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	<title>Sacha Leclere, auteur/autrice sur MovieRama</title>
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	<title>Sacha Leclere, auteur/autrice sur MovieRama</title>
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		<title>Cassandre : montrer l’indicible</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sacha Leclere]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Apr 2025 19:51:40 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Cassandre, son premier long-métrage, Hélène Merlin livre une œuvre profondément personnelle. Venue du théâtre, de la radio et du reportage, la réalisatrice avait déjà attiré l’attention dès 2022, lorsque le projet — alors intitulé Cavale — était sélectionné par Mubi parmi les meilleurs scénarios féminins au Festival de Cannes. Depuis sa sortie, le film a été salué en France, recevant notamment le Prix du Jury à Villefranche Beaujolais Saône et le Prix Jeune Public à Quimper. Inspiré de l’enfance [&#8230;]</p>
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<p>Avec <strong>Cassandre</strong>, son premier long-métrage, Hélène Merlin livre une œuvre profondément personnelle. Venue du théâtre, de la radio et du reportage, la réalisatrice avait déjà attiré l’attention dès 2022, lorsque le projet — alors intitulé <strong>Cavale</strong> — était sélectionné par Mubi parmi les meilleurs scénarios féminins au Festival de Cannes. Depuis sa sortie, le film a été salué en France, recevant notamment le Prix du Jury à Villefranche Beaujolais Saône et le Prix Jeune Public à Quimper. Inspiré de l’enfance d’Hélène Merlin, <strong>Cassandre</strong> relève un pari délicat : mettre des mots — et, plus difficile encore, des images — sur l’inceste. Elle évite tout pathos en optant pour une comédie noire, ponctuée de poésie et d’humour. Cette tension entre gravité du sujet et légèreté formelle donne au film une richesse singulière. Mais la complexité de l’œuvre ne tient pas qu’à son ton : elle s’incarne aussi dans ses personnages, qui échappent aux figures binaires de la victime et du bourreau, au profit de portraits ambigus, souvent déroutants, mais profondément humains. Alors, comment <strong>Cassandre</strong> parvient-il à s’ancrer dans le réel tout en donnant forme et voix à l’indicible ?</p>



<p>Été 1998, Cassandre revient, comme chaque année, chez ses parents après son année scolaire en pensionnat. Son frère, qui poursuit ses études aux États-Unis, les rejoint pour les vacances. Dans ce cadre familier, Cassandre remarque un changement chez lui : il semble avoir mûri et porte désormais un regard différent sur son corps d’adolescente, lui aussi transformé au fil de l’année. Lorsqu’il commet l’impensable, les dysfonctionnements familiaux se révèlent, plongeant Cassandre dans le silence et l’isolement. Heureusement, cet été marque également sa découverte d’un nouveau centre hippique, un lieu qui lui offre une échappée vers un autre univers.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Hélène Merlin signe un premier long-métrage courageux, abordant un sujet tabou sans pathos ni voyeurisme, grâce à une proposition artistique aussi belle que singulière</p>
</blockquote>



<p>Ce film est avant tout une proposition artistique audacieuse au service d’un sujet particulièrement délicat : l’inceste. Sans jamais tomber dans le voyeurisme, la réalisatrice choisit la voie de la suggestion et de la poésie pour aborder le drame, mêlant les registres et introduisant des respirations poétiques et comiques qui viennent alléger la tension. Porté par la voix off de la protagoniste adulte, le récit prend des airs de fable tendre et distanciée. À l’écran, cette histoire s’incarne dans des marionnettes animées par la narratrice elle-même, métaphore ingénieuse de l’indicible. Cette mise en scène singulière permet d’exprimer l’intime, en particulier le lien entre Cassandre et l’enfant qu’elle fut, qu’elle tente de consoler à travers les gestes simples que sa famille ne lui a pourtant jamais offerts. Ce lien entre passé et présent est d&rsquo;une grande émotion. Le film joue également avec un registre comique, notamment à travers ses personnages secondaires décalés et parfois ridicules, dont on se moque avec tendresse. Les moments passés au centre équestre introduisent quant à eux des échappées plus lumineuses. L’univers visuel et sonore du film participe pleinement à cette approche singulière : la bande originale, pensée comme un opéra intime, signée Delphine Malaussena, accompagne les émotions de Cassandre par des variations d’un même thème musical, tandis que la caméra adopte un langage très sensoriel. Ainsi, lors d’un fantasme de l’adolescente qui s’imagine soudainement embrasser son professeur d’équitation, l’image se transforme brutalement : la colorimétrie devient saturée, kitsch et dorée – nous plongeant dans l’imaginaire pop et naïf de la jeune fille. À d’autres moments, c’est par un kaléidoscope que l’on perçoit Cassandre, à travers les yeux troublés de son frère, dont le désir déplacé se traduit visuellement par une image morcelée, confuse, distordue. Lors d’une scène particulièrement marquante, le rideau de douche agit comme un filtre symbolique entre eux, révélant le trouble de ce regard interdit. Face aux scènes les plus dures – celles des viols incestueux – la mise en scène se fait pudique, détournant le regard sans nier la violence. L’une des séquences les plus frappantes montre Cassandre nue, de dos, tandis que les grésillements d’un poste de télévision viennent se projeter sur sa peau, traduisant par l’image le brouillard mental et la dissonance de l’instant. Enfin, tout le film est traversé par une esthétique très marquée, empruntant aux années 1990 une texture granuleuse qui évoque l’argentique, donnant à la campagne française et au manoir familial un caractère beau et nostalgique. Cette esthétique rétro, jusque dans les objets de l’adolescence de Cassandre – sa chambre, ses vêtements – participe à l’élaboration d’un monde sensible, profondément incarné. C’est un film d’une grande beauté plastique, où chaque choix formel vient servir avec justesse la puissance du propos.</p>



<p>Le point fort de ce film est qu’il aborde avec intelligence et sensibilité le tabou ultime qu’est l’inceste, ouvrant une conversation essentielle pour notre société. Le film, bien que profondément dérangeant et difficile à regarder, captive par la lenteur avec laquelle il dévoile les dysfonctionnements de cette famille. Dès les premières scènes, un malaise s’installe, nous plongeant dans l’incertitude, à l’image de ce que ressent le personnage principal. Dans une scène, les deux adolescents se baignent nus ensemble, suggérant une tension sexuelle du frère envers sa sœur, sans que l’on en comprenne bien les tenants et les aboutissants.&nbsp;Au-delà de leur relation, l’atmosphère familiale brouille les frontières de l’intimité. Une scène marquante montre Cassandre épilée de force par sa mère sur la table de la salle à manger, son corps dénudé exposé aux regards du père et du frère — un moment qui illustre le manque total de respect des limites convenables envers une adolescente. Le film parvient à traiter cette thématique avec subtilité, évitant le manichéisme. Il montre que les victimes, perdues et désemparées face aux violences sexuelles, ne savent souvent pas comment réagir, surtout lorsqu’elles proviennent de l’intérieur même du foyer, et que les conséquences d’une dénonciation peuvent être terribles. Les victimes peuvent alors sembler passives, voire complices. La nuance du film repose également sur le déroutant personnage du bourreau. Il oscille entre une naïveté presque enfantine et une forme de manipulation trouble, tout en restant un bon frère à bien des égards. C’est aussi certainement parce que nous découvrons l’histoire à travers le point de vue de Cassandre que le personnage nous paraît aussi ambigu. Cette représentation bouscule l’imaginaire collectif selon lequel les violeurs seraient des inconnus qui agissent dans une ruelle sombre  — alors que la plupart des viols sont commis par des proches. Le film vient également apporter de la nuance en montrant que le personnage du frère est le fruit d’une éducation incapable de poser des frontières claires, ni de construire une relation saine au corps et à la sexualité. L’omniprésence de la nudité, y compris celle des parents, en témoigne : les membres de la famille se baignent et se&nbsp;promènent nus ensemble, comme une évidence. Le frère, d’une manière bien différente de Cassandre, est également victime de ce foyer : humilié par son père, surprotégé par une mère envahissante, qui maintient une proximité physique démesurée avec lui. Cette mère, ambivalente elle aussi, veut que sa fille s’épanouisse et ne suive pas le chemin d’une femme soumise. Elle-même imprégnée des normes patriarcales, elle en vient pourtant à minimiser le viol subi par sa fille, allant jusqu’à faire porter à Cassandre une part de responsabilité. Le film explore ainsi la culpabilité que peuvent ressentir de nombreuses victimes, en particulier lorsque les faits se déroulent dans un cadre familial. Cassandre, confrontée à des repères brouillés, en vient à douter d’elle-même. En somme, le film dépeint avec justesse les failles d’une cellule familiale marquée par la confusion des limites à respecter, les silences et les violences invisibles. À travers la relation du frère et de la sœur, le film met en lumière avec succès la complexité des rapports de domination et de violence au sein même des foyers — des relations bien plus nuancées qu’il n’y paraît.</p>



<p>C’est une histoire qui convainc toutefois moins lorsqu’elle sort du sujet de l’inceste et tente d&rsquo; apporter un commentaire social. L&rsquo;intrigue s’articule autour d&rsquo;une opposition marquée : d’un côté, la famille de Cassandre, de l’autre, le centre équestre, deux mondes aux valeurs et aux appartenances sociales radicalement différentes. La première, aristocratique, impose une éducation militaire stricte, où l’on enseigne que «<em> la meilleure défense, c’est l’attaque</em> ». Ce discours est porté par son père, militaire de carrière traumatisé, et sa mère, ancienne soixante-huitarde qui rêvait d’une vie bohème avant de tout abandonner pour épouser cet homme autoritaire. C’est en quittant ce cadre familial dysfonctionnel que Cassandre découvre la « vie normale » dans ce club hippique, au cœur de la classe moyenne rurale. Sa méconnaissance totale des codes sociaux les plus élémentaires semble parfois un peu exagérée, tout comme la réaction outrée (et presque impolie) de son amie du centre lorsque c’est son tour de découvrir le milieu privilégié dont vient Cassandre à l’occasion d’une soirée pyjama. Ces allers-retours entre deux mondes – deux classes sociales, deux types d’éducation, deux systèmes de valeurs – flirtent souvent avec la caricature. Le film semble un peu maladroit lorsqu’il représente le milieu bourgeois militaire, notamment à travers le père, qui ne semble connaître d’autre sujet de conversation que la guerre ou la chasse. Ce personnage est difficilement crédible tant il coche toutes les cases du stéréotype de la masculinité toxique : il parle de sa sexualité à sa fille de façon très déplacée, se présente lui-même comme un « <em>alpha dog</em> » et semble incapable de voir les autres autrement que par le prisme de la domination. Cela dit, le film étant inspiré de la vie de la réalisatrice, il reste délicat de juger cette représentation. En miroir, on découvre au centre équestre un homme qui incarne l’exact opposé du père : un professionnel formé par ceux qui « murmurent à l’oreille des chevaux », toujours respectueux et dans la communication. Bien qu’un peu caricatural à son tour, ce personnage est porteur d’espoir. Il apprend à Cassandre à reconnaître et à canaliser sa colère (plutôt que de la refouler ou la transmettre). Contrairement à sa famille, il sait poser des limites avec les jeunes, si bien que lorsque Cassandre s’entiche de lui, il la garde à distance. Ainsi, il devient un modèle rassurant d’une autre masculinité possible et le centre, un lieu de reconstruction. L’adolescente y noue également une belle amitié avec une autre jeune fille qui l’aide à s’émanciper et lui fait entrevoir d’autres possibles. Dans cet environnement où elle peine à décoder les comportements humains, Cassandre trouve surtout refuge auprès des chevaux. C’est avec eux qu’elle parvient le plus vite à déconstruire ses réflexes de défense, à abandonner la violence, à créer un lien apaisé émouvant. Si certains personnages secondaires peuvent donc sembler un peu trop stéréotypés — au point de nous faire sortir, par instants, de l’émotion du film —, l’ensemble est largement rattrapé par l’interprétation bouleversante de l’actrice principale, Billie Blain. Son jeu, à la fois brut, cru et profondément touchant, porte le film avec intensité. Elle parvient à incarner toute la complexité de son personnage, malgré la difficulté du rôle et la charge émotionnelle que suppose le fait de rejouer une histoire inspirée de la vie réelle de la réalisatrice.</p>



<p>Finalement, si certains personnages secondaires flirtent parfois avec la caricature, la force du film réside dans sa capacité à faire exister la complexité — celle des liens familiaux, de la culpabilité, du désir et de la reconstruction. Hélène Merlin signe un premier long-métrage courageux, abordant un sujet tabou sans pathos ni voyeurisme, grâce à une proposition artistique aussi belle que singulière. Par son regard tendre mais implacable sur les violences familiales, et grâce à l’interprétation bouleversante de son actrice principale, <strong>Cassandre </strong>donne forme à l’indicible, en en faisant une œuvre profondément cinématographique et politique. Un film qui dérange, qui émeut, et surtout, qui ouvre une brèche nécessaire sur un sujet trop longtemps resté tu.</p>



<p></p>



<p></p>


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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Hélène Merlin
<strong>NATIONALITÉ </strong>:  Française
<strong>GENRE </strong>: Drame, Comédie noire
<strong>AVEC : </strong>Billie Blain, Zabou Breitman, Éric Ruf
<strong>DURÉE : </strong>1h43
<strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Zinc Film
<strong>SORTIE LE</strong> 2 avril 2025</pre>
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		<title>Wet Monday : remonter la rivière de la mémoire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sacha Leclere]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Apr 2025 14:48:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Premier long métrage de Justyna Mytnik, Wet Monday signe les débuts prometteurs de la réalisatrice polonaise sur la scène du cinéma indépendant. Nommée pour le Lion d’Or lors de l’édition 2025 du Festival de Venise, elle a également été récompensée par le prix CICAE Arthouse Cinema au 49ᵉ Festival du Film Polonais de Gdynia. Le jury a salué sa capacité à mêler tradition, magie et réalité cruelle, qualifiant le film de « brillant, réalisé avec bienveillance, sensibilité et espoir« . Film aux [&#8230;]</p>
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<p>Premier long métrage de Justyna Mytnik, <strong>Wet Monday </strong>signe les débuts prometteurs de la réalisatrice polonaise sur la scène du cinéma indépendant. Nommée pour le Lion d’Or lors de l’édition 2025 du Festival de Venise, elle a également été récompensée par le prix CICAE Arthouse Cinema au 49ᵉ Festival du Film Polonais de Gdynia. Le jury a salué sa capacité à mêler tradition, magie et réalité cruelle, qualifiant le film de « <em>brillant, réalisé avec bienveillance, sensibilité et espoir</em>« . Film aux confins des genres, dans quelle mesure les ajouts de fantaisie et de surréalisme viennent-ils éclairer le propos de ce drame ?</p>



<p>Dans un petit village de campagne polonais, niché au-dessus d’une rivière, une adolescente, Klara, développe une phobie grandissante de l’eau à l’approche du Wet Monday, la fête traditionnelle de Pâques. Pendant la semaine qui précède les festivités, le quotidien se partage entre les amies, la famille et l’église. Pourtant, à mesure que cette peur s&rsquo;intensifie, l’adolescente troublée se retrouve de plus en plus en marge de son entourage, qui peine à la comprendre. Entre rêves et réalité, elle tente de remonter le fil de sa mémoire et celui de la rivière pour identifier l’origine de son mal. Récit d’émancipation et de passage à l’âge adulte, le film explore la libération de tout ce qui entrave : la famille, les mœurs, la peur, la réputation et, surtout, le tabou.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>&nbsp;<strong>Wet Monday</strong> n’est donc ni triste ni fataliste, bien au contraire. Il représente une ode à la vie, à ce qui nous pousse à nous relever et à recommencer.</p>
</blockquote>



<p>Pendant près des trois quarts du film, beaucoup de choses sont suggérées sans que soit clairement expliqué ce qui perturbe le quotidien des protagonistes. <strong>Wet Monday </strong>est avant tout une expérience sensorielle, qui évoque tour à tour le film d&rsquo;horreur et le fantastique.<strong> </strong>Il nous déboussole sans jamais nous perdre, tant on ressent intensément ce que vit le personnage. La caméra, par exemple, joue avec les angles pour créer des sensations de vertige très communicatives. Comme pour Klara, l’eau nous devient presque insupportable. Lorsque d&rsquo;autres personnages tentent de la jeter dans une rivière, on aurait presque envie de se battre à ses côtés pour qu’ils la lâchent. On éprouve sa peur de la pluie, du contact des autres. Cet univers sensitif est porté par une bande-son remarquable, qui participe pleinement à l’expérience immersive, naviguant entre rêve et cauchemar, parfois glaciale. Ces choix artistiques sont d&rsquo;autant plus pertinents qu&rsquo;ils dessinent le monde de l&rsquo;enfance, une période où les émotions, bien que vives, peinent souvent à être exprimées. Toujours imprégnée de cet imaginaire candide, sa perception du monde se mêle aux contes et superstitions locales.</p>



<p>Le film se raconte donc à travers des images fortes, comme cette phobie de l’eau, qui apparaît comme un rappel lancinant des traumatismes qui nous collent à la peau, ne se laissant pas oublier malgré notre désir de les ignorer. À travers ce récit surréaliste, c’est l’inconscient de la jeune fille qui nous est révélé. Pour remonter à la source de son traumatisme, elle entreprend littéralement de remonter la rivière, celle qui traverse son village, centrale et hantée, tout comme celle de sa mémoire. Dans ses rêves, elle suit les conseils avisés de la marginale du village, Diana, qui lui apprend à confectionner des attrapes-rêves et à interpréter ses visions. Dans cette approche mêlant psychanalyse et surréalisme, les images parlent d’elles-mêmes avec poésie. Les ajouts de fantaisie du récit servent ainsi magnifiquement cette narration, ancrée dans l’enfance mais pas seulement. Car si Klara n’arrive pas à mettre des mots sur ce qui gronde en elle, ce n’est pas uniquement du fait de son âge, mais aussi car elle évolue dans un monde de tabous et de conformisme.</p>



<p>Confinée dans un petit village où tout le monde se connaît, écrasée par le poids de la religion chrétienne et d’une culture conservatrice et misogyne, Klara évolue dans un environnement où certains sujets sont tus. Bien que la religion place le sexe sous le signe du tabou, il reste omniprésent, étouffé néanmoins par la honte et la frustration. Sur les bancs de l’église, les adolescents, casquette à paillettes et jean taille (très) basse vissés sur les hanches, échangent des regards lubriques et des gestes obscènes, agenouillés devant le prêtre. Imprégné par la culture du viol, c&rsquo;est également un milieu dans lequel les violences sexuelles sont banalisées, minimisées, voire même excusées. Entre le fromage et le dessert, l&rsquo;oncle des jeunes filles s&rsquo;enquiert, par exemple, du degré d&rsquo;attrait physique d’une inconnue qui s&rsquo;est fait violer, à l&rsquo;hilarité générale. Cette société crée un dilemme irréconciliable pour ces adolescentes, à qui l’on impose d’être « pures » et « respectables », tout en étant constamment scrutées pour leur beauté et leur pouvoir de séduction. Là où les victimes de violences sexuelles peuvent être perçues comme coupables, les figures d’autorité – parents, église – ne viennent pas en aide, laissant les victimes, même jeunes, se murer dans le silence. Pour s’échapper, l’imaginaire de l’enfance vient se mêler aux rites chrétiens et traditions polonaises pour créer de nouveaux rituels qui offrent un refuge. D&rsquo;innovantes manières d’espérer, de prier, sont ainsi créées pour que les choses s’arrangent… ou du moins ne se répètent pas. Bien que le film aborde un sujet sensible, il évite le voyeurisme et le traite avec grâce, privilégiant la suggestion, dans le respect des victimes.</p>



<p>Cependant, Klara ne peut pas développer ces rituels avec son groupe d&rsquo;amies dont l&rsquo;attention est entièrement focalisée sur les garçons et qui se moquent d&rsquo;elle lorsqu&rsquo;elle se laisse emporter par son imaginaire et ses croyances. Tiraillée entre sa loyauté envers elles et son dégoût pour leur obsession prématurée pour l&rsquo;autre sexe, Klara se tourne vers Diana. Excentrique et néo-spirituelle, cette dernière devient sa guide. Ensemble, elles créent en secret des pratiques mêlant syncrétisme et folklore, dans le but de briser les tabous et de commencer un processus de guérison. Le film devient alors avant tout une réflexion sur l’amitié féminine, source de magie et de soutien pour affronter une réalité dure et angoissante. Mises à l&rsquo;écart par les autres, ces jeunes filles trouvent entre elles une nouvelle forme de liberté, créée loin des normes et surtout, du regard des hommes. Malgré la réputation étrange de Diana qui lui vaut l&rsquo;ostracisme de sa sœur, Klara accepte la main tendue par cette amie subversive et fait ainsi un pas vers une nouvelle forme de liberté, un anti-conformisme salvateur. <strong>Wet Monday</strong> n’est donc ni triste ni fataliste, bien au contraire. Il représente une ode à la vie, à ce qui nous pousse à nous relever et à recommencer. C’est un film coloré, pétillant, qui inspire à se défendre, en sachant que l’on ne combat pas seul(e ?). Ainsi, bien que les conséquences des actions des hommes sur la vie des jeunes femmes soient au centre du film, ces derniers sont presque absents, et ce sont elles qui sont mises en avant, pas seulement comme des victimes, mais aussi comme les bâtisseuses d’une vie alternative, débarrassée de la honte, portée par l’énergie enivrante de l’enfance. En plus d’une cinématographie réussie et originale, le film est porté par un casting de jeunes actrices superbes, dont l&rsquo;actrice principale Julia Polaczek brille particulièrement dans ce rôle exigeant. Elle y exprime une myriade d’émotions, dont certaines très intenses, avec une justesse incroyable et une sensibilité touchante.</p>



<p>Finalement, <strong>Wet Monday</strong> est une célébration de la résilience féminine, puisée dans l’imaginaire et l’amitié, permettant de s’échapper, même un instant, d’une société qui ne protège pas. Pour la réalisatrice, c’est un début fracassant sur la scène des films d’art et d’essai. La cinématographie est originale et percutante, à la frontière du genre de l&rsquo;horreur et du fantastique, tout en délivrant un message politique d’une grande justesse, porteur d’espoir et de rêves. Magnifique.</p>



<p></p>



<p></p>



<p></p>



<p></p>


<div class="lets-review-block__wrap lets-review-block__wrap-10 lr-cf  lets-review--center lets-review-skin-1 lets-review-design-5 lets-review-ani-1 lets-review-score-type-3 lets-review-type- lets-review-score-type__icon conclusion__off proscons__off" data-design="5" data-score-type="3" data-skin="1"><div class="lets-review-block lets-review-block__final-score lets-review-block__final-score-type-3 lets-review-block__pad score-level-9"><div class="score__wrap lr-all-c score__wrap__with__title" style="background:#67dad5; color: #fff"><div class="score-overlay-wrap score-overlay-wrap__icon"><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><div class="score-overlay" style="width:10%"></div></div><div class="score">4.5</div><div class="score__title lr-font-h"><p></p></div></div></div></div><script type="application/ld+json">{"@context": "http://schema.org/",
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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Justyna Mytnik
<strong>NATIONALITÉ :</strong>  Polonais
<strong>GENRE </strong>: Drame, Fantaisie, Horreur, Suspens
<strong>AVEC : </strong>Julia Polaczek, Nel Kaczmarek, Weronika Kozakowska
<strong>DURÉE : </strong>1h27
<strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Wayna Pitch
<strong>SORTIE LE </strong>2 avril 2025</pre>
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		<title>Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan : l&#8217;incroyable destin de Roland Perez</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sacha Leclere]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Mar 2025 05:49:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CINEMA]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques CINEMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réalisateur québécois, Ken Scott s’est d’abord illustré au Canada avant de se faire un nom à l’international avec Starbuck (2011), une comédie tendre et loufoque sur un quadragénaire resté adolescent découvrant que, suite à des dons de sperme anonymes, il est le père biologique de 533 enfants, tous désireux de le rencontrer. Avec Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, le réalisateur change de registre mais puise à nouveau dans une histoire vraie, celle de Roland Perez, avocat de la chanteuse, [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Réalisateur québécois, Ken Scott s’est d’abord illustré au Canada avant de se faire un nom à l’international avec <strong>Starbuck</strong> (2011), une comédie tendre et loufoque sur un quadragénaire resté adolescent découvrant que, suite à des dons de sperme anonymes, il est le père biologique de 533 enfants, tous désireux de le rencontrer. Avec <strong>Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan</strong>, le réalisateur change de registre mais puise à nouveau dans une histoire vraie, celle de Roland Perez, avocat de la chanteuse, qui avait lui-même relaté son parcours dans un roman. Toutefois, ce n’est pas la première fois que le cinéaste s’attaque à une adaptation littéraire puisqu&rsquo;en 2018, <strong>L’Extraordinaire Voyage du fakir</strong> marquait déjà une tentative bien accueillie par le public. Avec ce dernier film, Ken Scott délaisse cependant la simple comédie pour s’aventurer sur un terrain plus hybride, où le drame s’invite aux côtés de l&rsquo;humour. Il y explore des thèmes profonds – le handicap, le deuil et, surtout, la relation mère-fils dans toute son intensité, portée par cette phrase murmurée en arabe par la mère à son fils tout au long du film : «<em> Je donnerais ma vie pour toi.</em> » Habitué aux registres plus légers, le réalisateur réussit-il à naviguer entre les genres sans atténuer la puissance de son sujet ?</p>



<p>Dans les années 1960, un couple juif marocain immigre en France pour offrir une vie meilleure à ses enfants. Mais quand le petit dernier naît avec un pied bot, le rêve de perfection de sa mère s’effondre. Refusant d’accepter ce handicap, elle fait une promesse qui ouvre le film : « <em>Mon fils ira à l’école en marchant sur ses deux jambes. »</em> Une ambition dévorante qui la pousse à écumer tous les médecins de Paris, jusqu’à une certaine rebouteuse… Enfermé dans une relation fusionnelle avec sa mère, l’enfant passe des années à être trimballé de cabinet en cabinet, porté à bout de bras dans l’espoir que la prophétie se réalise. L&rsquo;enfance se déroule alors devant la télévision, îlot central de cet appartement des années 60, où il grandit, bercé par la culture yéyé. Au sein de ce véritable temple domestique, il y vénère sa propre déesse : Sylvie Vartan. Fenêtre sur le monde extérieur, elle devient une raison de rester connecté à la réalité… et peut-être même de s’en sortir ?</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Malgré des choix narratifs inégaux et une ambition qui finit par le desservir, le film reste toutefois un récit attachant et un bon divertissement. </p>
</blockquote>



<p>Récit de mémoire, le film traverse les époques et brille particulièrement dans sa première partie, véritable ode nostalgique aux années 1960 et 70. Des couloirs du métro parisien Art Déco aux HLM aux papiers peints texturés, tout dans cette reconstitution évoque un Paris d’antan qui parlera à tous, qu’on l’ait vécu soi-même ou à travers ses parents. La colorimétrie pop et les costumes soignés – pantalons pattes d’eph et chemises cols pelle à tarte pour la ribambelle d’enfants – ajoutent un charme savoureux au film. Le film est rythmé par les tubes de la vedette, lesquels sont repris en chœur par la famille, autour de la couscoussière pour les adultes ou d&rsquo;une brosse à cheveux pour les enfants.</p>



<p>Au cœur de ce décor, c’est la relation mère-fils qui prévaut, aussi fusionnelle qu’étouffante. Le déni de la mère de la maladie de son fils l’enferme certes dans une obsession, mais lui confère une force presque magique : persuadée que son fils marchera un jour, elle s’accroche à cette certitude jusqu’à la rendre réalité. Avant même qu’il ne le devienne, elle est son avocate. Leïla Bekhti nous convainc dans ce rôle de mère louve, régnant sur son petit monde de formica et de napperons, prête à sortir les griffes pour défendre son enfant. Fidèle à son registre, elle joue une femme à la répartie mitraillette, maniant une verve chargée d’émotion. Parfois excessive, elle impose tout de même une présence puissante qui captive. Le film repose sur la force de leur lien et cherche constamment à jongler entre les registres, nous faisant passer du rire aux larmes, parfois à travers des ficelles un peu grossières. Toutefois, ce ton à tout prix léger qui règne entre deux crises de larmes de Leïla Bekhti, même lorsque des thèmes graves sont abordés, a du mal à complètement embarquer le spectateur. Ce grand écart émotionnel, parfois mal à propos, finit par perdre en authenticité : on n’est ni vraiment bouleversé, ni totalement amusé.</p>



<p>Toutefois, derrière cette mère, c&rsquo;est une véritable chorale de frères et sœurs, voisines et tantes qui se rassemble dans un mouvement joyeux en soutien à l’enfant. Tous, guidés par cette mère prophétique, accompagnent sa guérison. Contrebalançant cette figure maternelle obsessionnelle, deux autres femmes fortes émergent : la rebouteuse et l’assistante sociale. Peu enclines à accepter les méthodes dangereuses de cette mère qui s’accroche à un espoir peut-être vain, elles s’opposent à son refus de laisser son fils sortir ou aller à l’école tant qu’il ne sera pas guéri—au risque qu’il ne le soit jamais. Mais ces deux femmes, pourtant aux antipodes de la mère—françaises, bourgeoises, opposées à son modèle d’éducation—exercent d’abord sur elle une violence symbolique avant de s’imposer comme un contrepoint essentiel. Finalement, elles viennent équilibrer son influence, formant avec elle un trinôme savoureux d’éducatrices.</p>



<p>Porté par de nombreux acteurs sur près de quarante ans, ce film embrasse donc une multitude de sujets—ceux d’une vie entière… et c’est peut-être un peu trop ambitieux. Si l’histoire captive par son originalité et sa success story incroyable (à comprendre dans tous les sens du terme, parfois difficile à croire), elle souffre aussi d’une densité excessive. De nombreux événements s’enchaînent sans toujours être bien exploités, créant un sentiment d’inachevé—une difficulté récurrente dans les adaptations de livres au cinéma. Finalement, le film finit par nous perdre, notamment lorsqu’il abandonne l’univers visuel éclatant du début pour basculer dans un cadre plus réaliste et moins travaillé à mesure que l’enfant grandit. De plus, l’enchaînement rapide des scènes rend difficile l’approfondissement des personnages secondaires, rendant leur évolution moins marquante et nous attachant de moins en moins à eux—à l’exception du duo mère-fils, qui reste le cœur émouvant de l’histoire. La note positive de cette seconde partie reste le jeu de Jonathan Cohen. Si l&rsquo;on pouvait avoir quelques doutes sur sa capacité à incarner un rôle plus sérieux, c’est un pari plutôt réussi : il se révèle touchant. Certaines tentatives ambitieuses, en revanche, nous font complètement sortir du film, comme l’utilisation d’une IA pour recréer une jeune Sylvie Vartan—totalement maladroite—ou le vieillissement de Leïla Bekhti par maquillage, avec un résultat plus ou moins convaincant. À l’image de ces choix, certains éléments auraient gagné à être suggérés plutôt que montrés frontalement, rendant le film plus subtil. En se recentrant sur ses storylines principales et en leur donnant plus de profondeur, il aurait sans doute mieux capté l’attention du spectateur, rendant ses moments dramatiques et comiques plus justes.</p>



<p>Finalement, le film oscille entre les genres sans totalement convaincre. On pleure un peu, on sourit beaucoup, mais sans atteindre l&rsquo;intensité émotionnelle promise par le pitch et le titre. C’est surtout son début qui marque, avec une identité visuelle forte et un duo mère-fils touchant. Malgré des choix narratifs inégaux et une ambition qui finit par le desservir, le film reste toutefois un récit attachant et un bon divertissement. </p>



<p></p>


<div class="lets-review-block__wrap lets-review-block__wrap-10 lr-cf  lets-review--center lets-review-skin-1 lets-review-design-5 lets-review-ani-1 lets-review-score-type-3 lets-review-type- lets-review-score-type__icon conclusion__off proscons__off" data-design="5" data-score-type="3" data-skin="1"><div class="lets-review-block lets-review-block__final-score lets-review-block__final-score-type-3 lets-review-block__pad score-level-6"><div class="score__wrap lr-all-c score__wrap__with__title" style="background:#67dad5; color: #fff"><div class="score-overlay-wrap score-overlay-wrap__icon"><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><div class="score-overlay" style="width:40%"></div></div><div class="score">3</div><div class="score__title lr-font-h"><p></p></div></div></div></div><script type="application/ld+json">{"@context": "http://schema.org/",
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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Ken Scott
NATIONALITÉ :  Franco-canadien
<strong>GENRE </strong>: Comédie dramatique
AVEC : Leïla Bekhti, Jonathan Cohen, Naïm Naji, Sylvie Vartan, Jeanne Balibar, Joséphine Japy, 
<strong>DURÉE : </strong>1h42
<strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Gaumont Distribution
<strong>SORTIE</strong> : le 19 mars 2025</pre>
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		<title>Magma : Au cœur du volcan : foyer d&#8217;une éruption avant tout humaine</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sacha Leclere]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Mar 2025 11:53:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CINEMA]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques CINEMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Troisième long-métrage de Cyprien Vial, Magma fait suite à Bébé Tigre (2014) et Embrasse-moi (2017). Si le premier, centré sur un adolescent indien immigré en France confronté à de lourdes responsabilités familiales, a été bien accueilli par la critique, le second, traitant de la difficulté d’une femme lesbienne à nouer des relations amoureuses matures, a suscité des avis plus partagés. Avec Magma, Vial signe à nouveau un film social qui nous plonge dans la culture de ses protagonistes, à l&#8217;instar [&#8230;]</p>
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<p>Troisième long-métrage de Cyprien Vial, <strong>Magma</strong> fait suite à<strong> Bébé Tigre </strong>(2014) et <strong>Embrasse-moi </strong>(2017). Si le premier, centré sur un adolescent indien immigré en France confronté à de lourdes responsabilités familiales, a été bien accueilli par la critique, le second, traitant de la difficulté d’une femme lesbienne à nouer des relations amoureuses matures, a suscité des avis plus partagés. Avec <strong>Magma</strong>, Vial signe à nouveau un film social qui nous plonge dans la culture de ses protagonistes, à l&rsquo;instar de <strong>Bébé Tigre.</strong> Cette fois, c&rsquo;est en Guadeloupe que le récit prend place, explorant les répercussions scientifiques, politiques et humaines d’une catastrophe naturelle : une éruption volcanique. Grâce à sa cinématographie, le film s&rsquo;inscrit dans la lignée de ces très belles œuvres où les volcans tiennent le rôle principal, à l&rsquo;image de celles de Werner Herzog. Le film s’inspire notamment de ses documentaires <strong>La Soufrière,</strong> qui évoque l’éruption du volcan éponyme en 1976, et <strong>Requiem pour Maurice et Katia Krafft</strong>, consacré au célèbre couple de volcanologues. Cependant, Vial fait ici le choix de la fiction en transposant l&rsquo;événement historique de 1976 à notre époque et en y intégrant des personnages inventés. Dès lors, dans quelle mesure la fiction sert-elle ici le récit ?</p>



<p>Katia, volcanologue métropolitaine installée en Guadeloupe depuis plusieurs années, est devenue une référence scientifique. Elle supervise l’activité des volcans de l&rsquo;île avec l&rsquo;aide d&rsquo;Aimé, un jeune thésard. À eux deux, ils forment un binôme que tout oppose. Elle, plus âgée, possède l’expérience d’une vie entière dans le domaine. Métropolitaine, blanche et issue d’un milieu plus aisé, elle incarne l&rsquo;autorité scientifique. Lui, encore étudiant, est nouveau dans le métier et fait face à sa première éruption en tant que volcanologue. Natif de l&rsquo;île, il la connaît cependant intimement, tout comme son histoire et ses habitants. Un jour, l&rsquo;éruption de la Soufrière place Katia et son équipe en première ligne pour conseiller les autorités sur la marche à suivre en fonction des risques afin d&rsquo;éviter la catastrophe. Malgré des outils scientifiques précis, l&rsquo;ampleur de l&rsquo;éruption reste pourtant incertaine, car le volcan demeure imprévisible. Comment gérer une crise dont l&rsquo;intensité est impossible à prédire ? Le préfet choisit d&rsquo;appliquer le principe de précaution et ordonne l’évacuation d&rsquo;une partie de l’île, plutôt que de suivre les recommandations des scientifiques, qui ne la jugent pas encore nécessaire. Loin de chez eux depuis de longs mois, les évacués sont à bout. Beaucoup décident de ne plus suivre les consignes, et le chaos gagne l’île alors même que le magma, s’accumulant dans le volcan, commence à devenir véritablement dangereux. À mesure que la pression monte, les tensions entre scientifiques, politiciens et population s’intensifient au sein de l’île… mais aussi dans la vie de Katia.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Loin des films catastrophistes et sensationnalistes sur les volcans, qui finissent souvent sur une explosion dévastatrice, ce film reste dans la retenue, tout en pudeur, car le sujet se trouve ailleurs. </p>
</blockquote>



<p>La mise en scène est particulièrement soignée, avec de très beaux plans retravaillés pour rappeler le grain de l’argentique, qui mettent en lumière la nature guadeloupéenne, dominée par ce sommet à la fois magnifique et terrifiant. La colorimétrie, marquée par des teintes vertes et terreuses, renforce l’atmosphère du film, ancrée dans ce paysage typique de l&rsquo;île. La bande-son, quant à elle, est d’une grande justesse et accompagne efficacement le récit, accentuant sa montée en tension progressive. Très sensoriel, ce film nous immerge complètement dans son univers. S’il déploie lentement sa tension dramatique avec beaucoup de suspense, il réussit à le faire sans clichés. Loin des films catastrophistes et sensationnalistes sur les volcans, qui finissent souvent sur une explosion dévastatrice, ce film reste dans la retenue, tout en pudeur, car le sujet se trouve ailleurs. Les tensions, qui s’accroissent progressivement à mesure que le magma s’accumule, se déploient particulièrement entre les personnages. Plus qu’une simple histoire de catastrophe naturelle, c’est une histoire de gestion de crise, dans toute la complexité des dimensions humaines, sociales et politiques… autant d’entrelacs dans lesquels se retrouvent confrontés nos deux personnages principaux et la communauté scientifique dans son ensemble. Le dénouement, loin du scénario catastrophe, est intelligemment mené et, tout de même, poignant, car il conclut l’œuvre sur l’évolution de ses personnages, obtenue grâce à l’imminence de la catastrophe.</p>



<p>L’intelligence du film réside en grande partie dans le développement pertinent des arcs narratifs des personnages. Celui de Marina Foïs est particulièrement intéressant : elle débute comme une figure d’autorité, peu encline à se remettre en question. Certains y verront une posture liée à son statut de scientifique, d’autres au fait qu’elle soit blanche dans un pays majoritairement noir, ou encore à son âge et son expérience. Quoi qu’il en soit, son personnage s’impose dès le départ par une assurance presque excessive, ce qui peut le rendre agaçant dans un premier temps. Mais au fil du récit, plusieurs événements viennent ébranler ses certitudes et l’amènent à une profonde remise en question. Tandis qu’elle apprend, d’abord malgré elle, à se mettre en retrait, un autre personnage prend progressivement de l’ampleur en lui apportant une contradiction bienvenue, tant il s’oppose à elle avec la légitimité conférée par son appartenance à l’île et, surtout, par ses connaissances du sujet. Son interprète, Théo Christine, est une belle révélation : il incarne ce rôle complexe avec une grande justesse, apportant à son personnage une légitimité méritée, portée avec grâce et humilité.</p>



<p>Plus largement, le film aborde son sujet de manière originale et nuancée, en confrontant le drame humain à la dimension politique. Le préfet se trouve face à un dilemme cornélien : doit-il maintenir les habitants chez eux, malgré le risque – encore incertain – d’une catastrophe, ou bien ordonner leur évacuation, au prix de lourdes conséquences économiques et sociales ? Cette tension met en lumière la place complexe des scientifiques, en tant que conseillers dans le processus décisionnel du préfet, incarné par Matthieu Demy, lieutenant de la macronie, hanté par les répercussions qu’une mauvaise gestion pourrait avoir sur sa carrière. À travers sa décision finale d’évacuer, le film explore les conséquences concrètes de cette mesure : la perte éventuelle d&#8217;emplois, la déscolarisation des enfants, ou encore la crainte des pillages en l’absence des habitants. Ainsi, le film soulève une question plus large : celle de la légitimité de chacun à prendre de telles décisions. D’abord, les scientifiques sont perçus comme des références incontournables, censés apporter des certitudes, bien que leurs analyses reposent uniquement sur des modélisations, incapables de prédire l’avenir avec une exactitude absolue. En arrière-plan, les métropolitains, pour beaucoup, occupent des postes décisionnels, à l’image du préfet ou de la volcanologue en chef. Leur rôle, parfois perçu comme le prolongement d’un système hérité du passé colonial, est remis en question par une partie de la population locale qui refuse désormais de se soumettre à leurs ordres. Ce refus, parfois violent, se clarifie grâce à l’immersion dans leur intimité, qui permet au film de nous faire comprendre les problématiques auxquelles ils sont confrontés. Toutefois, en raison de leur connaissance de l’île acquise par leur vécu, les locaux, qui pensaient pouvoir s’affranchir des mesures de sécurité, se retrouvent eux aussi confrontés à l’imprévisibilité de la nature, qui, inévitablement, aura le dernier mot.</p>



<p>Finalement, ce film offre un retournement de perspective intéressant en donnant la parole à ceux qui en sont habituellement privés, suscitant une réflexion pertinente sur ce qui confère la légitimité à prendre des décisions d’une telle ampleur dans notre société. Le fond est très joliment soutenu par la forme, avec des plans soignés et une bande-son particulièrement efficace, qui viennent véritablement renforcer le propos. Une belle surprise.</p>



<p></p>



<p></p>


<div class="lets-review-block__wrap lets-review-block__wrap-10 lr-cf  lets-review--center lets-review-skin-1 lets-review-design-5 lets-review-ani-1 lets-review-score-type-3 lets-review-type- lets-review-score-type__icon conclusion__off proscons__off" data-design="5" data-score-type="3" data-skin="1"><div class="lets-review-block lets-review-block__final-score lets-review-block__final-score-type-3 lets-review-block__pad score-level-7"><div class="score__wrap lr-all-c score__wrap__with__title" style="background:#67dad5; color: #fff"><div class="score-overlay-wrap score-overlay-wrap__icon"><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><i class="codetipi-15zine-i-star"></i><div class="score-overlay" style="width:30%"></div></div><div class="score">3.5</div><div class="score__title lr-font-h"><p></p></div></div></div></div><script type="application/ld+json">{"@context": "http://schema.org/",
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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Cyprien Vial
<strong>NATIONALITÉ :</strong>  Française
<strong>GENRE </strong>: Drame
<strong>AVEC : </strong>Marina Foïs, Théo Christine, Mathieu Demy
<strong>DURÉE : </strong>1h 25min
<strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Pyramide Distribution
<strong>SORTIE LE </strong>19 mars 2025</pre>
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		<title>Les Chroniques de Sacha : retour sur Blue Sun Palace de Constance Tsang.  À l’ombre des néons : récits de femmes en exil </title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sacha Leclere]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Mar 2025 10:25:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les néons criards du salon de massage new-yorkais s’éteignent enfin. Didi en ferme la porte après une longue journée. Alors que la pétillante femme chinoise pousse le rideau de l’arrière-boutique, c’est dans son intimité et celle de ses collègues, que l’on pénètre. À demi-mots, dans les silences et les sourires échangés, se dessinent leurs histoires personnelles. Didi, un peu plus âgée, veut profiter de la vie. Elle est très liée à Amy, l’une de ses collègues, plus introvertie, ainsi qu’à [&#8230;]</p>
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<p>Les néons criards du salon de massage new-yorkais s’éteignent enfin. Didi en ferme la porte après une longue journée. Alors que la pétillante femme chinoise pousse le rideau de l’arrière-boutique, c’est dans son intimité et celle de ses collègues, que l’on pénètre. À demi-mots, dans les silences et les sourires échangés, se dessinent leurs histoires personnelles. Didi, un peu plus âgée, veut profiter de la vie. Elle est très liée à Amy, l’une de ses collègues, plus introvertie, ainsi qu’à un homme taïwanais avec qui elle entretient une relation romantique. Comme elle, ils ont fui, cherchant une vie meilleure ailleurs, dans ce New York promesse d’échappatoire à la pauvreté, aux créanciers, à la vie d’avant.</p>



<p>La première partie du film nous entraîne aux côtés de ces trois personnages et de leurs satellites dans une joyeuse, bien que pudique, ode au recommencement. L’amitié, et plus particulièrement la sororité, comble le grand vide laissé par le pays natal, l’abandon des proches et la perte des repères. Tous semblent doucement reprendre racine ensemble, à travers les plats du pays et une entraide sans faille. Les angles intimistes de la caméra, les couleurs douces, sombres et pastel nous immergent dans leur monde. On les observe vivre, tel un spectateur discret, une mouche sur le mur qui détournerait la tête lorsque l’émotion… et le désir, deviennent trop palpables.</p>



<p>Inévitablement, l’équilibre fragile vacille. La violence, symbolique et bien réelle de cet univers de pauvreté des communautés migrantes, se dévoile progressivement. Réapparaît alors cette solitude que l’on tente, tant bien que mal, de combler avec l’Autre. Émouvant, le film déploie avec sensibilité une histoire finalement universelle : celle de l’exil. Leurs rêves et espoirs pour le futur naissent et s’effondrent, à l’image des vagues qui s’écrasent sur la plage de Baltimore. Horizon rêvé tout au long du film, Eldorado fantasmé, il est une promesse d’un avenir meilleur, si proche et pourtant inaccessible, que l’on ne connaît qu’à travers une photo froissée sur un mur.</p>



<p>Récit de migration, récit de femmes, le film explore l’expérience féminine dans ce qu’elle a de plus beau — sa solidarité— mais aussi dans ce qu’elle a de plus sombre et violent. Le film ne dresse cependant pas le portrait de victimes passives mais bien celui de femmes qui, malgré l’adversité, mettent tout en œuvre pour s’en sortir.</p>



<p>Quant aux hommes, ils sont esquissés avec justesse et échappent aux caricatures. Certains sont des partenaires aimants, des clients bienveillants. Toutefois, le compagnon sincère pour l’une est un père démissionnaire et infidèle pour l’autre. La violence est là, insidieuse, prête à se déchaîner tout en demandant pardon.</p>



<p>Le film scrute la façon dont chacun tente de survivre dans un monde qui n’épargne pas. Il y a ceux qui cherchent dans le couple une échappatoire à la solitude, ceux qui trouvent du réconfort dans l’amitié, qui se créent une famille d’adoption pour affronter ensemble l’adversité… d’autres encore sombrent dans le crime.</p>



<p>Finalement, si certains plans s’étirent un peu trop et que quelques bâillements se font entendre dans la salle, ces longueurs nous plongent dans une contemplation presque hypnotique. On se surprend, les yeux perdus dans les décors du Nouvel An lunaire, à se perdre dans nos propres émotions. Quelque chose se passe, et malgré ces lenteurs, le film ne nous perd pas. Porté par des acteurs d’une justesse troublante à la complicité bouleversante, on reste captivé jusqu’à la dernière séquence, priant pour que le rêve américain tienne ses promesses.</p>



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		<title>Blanche-Neige : le live-action de trop ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sacha Leclere]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Mar 2025 07:13:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CINEMA]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques CINEMA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis Les 101 Dalmatiens en 1996, Disney n&#8217;a cessé de réadapter ses classiques en prises de vue réelles (live-action). Plus récemment, Le Roi Lion et La Petite Sirène ont suscité des réactions contrastées : un immense succès pour le premier, une réception plus mitigée pour le second. Cette fois, la réalisation a été confiée à Marc Webb, réalisateur expérimenté des superproductions, notamment pour ses deux volets de The Amazing Spider-Man en 2012 et 2014. Dès l’annonce du projet, le film [&#8230;]</p>
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<p>Depuis <strong>Les 101 Dalmatiens</strong> en 1996, Disney n&rsquo;a cessé de réadapter ses classiques en prises de vue réelles (live-action). Plus récemment, <strong>Le Roi Lion</strong> et <strong>La Petite Sirène</strong> ont suscité des réactions contrastées : un immense succès pour le premier, une réception plus mitigée pour le second. Cette fois, la réalisation a été confiée à Marc Webb, réalisateur expérimenté des superproductions, notamment pour ses deux volets de <strong>The Amazing Spider-Man</strong> en 2012 et 2014.</p>



<p>Dès l’annonce du projet, le film s’est retrouvé sous le feu des polémiques. D’un côté, les conservateurs se sont insurgés contre le casting de Rachel Zegler, d’origine colombienne et polonaise, jugeant l’actrice « <em>pas assez blanche</em> » pour incarner la princesse. De l’autre, les progressistes ont exprimé leur mécontentement face à l’idée de choisir des acteurs atteints de nanisme pour jouer les sept nains, qui ont finalement été créés par CGI pour apaiser les critiques. Bref, jusqu’où pouvait-on moderniser ce conte désuet en satisfaisant à la fois les fans inconditionnels de Disney et les exigences politiques, auxquelles aucun film, en particulier avec un budget aussi colossal, ne peut échapper aujourd’hui ? Finalement, était-il judicieux de réadapter ce film tout court ?</p>



<p>Le film reprend l’histoire bien connue de <strong>Blanche-Neige</strong> des frères Grimm (1812), dans sa version édulcorée popularisée par Disney en 1937. La jeune princesse, belle et bienveillante, perd ses parents et voit son trône usurpé par sa marâtre, laquelle, diabolique et avide de pouvoir, l’enferme dans son château. Sous le règne de cette dernière, le royaume sombre dans le désespoir, mais la reine est plus mue par sa beauté supérieure, sans cesse confirmée par son miroir magique, que par la justice sociale. Pourtant, à mesure que Blanche-Neige grandit, elle finit par surpasser sa belle-mère en beauté. Rongée par la jalousie, cette dernière ordonne alors au chasseur de l’éliminer dans la forêt. Blanche-Neige parvient de justesse à s’échapper et, après avoir vécu enfermée, découvre enfin le monde en errant dans la nature.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Coincée entre deux feux, cette réinterprétation n’est ni assez aboutie pour séduire les progressistes, ni assez fidèle à la version originelle pour charmer les nostalgiques. En voulant plaire à tout le monde, on ne plaît finalement à personne.</p>
</blockquote>



<p>Ce Blanche-Neige semble avant tout un exercice de style très scolaire. Les aficionados y retrouveront les décors, costumes, personnages et chansons chéris, presque inchangés, à l’exception de quelques éléments : Blanche-Neige y possède un peu plus d’autonomie et de capacité d’action que dans la version originelle. En effet, l’histoire se clôt sur l&rsquo;attendue reprise du château par la princesse dans un élan très girl power, un peu nunuche, typique des récents Disney. Visuellement, les décors sont grandioses et le live-action fonctionne plutôt bien, surtout dans la représentation des animaux, réalistes mais conservant un côté animé nostalgique. Toutefois, le kitsch est poussé à l’extrême : le costume de Blanche-Neige semble tout droit sorti d’une boutique de Disneyland Paris, et des spots de lumière rouges inondent la forêt lorsqu’elle tombe en s’échappant du chasseur, ajoutant une touche « dramatique », au cas où le message n’aurait pas été clair. Bien que les décors soient impressionnants, ils n’arrivent pas à transmettre cette beauté sensible du film de 1937. Tout au long du film, les acteurs surjouent dans une interprétation très comédie musicale à la Broadway, ce qui, à l’écran, manque de finesse et en devient presque gênant. Plus généralement, c’est donc un problème de nuance qui se pose. La marâtre est méchante juste parce qu’elle l’est, sans backstory ni explication, ce qui la rend sans grand intérêt. Le prince n’a aucun relief non plus : on ne sait rien de lui, à part qu’il devient brigand pour échapper à la misère, mais que, dans le fond, c’est un bon gars. Quant à Blanche-Neige, elle est simplement… gentille. Bref, chaque personnage semble n’avoir qu’un seul trait de caractère, et c’est bien dommage. Résultat : on s’ennuie.</p>



<p>Cette relecture très premier degré de ce conte n’apporte rien de neuf à une histoire déjà datée et qui aurait mérité un rafraîchissement plus profond. Ajouter des personnages racisés ou en situation de handicap ne suffit pas à moderniser un film, surtout quand il continue à reproduire des scènes problématiques, comme celle de la princesse embrassée sans son consentement alors qu’elle est endormie. Le film semble donc ne pas aller au bout de ses ambitions progressistes : bien que la morale finale prône la valorisation de la beauté intérieure et la remise en question de la marâtre obsédée par l’apparence, ce message perd de son impact quand on voit l’actrice choisie pour incarner Blanche-Neige, qui correspond parfaitement aux standards de beauté. Enfin, certains passages ont mal vieilli, comme la chanson des nains, qui glorifie le travail acharné et l’exploitation minière… Les quelques modifications prétendument modernes du film semblent donc davantage relever d’un activisme performatif. Seule note positive : les nains, plutôt réussis, et l’histoire touchante de Simplet, légèrement plus développée par rapport à l’original.</p>



<p>Finalement, Disney ne semble pas manquer de budget, mais cruellement d’idées. Plutôt que de proposer de nouveaux scénarios originaux, le studio préfère recycler ses histoires à l’infini. Aucun twist amusant ne vient insuffler un nouveau souffle à ce récit vieillissant. Cette copie conforme de l’original, à quelques détails près (et en moins beau), finit par rendre l’ensemble terriblement ennuyeux. Coincée entre deux feux, cette réinterprétation n’est ni assez aboutie pour séduire les progressistes, ni assez fidèle à la version originelle pour charmer les nostalgiques. En voulant plaire à tout le monde, on ne plaît finalement à personne.</p>



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<pre class="wp-block-verse has-black-color has-text-color"><strong>RÉALISATEUR :</strong> Marc Webb
<strong>NATIONALITÉ</strong> :  États-Unis
<strong>GENRE </strong>: Comédie musicale, Aventure, Fantastique 
<strong>AVEC : </strong>Rachel Zegler, Gal Gadot, Andrew Burnap
DURÉE : 1h 49min
<strong>DISTRIBUTEUR : </strong>Walt Disney Pictures
SORTIE LE : 19 mars 2025</pre>
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