A Banquet : Melancholia Nervosa

Quand on lui demande ce qui lui a donné envie de devenir réalisatrice, l’Écossaise Ruth Paxton révèle être entrée par la porte de la cinéphilie. En se familiarisant avec la filmographie de certains cinéastes, elle avait réalisé que les films pouvaient être un agrégat de passions et d’intérêts personnels. On comprend mieux pourquoi son premier film,  A Banquet, est une claque viscérale qui brasse nourriture, deuil et drames familiaux dans la même marmite. 

Holly élève toute seule ses deux filles depuis la tragédie qui lui a enlevé son mari. Quand son aînée, Betsy, ne s’alimente plus, Holly doit réexaminer ses croyances pour comprendre réellement quel mal s’est saisi de sa fille. 

Avec A Banquet, Ruth Paxton rejoint les bancs de ces cinéastes prometteurs qui excellent dans l’horreur psychologique. 

Ruth Paxton se réclame de l’horreur transcendantale, un courant qui émerge tout juste avec les travaux de Robbert Eggers et Ari Aster. Ce courant, nous dit-elle, s’éloigne des monstres desquels le genre s’est emparé depuis ses débuts pour puiser son inspiration dans la réalité. Comme The Witch ou The Lighthouse, A Banquet aime à susciter la crainte et le malaise en se tournant vers l’humain, ses peurs les plus profondes et ses parts de noirceur. Sa réalisatrice, qui s’est battue pendant de longues années contre les troubles alimentaires, met en scène une adolescente qui se trouve à un carrefour de sa vie, entre l’enfance et la vie adulte, et qui choisit de n’appartenir à aucun des deux. Les plans rapprochés sur la nourriture, qui cuit, qui se mange, qui pourrit, en font un élément vivant et organique suscitant dégoût et anxiété. C’est sur cette trame peu appétissante que se joue un duel sans relâche entre la mère et sa fille. 

Le point de vue bascule en effet très vite en faveur de celui de Holly, cette mère prête à tout par amour, même à s’immerger dans la folie de Betsy. Paxton extirpe avec brio la matière putride qui cimente les familles endeuillées et repousse les limites de l’amour maternel en le prenant au premier degré. Holly aime avec ses failles, ses traumatismes, ses propres regrets, tout en étant rebutée par le changement qui spirale dans son foyer. Et comme elle, on  y croit. L’incommunicabilité de ce duo sur fond de prophétie catastrophique rappelle le vibrant Melancholia mais va jusqu’au bout en termes de réconciliation des univers. Avec A Banquet, Ruth Paxton rejoint les bancs de ces cinéastes prometteurs qui excellent dans l’horreur psychologique. 

4.5

RÉALISATEUR :  Ruth Paxton
NATIONALITÉ : britannique
AVEC : Sienna Guillory, Jessica Alexander, Ruby Stokes
GENRE : horreur
DURÉE : 1h37
DISTRIBUTEUR : Alba Films
SORTIE LE avril 2022