionner dans cette famille pourtant privilégiée. La maison, confortable et protégée du monde extérieur, apparaît rapidement comme une sorte de huis clos dans lequel chacun dissimule ses frustrations, ses mensonges et ses désillusions. Derrière les apparences d’une réussite sociale parfaitement maîtrisée, le couple formé par Gleb et Galina est déjà profondément fragilisé.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Toujours fidèle à son style, Zviaguintsev prend le temps d’installer son récit et ses personnages.</p>
</blockquote>



<p>Le personnage de Gleb (impeccable Dmitriy Mazurov) est particulièrement intéressant car il concentre à lui seul une grande partie des contradictions du film. Chef d’entreprise habitué à décider, à contrôler et à résoudre les problèmes, il se retrouve confronté à une situation qu’il ne peut plus maîtriser. Les difficultés économiques, les pressions liées au contexte politique et militaire et les bouleversements qui touchent son entourage viennent progressivement remettre en cause la place qu’il pensait occuper. Son monde s&rsquo;effondre et, plutôt que d&rsquo;accepter cette perte de contrôle, il cherche constamment à reprendre la main. C’est précisément cette incapacité à renoncer à la maîtrise des événements qui va le conduire vers la violence. Le personnage est inquiétant parce qu’il n’est pas présenté comme un monstre dès le départ. C’est un homme ordinaire, pris dans ses habitudes, ses certitudes et ses contradictions, qui se transforme progressivement lorsque celles-ci sont menacées. Le titre <strong>Minotaure </strong>prend alors tout son sens : derrière l’homme civilisé et respectable se cache une part beaucoup plus brutale, qui ne demande qu’à surgir lorsque les repères disparaissent. Galina est tout aussi importante dans cette mécanique. Si elle semble d’abord occuper une place secondaire face à son mari, son personnage permet au cinéaste d’interroger les limites d’un couple qui ne fonctionne plus que sur les apparences. Leur relation est marquée par une profonde solitude et par cette incapacité à communiquer réellement. Ils vivent côte à côte sans véritablement parvenir à se comprendre. Les silences deviennent alors aussi importants que les dialogues.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong>Minotaure </strong>est aussi un film profondément ancré dans son époque. Le contexte de la Russie de 2022 n’est pas un simple décor</p>
</blockquote>



<p><strong>Minotaure </strong>est aussi un film profondément ancré dans son époque. Le contexte de la Russie de 2022 n’est pas un simple décor : il agit directement sur les personnages et sur leur existence. La guerre avec l’Ukraine et la mobilisation viennent bouleverser le monde professionnel de Gleb, mais également les rapports sociaux et les certitudes d’une classe aisée qui pensait pouvoir rester à l’écart des événements. Le cinéaste fait ainsi entrer progressivement la grande Histoire dans l’intimité familiale. C’est d’ailleurs l’une des grandes réussites du film : parvenir à faire dialoguer le politique et l’intime sans jamais donner l’impression d’assister à un discours démonstratif. La décomposition de cette famille répond à celle d’un système plus large. Les mêmes mécanismes de domination, de mensonge et de violence se retrouvent dans l’entreprise, dans la sphère familiale et dans la société. Gleb veut contrôler ses salariés comme il veut contrôler sa femme, et cherche à régler ses problèmes humains avec les mêmes méthodes que ses problèmes professionnels.</p>



<p>La mise en scène de Zviaguintsev impressionne encore par sa maîtrise. Le réalisateur refuse les effets faciles et privilégie une caméra extrêmement précise (comme dans la scène où le mari rencontre l’amant photographe dans son appartement), avec quelques mouvements d’appareil incroyables, qui observe ses personnages comme s’ils étaient enfermés dans leur propre existence. Les espaces deviennent progressivement oppressants et les cadres semblent se refermer sur eux. La photographie sombre, dominée par des teintes froides et ternes, accompagne parfaitement cette sensation d’étouffement. Il y a quelque chose de profondément tragique dans cette manière de filmer l’effondrement d’une existence. Comme dans ses précédents films, Zviaguintsev s’intéresse à des personnages qui pensent pouvoir continuer à vivre comme avant alors que tout autour d’eux est déjà en train de changer. Le film est porté par une atmosphère particulièrement pesante, que la mise en scène entretient durant plus de deux heures sans jamais relâcher complètement la tension. <strong>Minotaure</strong> est un film qui travaille par imprégnation.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>La mise en scène de Zviaguintsev impressionne encore par sa maîtrise.</p>
</blockquote>



<p>Le film peut parfois sembler très noir, presque désespéré, à l’image de sa mise en scène au scalpel mais c’est précisément cette noirceur qui lui donne sa force. Il ne cherche pas à expliquer ou à excuser ses personnages. Il observe leur chute avec une distance remarquable, laissant au spectateur le soin de comprendre comment un homme qui semble tout posséder peut progressivement perdre l’essentiel. La violence individuelle rejoint alors une violence collective, comme si l’une était finalement le reflet de l’autre.</p>



<p>Avec <strong>Minotaure</strong>, Andreï Zviaguintsev signe ainsi un retour particulièrement marquant. Un film sombre, tendu et profondément pessimiste, mais aussi d’une grande richesse, qui réussit à mêler l’intime et le politique sans jamais perdre de vue ses personnages.</p>


<div class="lets-review-block__wrap lets-review-block__wrap-10 lr-cf  lets-review--center lets-review-skin-1 lets-review-design-5 lets-review-ani-1 lets-review-score-type-3 lets-review-type- lets-review-score-type__icon conclusion__off proscons__off" data-design="5" data-score-type="3" data-skin="1"><div class="lets-review-block lets-review-block__final-score lets-review-block__final-score-type-3 lets-review-block__pad score-level-9"><div class="score__wrap lr-all-c score__wrap__with__title" style="background:#67dad5; color: #fff"><div class="score-overlay-wrap score-overlay-wrap__icon"><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><div class="score-overlay" style="width:10%"></div></div><div class="score">4.5</div><div class="score__title lr-font-h"><p></p></div></div></div></div><script type="application/ld+json">{"@context": "http://schema.org/",
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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Andreï Zviaguintsev<br><strong>NATIONALITÉ :</strong> France, Allemagne, Lettonie <br><strong>GENRE </strong>: Drame<br><strong>AVEC : </strong>Dmitriy Mazurov, Iris Lebedeva, Boris Kudrin<br><strong>DURÉE : </strong>2h21<br><strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Les Films du Losange<br><strong>SORTIE LE </strong>14 octobre 2026</pre>
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		<title>Qui vit encore : un documentaire nécessaire et profondément humain</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Xavier Affre]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2026 08:55:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CINEMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Qui vit encore, le réalisateur suisse Nicolas Wadimoff livre une œuvre engagée et d’une grande sobriété, consacrée au sort des Palestiniens de Gaza après les bombardements israéliens qui ont suivi les attaques du 7 octobre 2023. À travers les témoignages de neuf réfugiés, le cinéaste s’intéresse moins à la représentation spectaculaire de la guerre qu’à ses conséquences intimes, à la perte d’un monde et à la difficulté de continuer à vivre. La principale force du film réside dans sa [&#8230;]</p>
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<p>Avec <strong>Qui vit encore</strong>, le réalisateur suisse Nicolas Wadimoff livre une œuvre engagée et d’une grande sobriété, consacrée au sort des Palestiniens de Gaza après les bombardements israéliens qui ont suivi les attaques du 7 octobre 2023. À travers les témoignages de neuf réfugiés, le cinéaste s’intéresse moins à la représentation spectaculaire de la guerre qu’à ses conséquences intimes, à la perte d’un monde et à la difficulté de continuer à vivre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>La principale force du film réside dans sa volonté de redonner un visage et une voix à celles et ceux que l’actualité réduit trop souvent à des chiffres</p>
</blockquote>



<p>La principale force du film réside dans sa volonté de redonner un visage et une voix à celles et ceux que l’actualité réduit trop souvent à des chiffres. Ces femmes, ces hommes et ces enfants possédaient une maison, une famille, des amis, un travail, des habitudes, des rêves. Ils étaient profondément attachés à leur terre, à leurs rues, à leur quartier, qu’ils ont dû quitter pour échapper à l’enfer des bombardements.</p>



<p>En laissant ses protagonistes raconter leur existence d’avant, leurs pertes et leur exil, Nicolas Wadimoff leur rend toute leur humanité. Leurs récits sont bouleversants parce qu’ils sont intimes, parfois d’une simplicité désarmante. Il n’est nul besoin d’en rajouter, de souligner artificiellement l’horreur ou de recourir à des images insoutenables. Le film trouve une justesse dans cette écoute attentive, respectueuse, qui laisse aux témoins le temps de se raconter et de retrouver, à travers la parole, une part de leur identité. Ils ne sont plus des «&nbsp;fantômes&nbsp;» condamnés à errer (il est important de noter que le film, n&rsquo;ayant pu être tourné en Suisse ou en Europe, a été finalement tourné sur un plateau en Afrique du Sud, l&rsquo;un des rares pays permettant aux Palestiniens d&rsquo;entrer sans visa).</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Sur le sol d’un plateau, une carte de Gaza est dessinée à la peinture, tandis que les participants viennent se situer dans les quartiers où ils ont vécu</p>
</blockquote>



<p>La forme choisie est également intéressante. Sur le sol d’un plateau, une carte de Gaza est dessinée à la peinture, tandis que les participants viennent se situer dans les quartiers où ils ont vécu. Ce dispositif évoque, dans un autre contexte, celui de <strong>Dogville</strong>, de Lars von Trier, où les lieux et les maisons étaient matérialisés par de simples tracés au sol. Ici, cette représentation dépouillée prend une dimension particulière : il s’agit de faire exister un territoire dont les habitants ont été arrachés et dont une grande partie a été ravagée. À défaut de pouvoir retrouver leurs maisons, les témoins peuvent au moins en dessiner les contours, les nommer et les faire revivre par le souvenir. La mémoire devient ainsi une manière de résister à l’effacement. Le documentaire s’attache alors à préserver ce qui demeure, à savoir une identité, une culture, un attachement viscéral à la terre et aux autres.</p>



<p>Pour autant, si le film séduit par son dispositif initial et touche profondément par la sincérité de ses témoignages, il n’est pas exempt de quelques limites. Après un début particulièrement intéressant, la partie centrale semble trop statique. Les récits des neuf Gazaouis sont certes bouleversants, mais la mise en scène finit parfois par se faire oublier, au risque de donner une impression de répétition. Il est dommage que les lieux dessinés au sol, qui constituent pourtant une excellente idée de cinéma, ne soient pas davantage investis au fil des témoignages. On aurait aimé que ces espaces prennent une place plus active dans le récit, que les déplacements des protagonistes, leurs gestes et leurs interactions permettent de faire surgir plus concrètement les souvenirs évoqués. Le dispositif, prometteur, aurait sans doute gagné à être davantage exploité dans sa dimension visuelle et collective. Cette réserve ne remet toutefois pas en cause la pertinence du projet. En cela, <strong>Qui vit encore</strong> constitue un complément indispensable à <strong><a href="https://movierama.fr/naza-inhumain-trop-inhumain/">Naza</a></strong>, qui s&rsquo;intéresse, de son côté, aux témoignages de militaires et de membres des services de renseignement israéliens impliqués dans les opérations à Gaza. Là où ce dernier interroge les mécanismes de la guerre et la responsabilité de ceux qui la conduisent, le film de Nicolas Wadimoff nous ramène à celles et ceux qui en subissent les conséquences. Deux démarches différentes, mais complémentaires, qui permettent d&rsquo;appréhender la tragédie sous des angles distincts et de mesurer toute l&rsquo;ampleur de la déshumanisation à l&rsquo;œuvre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Il est dommage que les lieux dessinés au sol, qui constituent pourtant une excellente idée de cinéma, ne soient pas davantage investis au fil des témoignages</p>
</blockquote>



<p>Sans pathos excessif, mais avec une réelle force émotionnelle, Nicolas Wadimoff signe ainsi un documentaire nécessaire, profondément humain et dont la portée dépasse largement les quelques limites formelles. À l&rsquo;heure où les images de guerre se succèdent et finissent parfois par anesthésier notre regard, il est salutaire de prendre le temps d&rsquo;écouter celles et ceux qui ont tout perdu.</p>



<p></p>


<div class="lets-review-block__wrap lets-review-block__wrap-10 lr-cf  lets-review--center lets-review-skin-1 lets-review-design-5 lets-review-ani-1 lets-review-score-type-3 lets-review-type- lets-review-score-type__icon conclusion__off proscons__off" data-design="5" data-score-type="3" data-skin="1"><div class="lets-review-block lets-review-block__final-score lets-review-block__final-score-type-3 lets-review-block__pad score-level-7"><div class="score__wrap lr-all-c score__wrap__with__title" style="background:#67dad5; color: #fff"><div class="score-overlay-wrap score-overlay-wrap__icon"><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><div class="score-overlay" style="width:30%"></div></div><div class="score">3.5</div><div class="score__title lr-font-h"><p></p></div></div></div></div><script type="application/ld+json">{"@context": "http://schema.org/",
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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Nicolas Wadimoff <br><strong>NATIONALITÉ :</strong> Suisse, France, Palestine<br><strong>GENRE </strong>: Documentaire<br><strong>AVEC : </strong>les témoignages de neufs réfugiés gazaouis<br><strong>DURÉE : </strong>1h54<br><strong>DISTRIBUTEUR : </strong> Una Mattina Films <br><strong>SORTIE LE </strong>14 octobre 2026</pre>
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		<title>Butterfly Jam : le rendez-vous manqué de Balagov</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Xavier Affre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 09:19:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CINEMA]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques CINEMA]]></category>
		<category><![CDATA[Festival de Cannes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le retour du cinéaste russe Kantemir Balagov sur la Croisette était l’un des événements de ce début d’édition cannoise, après les très remarqués (et remarquables) Tesnota (Prix Fipresci Un Certain Regard en 2017) et Une Grande fille (Prix de la mise en scène Un Certain Regard en 2019). Ces deux œuvres avaient en effet révélé un cinéaste au regard singulier, capable d’allier une puissance plastique sidérante à une véritable profondeur émotionnelle. Loin de confirmer (et même d’amplifier) cette tendance, le [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Le retour du cinéaste russe Kantemir Balagov sur la Croisette était l’un des événements de ce début d’édition cannoise, après les très remarqués (et remarquables) <strong>Tesnota</strong> (Prix Fipresci Un Certain Regard en 2017) et <strong>Une Grande fille</strong> (Prix de la mise en scène Un Certain Regard en 2019). Ces deux œuvres avaient en effet révélé un cinéaste au regard singulier, capable d’allier une puissance plastique sidérante à une véritable profondeur émotionnelle. Loin de confirmer (et même d’amplifier) cette tendance, le résultat, ici, n’est malheureusement pas à la hauteur et, il faut l’avouer, la déception est grande, tant le film semble incapable de retrouver la justesse qui faisait toute la force de ses précédents travaux.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Le résultat, ici, n’est malheureusement pas à la hauteur et, il faut l’avouer, la déception est grande</p>
</blockquote>



<p>Dans le New Jersey, un adolescent de 16 ans surnommé « Pyteh » partage son temps entre les tapis de lutte et le petit restaurant tcherkesse de sa famille, au bord de la faillite. Mais une décision impulsive de son père, éternel opportuniste, vient bouleverser sa trajectoire — façonnant peu à peu un récit de fierté, d’héritage et de masculinité.</p>



<p>Sur le papier, le sujet avait tout pour nourrir un grand mélodrame contemporain : le poids des traditions, les injonctions à la virilité, la difficulté de l’émancipation, les fractures de l’exil et de l’héritage culturel. Autant de thèmes que Balagov a déjà approchés par le passé avec subtilité. Pourtant, <strong>Butterfly Jam</strong> ne parvient jamais réellement à donner chair à ces enjeux. Le principal problème du film réside sans doute dans son écriture. Là où <strong>Une grande fille</strong> trouvait une intensité bouleversante dans les silences, les regards et les non-dits, <strong>Butterfly Jam</strong> paraît au contraire constamment souligner ses intentions. Chaque scène semble chargée d’une importance excessive, comme si le cinéaste voulait absolument signifier la gravité de son propos. Le résultat est un récit pesant, parfois artificiel, où les personnages peinent à exister vraiment (même si le personnage du jeune adolescent est intéressant). Les conflits familiaux, les accès de violence ou les moments d’intimité finissent par se répéter sans véritable progression dramatique, donnant au film une sensation d’étirement assez laborieuse.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong>Butterfly Jam</strong> paraît au contraire constamment souligner ses intentions. </p>
</blockquote>



<p>Cette impression est d’autant plus frustrante que l’on retrouve par intermittence des éclats du grand cinéaste qu’est Balagov. Le travail sur les couleurs, les textures et les cadres témoigne encore d’un sens aigu de la composition (notamment lors des séquences nocturnes). Néanmoins, cette maîtrise formelle finit paradoxalement par accentuer les limites du film : la beauté des images semble parfois fonctionner en vase clos, détachée de toute véritable nécessité émotionnelle.</p>



<p>De la même manière, la direction d’acteurs reste intéressante, au vu des conditions de production). Le jeune interprète principal apporte une forme de fragilité intéressante à son personnage, tandis que les figures parentales dégagent une tension sourde permanente. Cependant, même les comédiens semblent prisonniers d’un dispositif qui privilégie constamment l’intensité démonstrative au détriment de la spontanéité. Le cinéaste intensifie un côté doloriste même qui devient assez désagréable, avec la volonté affichée de faire surgir le malaise ou la douleur à chaque instant (la scène de viol).</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Surtout, <strong>Butterfly Jam</strong> donne parfois l’impression d’un cinéma qui se regarde lui-même, paraissant plus fabriqué, plus théorique, trop appliqué</p>
</blockquote>



<p>Surtout, <strong>Butterfly Jam</strong> donne parfois l’impression d’un cinéma qui se regarde lui-même, paraissant plus fabriqué, plus théorique, trop appliqué. On pense, par moments, au modèle du film indépendant américain type «&nbsp;Sundance&nbsp;». Le cinéaste continue manifestement de vouloir explorer les corps enfermés, les héritages traumatiques et les rapports de domination, mais sans parvenir cette fois à renouveler son approche ni à insuffler une véritable vie à son récit, à l&rsquo;image des séquences « fantastiques » qui ne fonctionnent pas vraiment.</p>



<p>En définitive, malgré quelques belles scènes, <strong>Butterfly Jam</strong> demeure trop démonstratif, trop étiré et pas très convaincant. Difficile de ne pas ressortir du film avec le sentiment d’un rendez-vous manqué de la part d’un cinéaste dont on attendait beaucoup plus.</p>


<div class="lets-review-block__wrap lets-review-block__wrap-10 lr-cf  lets-review--center lets-review-skin-1 lets-review-design-5 lets-review-ani-1 lets-review-score-type-3 lets-review-type- lets-review-score-type__icon conclusion__off proscons__off" data-design="5" data-score-type="3" data-skin="1"><div class="lets-review-block lets-review-block__final-score lets-review-block__final-score-type-3 lets-review-block__pad score-level-4"><div class="score__wrap lr-all-c score__wrap__with__title" style="background:#67dad5; color: #fff"><div class="score-overlay-wrap score-overlay-wrap__icon"><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><div class="score-overlay" style="width:60%"></div></div><div class="score">2</div><div class="score__title lr-font-h"><p></p></div></div></div></div><script type="application/ld+json">{"@context": "http://schema.org/",
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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Kantemir Balagov<br><strong>NATIONALITÉ :</strong> France, USA<br><strong>GENRE </strong>: Drame<br><strong>AVEC : </strong>Barry Keoghan, Riley Keough, Harry Melling<br><strong>DURÉE : </strong>1h42<br><strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Le Pacte<br><strong>SORTIE </strong>7 octobre 2026 </pre>
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		<title>Le Chant des oliviers : un hommage convenu mais sincère à la culture maltaise</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Xavier Affre]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2026 11:03:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CINEMA]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques CINEMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Le Chant des oliviers, Alex Camilleri poursuit son exploration de Malte entamée avec Luzzu (sorti en salle en 2021), dans un film attachant évoquant une tradition musicale méconnue : le għana, un chant populaire ancestral fondé notamment sur l’improvisation et les joutes verbales. À travers le parcours de Mar, une jeune femme qui souhaite quitter son île après la mort de sa mère, le réalisateur explore les liens complexes que nous entretenons avec nos origines, notre héritage et un [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Avec <strong>Le Chant des oliviers</strong>, Alex Camilleri poursuit son exploration de Malte entamée avec <strong>Luzzu</strong> (sorti en salle en 2021), dans un film attachant évoquant une tradition musicale méconnue : le għana, un chant populaire ancestral fondé notamment sur l’improvisation et les joutes verbales. À travers le parcours de Mar, une jeune femme qui souhaite quitter son île après la mort de sa mère, le réalisateur explore les liens complexes que nous entretenons avec nos origines, notre héritage et un passé dont on ne parvient pas toujours à se détacher.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p> Le film suit ainsi un cheminement prévisible, celui d’une jeune femme qui apprend à regarder autrement le pays qu’elle voulait fuir.</p>
</blockquote>



<p>Le point de départ est assez classique. Alors qu’elle s’apprête à partir, Mar découvre qu’elle hérite de plusieurs terrains et se lance dans une quête qui va progressivement bouleverser ses certitudes. Sa rencontre avec Nenu, un chanteur attaché à la préservation du għana, constitue le cœur du récit. Entre eux se noue une relation singulière, faite de confrontations, de curiosité et d’un rapprochement qui s’opère peu à peu par la musique. Le film suit ainsi un cheminement prévisible, celui d’une jeune femme qui apprend à regarder autrement le pays qu’elle voulait fuir.</p>



<p>C’est sans doute là que le film montre ses limites. Alex Camilleri emprunte parfois des chemins narratifs balisés, avec une évolution des personnages et une réconciliation avec les origines dont on devine assez facilement l’issue. Certaines situations paraissent un peu scolaires, comme si le récit cherchait à souligner ses intentions plutôt qu’à laisser les émotions se développer librement. Le scénario manque parfois de surprises et la progression dramatique reste assez convenue. On aurait aimé davantage d’aspérités, de nuances ou d’ambiguïtés, afin que le cheminement intérieur de Mar gagne en profondeur et échappe à certains automatismes du film d’apprentissage.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong>Le Chant des Oliviers</strong> rappelle ainsi simplement que l’héritage ne se résume pas à ce que l’on reçoit matériellement</p>
</blockquote>



<p>Pour autant, <strong>Le Chant des oliviers</strong> ne manque pas de charme. Sa sincérité est indéniable et l’on sent qu’Alex Camilleri porte un véritable intérêt à la culture qu’il filme. Le għana n’est pas simplement un élément folklorique destiné à donner une couleur locale au récit. Ces duels chantés, où les mots deviennent des armes autant qu’un moyen d’expression, apportent au film une énergie et une singularité bienvenues. Ces séquences offrent d’ailleurs les plus beaux moments d’un film qui aborde la question de la transmission. À travers Nenu, dépositaire d’un savoir qui risque de se perdre, le film évoque la fragilité des traditions et la nécessité de les faire vivre pour qu’elles ne deviennent pas de simples souvenirs. <strong>Le Chant des Oliviers</strong> rappelle ainsi simplement que l’héritage ne se résume pas à ce que l’on reçoit matériellement. Il comprend aussi des gestes, une langue, des histoires et des pratiques qui nous relient aux autres.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Sans être pleinement convaincant sur le plan narratif, Alex Camilleri livre donc un long métrage agréable et généreux</p>
</blockquote>



<p>La découverte de Malte participe également au plaisir du visionnage, l’île devenant un territoire chargé de mémoire, où les paysages racontent quelque chose de l’identité de ses habitants. Une certaine curiosité pour cette culture se fait ressentir tout comme l’attachement du réalisateur à son pays.</p>



<p><strong>Le Chant des oliviers</strong> apparait comme une œuvre imparfaite, parfois trop sage et prévisible, mais dont les qualités finissent par l’emporter sur les réserves. Sans être pleinement convaincant sur le plan narratif, Alex Camilleri livre donc un long métrage agréable et généreux, qui trouve sa plus belle raison d’être dans son hommage au għana et dans cette idée simple, mais universelle, que l’on peut vouloir s’éloigner de ses racines sans jamais parvenir à s’en détacher complètement.</p>



<p></p>


<div class="lets-review-block__wrap lets-review-block__wrap-10 lr-cf  lets-review--center lets-review-skin-1 lets-review-design-5 lets-review-ani-1 lets-review-score-type-3 lets-review-type- lets-review-score-type__icon conclusion__off proscons__off" data-design="5" data-score-type="3" data-skin="1"><div class="lets-review-block lets-review-block__final-score lets-review-block__final-score-type-3 lets-review-block__pad score-level-6"><div class="score__wrap lr-all-c score__wrap__with__title" style="background:#67dad5; color: #fff"><div class="score-overlay-wrap score-overlay-wrap__icon"><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><div class="score-overlay" style="width:40%"></div></div><div class="score">3</div><div class="score__title lr-font-h"><p></p></div></div></div></div><script type="application/ld+json">{"@context": "http://schema.org/",
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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Alex Camilleri<br><strong>NATIONALITÉ :</strong> Malte, Allemagne, Qatar<br><strong>GENRE </strong>: Comédie dramatique<br><strong>AVEC : </strong>Michela Farrugia, Nenu Borg, Michael Azzopardi<br><strong>DURÉE : </strong>1h48<br><strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Epicentre Films<br><strong>SORTIE LE </strong>30 septembre 2026</pre>
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		<title>Hautes solitudes, Jean Zay prisonnier politique : derrière les barreaux, la grandeur d’un homme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Xavier Affre]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 11:50:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CINEMA]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques CINEMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des hommes politiques dont l’œuvre dépasse largement leur époque, et dont le destin tragique rappelle combien les idéaux républicains peuvent être fragiles lorsque l’Histoire bascule. Jean Zay est de ceux-là. Figure majeure du Front populaire (aux côtés de Léon Blum ou Roger Salengro), ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts, il a consacré son engagement à l’émancipation par l’école et la culture, avant de devenir une victime du régime de Vichy. Avec Hautes Solitudes, Jean Zay prisonnier politique, [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Il est des hommes politiques dont l’œuvre dépasse largement leur époque, et dont le destin tragique rappelle combien les idéaux républicains peuvent être fragiles lorsque l’Histoire bascule. Jean Zay est de ceux-là. Figure majeure du Front populaire (aux côtés de Léon Blum ou Roger Salengro), ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts, il a consacré son engagement à l’émancipation par l’école et la culture, avant de devenir une victime du régime de Vichy. Avec <strong>Hautes Solitudes, Jean Zay prisonnier politique</strong>, récompensé par le Grand Prix des Rendez-vous de l’Histoire de Blois, Laurent Véray, historien de formation, signe un documentaire aussi dense que bouleversant, qui délaisse le récit biographique classique pour explorer, à travers les écrits de prison, l’intériorité d’un homme privé de liberté mais jamais de pensée. Un portrait d’une résonance singulière aujourd’hui.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Un portrait d’une résonance singulière aujourd’hui.</p>
</blockquote>



<p>Conseiller général du Loiret, député, sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil, puis ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts sous le Front populaire, Jean Zay fut un républicain de gauche visionnaire, dont l’œuvre demeure considérable. Un homme qui avait compris, bien avant beaucoup d’autres, que l’éducation et la culture sont indissociables, et que leur démocratisation constitue un pilier essentiel de la République. Quelle sublime idée, d’ailleurs, que d’associer ces deux domaines au sein d’un même ministère ! Son action a profondément marqué l’école et la recherche françaises : unification des programmes, prolongation de l’obligation scolaire, classes d’orientation, enseignements interdisciplinaires, reconnaissance de l’apprentissage, développement du sport à l’école, soutien aux œuvres universitaires et création du CNRS. Dans le domaine culturel, il est également à l’origine d’initiatives majeures, parmi lesquelles le Musée national des arts et traditions populaires, le Musée d’Art moderne ou encore le projet d’un festival international du film à Cannes, dont la première édition, prévue en 1939, ne pourra se tenir en raison de la guerre. Autant de réalisations qui témoignent d’une ambition politique rare, au service de l’intelligence, de la connaissance et de l’émancipation.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Le film fait de la cellule un espace-temps suspendu, une solitude immense dans laquelle les souvenirs, les réflexions et les écrits deviennent les derniers territoires de liberté.</p>
</blockquote>



<p>Mais c’est à l’homme derrière le ministre que Laurent Véray choisit de s’intéresser. Au républicain de gauche, juif et franc-maçon, qui avait refusé de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Arrêté en 1940, détenu pendant quatre ans, Jean Zay devient un prisonnier politique, victime d’une entreprise de déshumanisation méthodique (un statut qui lui permettra d’écrire et de voir sa famille mais qu’on lui retirera plus tard). Le film fait de la cellule un espace-temps suspendu, une solitude immense dans laquelle les souvenirs, les réflexions et les écrits deviennent les derniers territoires de liberté. À travers ses lettres (notamment adressées à sa femme et ses enfants) et son journal de captivité (qui sera publié en 1945 sous le titre <em>Souvenirs et solitude</em>), lus par Éric Caravaca, se dessine un voyage intérieur d&rsquo;une profondeur bouleversante. Jean Zay se raconte, revisite son passé, s&rsquo;interroge sur lui-même et sur le monde qui l&rsquo;entoure. La littérature devient alors une manière de résister, de préserver sa dignité et de continuer à penser quand tout est organisé pour briser un homme.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Le destin de cet homme est d&rsquo;autant plus tragique qu&rsquo;il sera finalement assassiné par des miliciens, le 20 juin 1944, sur ordre du régime de Vichy.</p>
</blockquote>



<p>C’est d’ailleurs la grande force d’un documentaire dont la matière est moins visuelle que littéraire. Laurent Véray ne cherche pas à reconstituer artificiellement le destin de Jean Zay. Il donne à entendre sa voix, sa pensée, son intelligence, son humanité. Les archives de propagande viennent ponctuer ce récit intime, révélant, avec un cynisme absolu, la mécanique par laquelle un régime autoritaire fabrique ses ennemis, justifie leur incarcération et transforme ses adversaires politiques en coupables. Le contraste est saisissant entre la dignité des écrits de Jean Zay et la violence des discours qui ont accompagné sa persécution. Le destin de cet homme est d&rsquo;autant plus tragique qu&rsquo;il sera finalement assassiné par des miliciens, le 20 juin 1944. Son corps sera jeté dans la crevasse du Puits-du-Diable. Trois ans seront nécessaires pour le retrouver et l’identifier. Et plusieurs décennies pour que sa mémoire retrouve pleinement sa place dans le récit national. Ses cendres seront, en effet, transférées au Panthéon en 2015, reconnaissance tardive d&rsquo;un homme qui avait consacré sa vie à la République.</p>



<p>Il est difficile de ne pas voir dans ce documentaire autre chose qu&rsquo;un simple travail de mémoire. À l&rsquo;heure où la gauche républicaine semble avoir perdu une partie de ses repères, où l&rsquo;ambition intellectuelle et l&rsquo;exigence éducative paraissent parfois reléguées au second plan, redécouvrir Jean Zay à travers ses écrits et son parcours est particulièrement salutaire. Non pour idéaliser le passé, mais pour mesurer ce que peut être une politique guidée par des convictions, une vision de long terme et une véritable foi dans l&rsquo;émancipation par l&rsquo;éducation et la culture.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>redécouvrir Jean Zay à travers ses écrits et son parcours est particulièrement salutaire.</p>
</blockquote>



<p>Une œuvre dense, profonde et nécessaire, qui redonne chair à un grand républicain et nous rappelle que les idées peuvent survivre à ceux qui ont voulu les faire taire. Un très bel hommage à un homme dont la pensée, la lucidité et le courage méritent d&rsquo;être lus, transmis et médités.</p>


<div class="lets-review-block__wrap lets-review-block__wrap-10 lr-cf  lets-review--center lets-review-skin-1 lets-review-design-5 lets-review-ani-1 lets-review-score-type-3 lets-review-type- lets-review-score-type__icon conclusion__off proscons__off" data-design="5" data-score-type="3" data-skin="1"><div class="lets-review-block lets-review-block__final-score lets-review-block__final-score-type-3 lets-review-block__pad score-level-8"><div class="score__wrap lr-all-c score__wrap__with__title" style="background:#67dad5; color: #fff"><div class="score-overlay-wrap score-overlay-wrap__icon"><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><div class="score-overlay" style="width:20%"></div></div><div class="score">4</div><div class="score__title lr-font-h"><p></p></div></div></div></div><script type="application/ld+json">{"@context": "http://schema.org/",
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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Laurent Véray<br><strong>NATIONALITÉ :</strong> France<br><strong>GENRE </strong>: Documentaire<strong> </strong><br><strong>AVEC : </strong>la voix d'Eric Caravaca<br><strong>DURÉE : </strong>1h38<br><strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Les Films de l'Atalante<br><strong>SORTIE LE </strong>23 septembre 2026</pre>
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		<title>Écrire la vie &#8211; Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens : la littérature selon Claire Simon</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Xavier Affre]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 11:45:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CINEMA]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques CINEMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis plusieurs années, Claire Simon s’intéresse aux individus, à leur parole et à ces lieux où se croisent des trajectoires très différentes (à l’image du sublime Notre corps). Avec Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens, la réalisatrice choisit pourtant de ne pas faire le portrait classique d’une écrivaine. Annie Ernaux, figure majeure de la littérature contemporaine et première écrivaine française à recevoir le prix Nobel de littérature, est bien au centre du film, [&#8230;]</p>
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<p>Depuis plusieurs années, Claire Simon s’intéresse aux individus, à leur parole et à ces lieux où se croisent des trajectoires très différentes (à l’image du sublime <strong>Notre corps</strong>). Avec <strong>Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens</strong>, la réalisatrice choisit pourtant de ne pas faire le portrait classique d’une écrivaine. Annie Ernaux, figure majeure de la littérature contemporaine et première écrivaine française à recevoir le prix Nobel de littérature, est bien au centre du film, mais elle reste finalement en retrait. Claire Simon préfère observer ce que ses textes provoquent chez celles et ceux qui les lisent aujourd’hui, en donnant la parole à des lycéennes et des lycéens venus de différents horizons, de Cayenne à Sarcelles.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>À travers leurs discussions, leurs réactions et leurs propres récits, ce sont les élèves qui deviennent les véritables personnages du film</p>
</blockquote>



<p>Le dispositif est particulièrement intéressant parce qu’il évite, dans un premier temps, le traditionnel documentaire consacré à une personnalité reconnue. Pas de succession de spécialistes, pas de portrait chronologique construit autour de sa carrière ou de ses récompenses. À travers leurs discussions, leurs réactions et leurs propres récits, ce sont les élèves qui deviennent les véritables personnages du film. La cinéaste cherche à comprendre comment une œuvre aussi intimement liée à l’expérience personnelle peut être reçue par une génération nouvelle. Les textes d’Ernaux deviennent alors un point de départ, presque un prétexte, pour faire émerger d’autres histoires.</p>



<p>C’est évidemment l’un des grands intérêts du film. Annie Ernaux a toujours travaillé sur cette frontière entre l’intime et le collectif, en transformant des souvenirs personnels en matière littéraire et en faisant de son propre parcours un miroir des transformations sociales. Claire Simon reprend finalement ce principe : à partir des livres d’une écrivaine, elle fait surgir les expériences de jeunes gens qui parlent de leur famille, de leur milieu social, de leur rapport au corps, à l’amour, aux études ou encore aux différences de classe. La littérature devient quelque chose qui peut être discuté, contesté, rapproché de sa propre vie et parfois même remis en question.</p>



<p>En faisant entendre des voix venant de territoires et de milieux différents, le film évite de présenter « la jeunesse » comme un bloc homogène. Les réactions aux textes d’Annie Ernaux varient selon les parcours et les expériences, et c’est précisément dans ces écarts que le documentaire trouve une partie de sa richesse. Un même texte peut être reçu très différemment selon celui ou celle qui le lit. Le film est également intéressant par la place qu’il accorde à la parole. Comme dans plusieurs documentaires de Claire Simon, ce sont les échanges, les silences, les hésitations et les réactions spontanées qui donnent sa matière au récit. Les lycéens ne sont pas uniquement là pour commenter l’œuvre d’Annie Ernaux : progressivement, ils racontent leur propre vie. Ce glissement est parfois très beau, parce qu’il montre concrètement ce que peut produire la lecture d’un texte.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>à partir des livres d’une écrivaine, elle fait surgir les expériences de jeunes gens qui parlent de leur famille, de leur milieu social, de leur rapport au corps, à l’amour, aux études ou encore aux différences de classe</p>
</blockquote>



<p>Cependant, il y a quelque chose d’un peu inégal dans les témoignages. Certains échanges sont particulièrement justes et touchants, parce qu’ils font apparaître une véritable rencontre entre une œuvre et une expérience personnelle. D’autres conversations semblent davantage illustratives et donnent parfois le sentiment que le film cherche à faire passer un message sur la jeunesse, les inégalités ou l’émancipation plutôt qu’à simplement laisser les élèves parler. C’est sans doute là que le dispositif, pourtant séduisant sur le papier, montre ses limites. Il reste néanmoins quelque chose de profondément cohérent dans la démarche de Claire Simon. En donnant la parole à ceux qui lisent Ernaux plutôt qu’en multipliant les commentaires sur celle qui écrit, la réalisatrice rappelle que la littérature appartient aussi à ceux qui la reçoivent.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>D’autres conversations semblent davantage illustratives et donnent parfois le sentiment que le film cherche à faire passer un message sur la jeunesse, les inégalités ou l’émancipation</p>
</blockquote>



<p>Le film pose ainsi une question assez simple mais essentielle : qu’est-ce qu’une œuvre littéraire peut encore nous dire lorsqu’elle rencontre une génération qui n’a pas vécu les mêmes expériences que son auteure ? La réponse de Claire Simon n’est pas théorique. Elle passe par les visages, les discussions et les récits de ces jeunes qui, à leur tour, mettent des mots sur leur propre existence. C’est probablement lorsque le documentaire devient un film sur la transmission, la lecture et la possibilité de se reconnaître dans l’histoire de quelqu’un d’autre qu’il est convaincant.</p>



<p><strong>Écrire la vie</strong> est donc un documentaire au dispositif original et pertinent, dans lequel Claire Simon réussit à faire de la littérature d’Annie Ernaux un espace de dialogue entre des générations et des milieux différents. Le film possède une vraie sincérité dans sa manière de faire entendre cette jeunesse et de montrer comment elle s’approprie une écriture pourtant très personnelle.</p>


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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Claire Simon<br><strong>NATIONALITÉ :</strong> France<br><strong>GENRE </strong>: Documentaire<br><strong>AVEC : </strong>Les élèves d'établissements scolaires de Cayenne à Sarcelles<br><strong>DURÉE : </strong>1h30<br><strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Survivance<br><strong>SORTIE LE </strong>23 septembre 2026</pre>
<p>L’article <a href="https://movierama.fr/ecrire-la-vie-annie-ernaux-racontee-par-des-lyceennes-et-des-lyceennes-la-litterature-selon-claire-simon/">Écrire la vie &#8211; Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens : la littérature selon Claire Simon</a> est apparu en premier sur <a href="https://movierama.fr">MovieRama</a>.</p>
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